magmaattahk

Je n'arrive pas à comprendre comment j'ai pu faire pour ne pas aborder cet album depuis tout ce temps (ce blog existe depuis 9 ans) ! Mais enfin, voilà que déboule, sur Rock Fever, un des albums les plus iconiques (déjà, sa pochette...) et mythiques du non moins mythique Magma : j'ai nommé Attahk, sorti en 1978, enregistré en fin 1977 au Château d'Hérouville, dans le Val d'Oise. Là même où le groupe enregistra 1001° Centigrades en 1971, là même où Pink Floyd fit Obscured By Clouds, Bowie Pin Ups et Low, Iggy Pop The Idiot, T-Rex The Slider et Tanx, Elton John Honky Château, Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player et Goodbye Yellow Brick Road, Au Bonheur Des Dames Twist, Eddy Mitchell Rock'n'Roll et Zig-Zag, Dick Rivers Rock'n'Roll Star et Dashiell Hedayat Obsolète. Entre autres (parmi les stars qui sont venues à Hérouville, Marvin Gaye a failli y faire un album, ce ne furent que des sessions sans lendemain). Au moment de la sortie de Attahk, Magma est à moitié terminé, le groupe a vu certains de ses membres partir, on sent le split arriver, mais finalement, Christian Vander (leader, batteur, un des chanteurs, et ici un peu claviériste aussi) réussira à maintenir la machine à zeuhl à flot, tant bien que mal. N'empêche, pour certains, cet album marque la fin d'une ère la fin d'un Âge d'Or. Klaus Blasquiz (chant) partira peu après une tournée achevée en 1980 et ayant donné lieu à deux lives (les fameux Retrospektïw). Ceci est le dernier album studio avec celui qui, dès le premier opus Kobaïa (1970), était LE chanteur, LA voix de Magma, tour à tour lyrique, rauque, gutturale. 

attahk verso

Attahk est sorti sous une pochette dessinée par H.R. Giger, artiste suisse ayant notamment conçu les pochettes du Brain Salad Surgery d'Emerson, Lake & Palmer et du Frankenchrist des Dead Kennedys, et qui a conçu l'Alien de la série de films, en plus d'avoir bossé sur le projet avorté Dune de Jodorowsky. Il fallait bien tout le génie glauque et industriel de Giger (mort en 2014) pour illustrer l'univers de Magma. Oppressante, iconique, glaçante et totalement en raccord avec la musique, la pochette de cet album, avec ces deux géants chauves aux grosses lunettes (et, semblerait-il, des traces de sang sur le nez), pustuleux, identiques, baptisés Ourgon et Gorgo, devant une sorte de temple similaire à celui de la pochette du précédent opus (l'immense Üdü Wüdü de 1976, qui renferme le tétanisant De Futura). Long de 38 minutes, Attahk ne renferme que 7 morceaux, aux durées globalement sobres par rapport à Köhntarkosz (1974) ou Kobaïa. Seuls deux morceaux dépassent les 7 minutes (mais n'atteignent pas les 9 minutes pour autant), et on a deux morceaux de moins de 4 minutes, également ! Musicalement, bien que sombre et totalement Magma (de la zeuhl, donc, chantée en kobaïen, ce langage fictif inventé par Vander pour le groupe dès le premier album), Attahk est nettement plus accessible que les précédents opus. Et que pas mal des suivants (K.A., par exemple). C'est très certainement un des albums recommandés pour découvrir Magma, avec Mekanïk Destruktïw Kommandöh (1973, album mythique) et Kobaïa, rien que parce que ce dernier fut le premier opus du groupe et que, donc, les plus anciens ont découvert Magma ainsi.

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Sur ce disque, la zeuhl de Magma se mélange adroitement à du rock et même aux musiques noires. Spiritual fait très soul, la basse de Liriïk Nëcronomicus Kanht transforme le morceau (dévastateur) en bordel sonique que l'on pourrait qualifier, après deux-trois verres, de funk-zeuhl, et qui achève la face A avec une efficacité telle qu'il est impossible de ne pas avoir envie d'écouter la suite et fin de l'album. Le premier morceau de l'album, The Last Seven Minutes (qui dure, ça tombe bien vu son titre, 7 minutes), met dans le bain d'entrée de jeu. Ca démarre direct, comme si le morceau existait dans une version plus longue et que, pour l'album, on n'avait pris que les sept dernières minutes. Connaissant Magma, c'est peut-être le cas. Les vocaux de Blasquiz, Vander et sa femme Stella, sont à tomber. Ceux de Vander, souvent en falsetto, surtout, sont insensés. Un morceau comme Nono possède un titre qui peut faire sourire, mais croyez-moi, on ne sourit plus quand démarre la musique. Maahnt est ébouriffant malgré des vocaux un peu caricaturaux symbolisant un démon (selon les indications du verso de pochette). Dondaï et Rind/ë sont sublimes. Tout l'album est d'une force et d'une maîtrise totales. Se terminant sur un son suraigu au même titre que Mekanïk Destruktïw Kommandöh (allusion évidente, pas subtile cependant), Attahk mérite bien son nom tant il transperce l'auditeur de part en part, pris en tenaille par la martialité de sa musique. Tout le paradoxe réside dans le fait que malgré cela, ce disque est un des plus accessibles, si pas le plus accessible, du groupe. Un des meilleurs, aussi, clairement !

FACE A

The Last Seven Minutes

Spiritual

Rind/ë

Liriïk Nëcronomicus Kanht

FACE B

Maahnt

Dondaï

Nono