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La pochette donne le ton et le titre est un jeu de mots bien dégueulasse (mais en même temps, on parle des Stranglers, alors...) : 'Nos morts héros'. Heu non, No More Heroes, pardon. C'est le deuxième album des Etrangleurs, un des groupes de punk les plus atypiques et féroces de tous les temps, et on y voit une couronne mortuaire d'un côté...et un des membres du groupe (le bassiste franco-anglais Jean-Jacques Burnel) allongé sur la tombe de Trotsky au dos du boîtier de la réédition CD ! Les Stranglers avaient marqué avec leur premier album, sorti en l'année punk ultime, 1977. Rattus Norvegicus (IV), et sa pochette cryptique et glauque, et son IV sur la pochette, qui n'a été expliqué par personne (soit c'est parce que le groupe est au nombre de quatre membres, soit c'est...ben, on sait pas vraiment), et ses classiques strangleriens à la pelleteuse (Peaches, Sometimes, Down In The Sewer, Hangin' Around, (Get A) Grip (On Yourself), Princess Of The Streets), et ses sonorités si particulières (les claviers de Dave Greenfield - ses moustaches, aussi -, qui sonnent comme du Doors sous amphétamines), son chant hargneux de Hugo Cornwell (aussi guitariste) et parfois Burnel, et pour citer tout le monde, la batterie de Jet Black, remarquable. L'album et le groupe avaient aussi bien fait parler d'eux, et pas en bien, pour la violence de leurs concerts, leur brutalité, et l'incroyable virulence et misogynie de leurs paroles (London Lady, dans laquelle le groupe réglait son compte à une jeune rock-critic avec qui l'un d'entre eux était sorti ; et Peaches et Sometimes, aussi ont des paroles limite).

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Verso du CD

En ce même an de grâce 1977, les Stranglers, toujours sous la houlette de Martin Rushent (futur producteur des deuxième et troisième albums de Téléphone, notamment), sortent leur deuxième album, No More Heroes, enregistré en juillet, sorti en septembre. Rattus Norvegicus (IV), lui, était sorti en avril, le groupe n'a pas trop chômé, surtout qu'entre avril et juillet, ils ont dû se taper pas mal de concerts ! Trois des onze morceaux (pour 38 minutes) sont issus des sessions de l'album précédent et avaient donc été mis de côté, Bitching, Peasant In The Big Shitty (que le groupe jouait live, un morceau bien barré) et Something Better Change. Le reste a été composé pour l'album, et on y trouve les ingrédients habituels des Stranglers : paroles limites, chant hargneux (ce n'est qu'à partir de leur quatrième album, The Raven en 1979, que Cornwell et Burnel commenceront à chanter normalement), mélodies dingues et claviers de même. Niveau paroles, c'est assez féroce : Bring On The Nubiles a été taxé de sexisme, Dagenham Dave parle sans complaisance du suicide d'un ami, I Feel Like A Wog parle de racisme et a été taxé de raciste tant c'est ambigu (bon, c'est pas le One In A Million des Guns'n'Roses non plus, mais pas loin), Peasant In The Big Shitty décrit sans complaisance la vie dans la grande ville, No More Heroes est sans équivoque (Whatever happened to Leon Trotsky ? He got an ice pick that made his ears burn)... Les classiques se suivent : Bring On The Nubiles, le morceau-titre, Dead Ringer, Bitching, le long (7 minutes) School Mam...

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Verso de pochette ; de haut en bas, de gauche à droite : Burnel, Greenfield, Cornwell, Black

No More Heroes, avec sa pochette mortuaire (on y distingue des queues de rats, le rat est le logo du groupe, du moins à l'époque) et ses textes révoltants pour certains, et jubilatoires pour d'autres, est un des plus gros succès commerciaux des Stranglers avec Aural Sculpture. Lequel, sorti en 1984, est tout de même foutralement différent. Ici, c'est du punk pur jus, No More Heroes étant très similaire à Rattus Norvegicus (IV), et si vous avez adoré le premier album, inutile de dire que vous adorerez tout autant celui-ci. La suite de la carrière des Stranglers les verra s'orienter vers autre chose, dès le troisième opus (que j'aborderai ici bientôt, je pense), Black And White, en 1978, sera un peu plus complexe (et franchement réussi), puis on passera quasiment à de la new-wave (encore très arty à l'époque) avec The Raven, The Gospel According To The Meninblack (le dernier grand album du groupe selon moi), puis à de la new-wave pop avec La Folie, Feline... après Aural Sculpture, j'ai lâché l'affaire. Mais je me réécoute souvent leurs cinq premiers opus, tous remarquables, tous hautement, chaleureusement recommandés. A condition de s'habituer, ce qui au départ n'est pas facile-facile, aux claviers chelous de Dave Greenfield. Une fois que c'est fait, quel bonheur d'écoute ! Burnel est probablement un des 5 meilleurs bassistes de l'histoire du rock, et les trois autres musikos ne sont pas manchots non plus. Vive les Stranglers !

FACE A

I Feel Like A Wog

Bitching

Dead Ringer

Dagenham Dave

Bring On The Nubiles

Something Better Change

FACE B

No More Heroes

Peasant In The Big Shitty

Burning Up Time

English Towns

School Mam