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Bordel de nom de Dieu, quel disque de malades... Non, je sais, cette phrase d'intro, je vous l'ai déjà servie, pour je ne sais plus quel album, et probablement plusieurs fois en plus, mais là, je ne vois pas par quoi d'autre commencer. Cet album ne dure que 29 minutes pour sa version vinyle (le CD est un peu plus long, voire même beaucoup plus long, il existe plusieurs versions, même en vinyle, de l'album, tracklisting différent, celui que je propose plus bas est celui de mon vinyle, pressage, si je ne me trompe pas, anglais), et ce sont les 29 minutes les plus éprouvantes que l'on puisse trouver pour un disque de rock. Pas de black metal, de rock industriel à la Nine Inch Nails ou de cold wave, non, de rock, tout simplement. C'est le premier album solo d'Alex Chilton. Mort en 2010, ce mec, orgiinaire de Memphis dans le Tennessee, était un des rockeurs les plus influents des années 70, mais ça, ce n'est qu'à partir des années 80 et 90 qu'on ne s'en rendra compte. A 16 ans, en 1966, il se lance dans l'aventure musicale, en tant que chanteur, au sein des Box Tops, avec qui il va avoir quelques titres de gloire, le plus beau étant, en 1967, le tube mondial The Letter, 2 minutes de bonheur. Oui, les mecs qui ne le saviez peut-être pas, mais c'est Chilton qui chante ! Le groupe se sépare en 1970, et un an plus tard, Chilton, à Memphis, retrouve un pote d'enfance, Chris Bell (mort en 1978), qui tient, en tant que chanteur et guitariste, avec le batteur Jody Stephens (toujours de ce monde) et le bassiste Andy Hummel (lequel est mort quelques mois après Chilton), un groupe du nom de Icewater. Bell propose à Chilton de venir, ce dernier accepte, et le groupe se transforme en Big Star. Groupe légendaire ayant sorti trois albums qui, hélas, ne se vendront pas à l'époque mais deviendront par la suite des plus cultes, une référence pour la future power-pop, des groupes tels que les Replacements (dont une chanson s'appellera Alex Chilton), REM, les Posies, Weezer, j'en passe, s'en inspireront. 

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Les albums ? #1 Record en 1972, Radio City (le meilleur, mais ça n'enlève rien aux autres) en 1974 et Third/Sister Lovers, sorti dans la douleur, et relativement tardivement car ses sessions sont de 1974, en 1978. Big Star (dont Chris Bell quitta l'aventure après le premier opus pour enregistrer un album solo, I Am The Cosmos, sublime, qui ne sortira que dans les années 90) a capoté en 1974 suite à l'échec commercial (pour des raisons de problèmes de distribution, en grande partie) des deux premiers albums, et à l'échec des sessions du troisième. Chilton débarque à New York en 1977, découvre la scène punk (Television, Ramones...), et fait la connaissance, en 1978/79, d'un petit groupe de rock à tandance punk/rockabilly, les Cramps, dont il produira le premier album, Songs The Lord Taught Us, qui sortira en 1980. Apparemment dans un état mental instable à l'époque suite à des addictions et à l'échec de Big Star, Chilton enregistre, entre 1978 et 1979, son premier album solo, ce Like Flies On Sherbert dont une première version sortira en 1979, sur le label Peabody, aux USA (11 titres, 35 minutes), avant d'être réédité, l'année suivante, sur Aura (en Angleterre), 10 titres pour 29 minutes. Quel que soit le pressage, la pochette reste la même : signée Bill Eggleston (qui a signé la pochette de Radio City), elle représente des poupées qui semblent disposées sur le capot d'une voiture, et elle fait froid dans le dos, quelque part (et est assez représentative de l'album). Like Flies On Sherbert ('comme des mouches sur un sorbet', à la base le dernier mot du titre aurait du être 'shit' mais ça fut apparemment refusé) a été produit par Chilton et Jim Dickinson (qui avait tenté de sauvé Third/Sister Lovers), ce dernier était un pianiste ayant notoirement collaboré avec les Stones, pour ne citer qu'eux.

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Dos du CD (vinyle : similaire)

La production ne mérite, en fait, pas vraiment ce nom, le son de l'album étant assez moyen, et les morceaux, enregistrés à la va-comme-je-te-pète-au-cul, pour tout dire. Les sessions furent difficiles, chaotiques même, avec un Chilton dans un état proche de l'Ohio, s'évertuant à jouer de la guitare comme un taré (il n'a jamais été un guitar-hero, sans être totalemen manchot non plus, et le prouve ici), chantant parfois faux, marmonnant ou gueulant ses textes, multipliant les erreurs et les faux départs... Un cauchemar de producteur. Certains instruments du studio (deux studios de Memphis, celui de Sam Philips et Ardent Studios, furent utilisés), comme un mini-Moog par exemple, ne marchaient pas très bien, ce qui n'empêchait pas Chilton ou ses musiciens (aucun de Big Star, et mis à part Dickinson qui tient un peu de piano, aucun n'est connu) de les utiliser. Chilton a composé des chansons (Hook Or Crook, Like Flies On Sherbert, My Rival, Rock Hard, Hey ! Little Child), mais une partie des sessions est consacrée à des reprises de standards, parmi lesquels Boogie Shoes de K.C. & The Sunshine Band, l'immortel groupe de That's The Way (I Like It), et un groupe de disco/funk, les mecs), et le fait qu'aucun ou presque des musikos ne semblent connaître ces chansons ne dérange apparemment pas un Chilton bien décidé à les faire, même s'il sait bien qu'à l'arrivée, le résultat ne pourra qu'être calamiteux. Il l'est, quelque part, mais entre les musiciens qui font ce qu'ils peuvent, un Chilton dans un état ahurissant de déreliction totale, une production flinguée et une atmosphère chaotique et de cauchemar, Like Flies On Sherbert est un OVNI musical délirant et puissant. Parfois considéré comme un des pires albums de tous les temps, et parfois...tout le contraire, ce disque est considéré comme un des premiers albums déconstruits et de lo-fi, ainsi qu'un album avertissant à quel point la folie et les abus peuvent être combattus (après tout, même s'il n'a jamais eu droit au succès commercial de son vivant, Chilton s'est bien remis de l'éprouvante expérience de ce premier album solo). Difficile d'accès en raison de sa production manquée et de ses chansons sauvagement sabordées, Like Flies On Sherbert, de sa pochette quasi malsaine à son contenu, ne peut qu'interloquer, surprendre, et fasciner. Culte !

FACE A

Boogie Shoes

My Rival

Hey ! Little Child

Hook Or Crook

I've Had It

FACE B

Rock Hard

Girl After Girl

Waltz Across Texas

Alligator Man

Like Flies On Sherbert