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Ce disque, je le VEUX en vinyle, mais vous pouvez pas savoir à quel point. Hé bien, tu n'as qu'à l'acheter !, me dites-vous. Ah ah. Très drôle. Ce disque est très difficile à trouver en vinyle d'époque (pour le CD, rien à dire, sur le Net, en deux clics, vous l'avez), et il est généralement vendu très cher. Il faut savoir que ce disque n'est sorti, à l'époque (1972), qu'au Japon. Il faudra attendre sa sortie CD pour que l'album ne soit disponible dans le monde entier autrement qu'en onéreux import japonais qui, de plus, devait mettre son temps à venir. Cet album est le troisième du groupe de jazz-rock Weather Report, et c'est leur premier album live, et il est, de plus, double, et toujours en CD car il dure 88 minutes. Pour seulement 5 titres. Il s'appelle Live In Tokyo, ce qui n'est pas con du tout quand on sait que c'est un live à Tokyo. Le groupe est alors constitué de Joe Zawinul (claviers), Wayne Shorter (saxophone) - les deux piliers du groupe -, Eric Gravatt (batterie), Miroslav Vitous (basse, contrebasse) et Dom Um Romao (percussions). Sorti en 1972, cet album fait suite à I Sing The Body Electric (1972 z'aussi), magistral deuxième album du Bulletin Météo, constitué d'une face studio et d'une face live. La face live proposait des extraits d'une prestation du groupe au Shibuya Kokaido Hall de Tokyo le 13 janvier 1972. Ce double live, lui, propose le show du même jour, même heure, même pomme. Autrement dit, des doublons sont à craindre. 

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Mais les morceaux présents sur la face B de I Sing The Body Electric étaient des versions considérablement éditées, raccourcies, de morceaux bien plus longs. On les retrouve ici, mais en version longue, étendue, et si on reconnait les morceaux, ça ne donne cependant pas trop l'impression d'avoir, sur I Sing The Body Electric, affaire à des doublons, plus à une sorte de bande-annonce du futur double live à venir (qui, pourtant, ne sortira qu'au Japon à l'époque). En réalité, un succédané du double live, fait pour contenter ou consoler les premiers fans qui ne pourront pas (à moins de vivre au Japon ou de pouvoir s'y rendre, ou bien encore de mettre le prix et la patience dans la commande d'un exemplaire d'importation qui traversera le monde jusqu'au magasin) se le payer. Il est claire que depuis sa sortie en CD il y à quelques années, Live In Tokyo rend quelque peu obsolète I Sing The Body Electric, du moins sa face live, car la studio n'est pas concernée. Moi, je trouve que les deux opus cohabitent bien. Avec le double live 8:30 de 1979, il s'agit de mes préférés du groupe. C'est moins accessible que la période de la seconde moitié des années 70 (avec Jaco Pastorius à la basse, la période des albums Heavy Weather, Black Market, du live 8:30 justement), nettement moins même. Ici, c'est du jazz très expérimental, instrumental évidemment, de longues improvisations en forme de medleys (sur les 5 titres du double live, 4 en sont), des morceaux allant de 26 minutes pour le plus long à 10 ou 11 minutes pour le plus court, et, chose marrante, les morceaux, sur l'album (deux pour le premier disque, trois pour le second) vont du plus long au plus court. Dégressif.

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Musicalement, s'il faut s'accrocher (surtout que le premier morceau est donc, le plus long, avec 26 minutes au compteur, ce qui n'est pas rien), c'est, une fois le pas franchi et à moins d'être totalement réfractaire au jazz et surtout au jazz-fusion, totalement magnifique. De toute façon, avec des musiciens tels que Zawinul, Shorter et Vitous (les deux premiers sont d'anciens musiciens de Miles Davis, de la période In A Silent Way/Bitches Brew, et même d'avant, pour Shorter), on ne peut pas louper. Les grands moments, sur Live In Tokyo, sont si nombreux qu'il est inutile de les citer, et tant pis si ça peut pâraître fainéant de ma part ; je ne vais de toute façon pas essayer de décrire une musique pareille. Prenez le premier morceau, ce Medley : Vertical Invader/Seventh Arrow/T.H./Doctor Honoris Causa (sur la face live de I Sing The Body Electric, 10 minutes de ce medley de 26 minutes étaient proposées), ou bien prenez Orange Lady (le seul titre ici qui ne soit pas un medley), prenez n'importe quel morceau, et vous serez au paradis du jazz expérimental de l'époque, avec, en plus, une qualité audio exceptionnelle, comme bien souvent pour les lives enregistrés au Japon. Rigoureusement crucial dans son genre !

FACE A

Medley : 

a) Vertical Invader

b) Seventh Arrow

c) T.H.

d) Doctor Honoris Causa

FACE B

Medley : 

a) Surucucu

b) Lost

c) Early Minor

d) Directions

FACE C

Orange Lady

FACE D

Medley :

a) Eurydice

b) The Moors

Medley :

a) Tears

b) Umbrellas