King Curtis Live At Fillmore West [Deluxe] front

L'autre jour (comme le dirait Olivier De Benoist), j'ai abordé un classique des classiques de la soul music, un album sublimissime d'Aretha Franklin. J'ai ai profité pour un peu parler d'un des musiciens qui officiaient sur l'album, un saxophoniste (saxo ténor) de grand talent et de haute renommée du nom (de scène) de King Curtis. Bah, c'est lui. En photo. Là, au-dessus, et plus bas, aussi. Ce mec était, car il est mort en 1971 peu avant la sortie de cet album, incontestablement un des plus grands saxophonistes au monde, avec John Coltrane, mais dans un registre différent. Le 'trane, c'est du jazz. King Curtis, de la soul et du rhythm'n'blues. Le bonhomme a accompagné Aretha Franklin sur plusieurs albums, il l'a accompagnée sur scène, ils ont fait des concerts en commun, en tout cas, ils en ont fait au Fillmore West de San Francisco (l'autre Fillmore de Bill Graham, le East, connu aussi, était à New York) en 1971. Aretha en fera un live (très ordinairement intitulé Live At Fillmore West) en 1971, qui est très très bon, et sur lequel King Curtis joue. King Curtis a sorti le sien la même année, et lui aussi s'intitule, oh comme c'est original, Live At  Fillmore West. Une grosse quarantaine de minutes instrumentales, essentiellement constituée de reprises de standards de tous bords (vous allez voir !), un album magnifiquement enregistré et qui sortira quelques semaines avant le décès de King Curtis, lequel n'est mort ni de maladie, ni d'un AVC ou autre, mais des suites d'une agression chez lui, il a tenté d'empêcher un voleur de s'introduire chez lui et a récolté des coups de poignard mortels pour la peine. Quelques jours plus tôt, il enregistrait de très efficaces parties de saxophones sur les I Don't Wanna Be A Soldier Mama et It's So Hard de John Lennon, deux morceaux présents sur Imagine.

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Quasiment posthume donc, ayant connu un certain succès à sa sortie, Live At Fillmore West est sorti sous une pochette photographique montrant, en très gros plan, figé dans l'action, le visage de King Curtis, yeux fermés, sueur au front et sur les joues, lèvres serrées sur l'embout de son saxophone. Au dos, King Curtis et ses musiciens sur la scène du West. Il me semble qu'à l'époque, du moins aux USA, l'album étant vendu en pochette gatefold (ouvrante, c'est à dire), mais mon exemplaire, pressé en France et du label Atco (une filiale soul d'Atlantic), est à pochette simple. L'album propose des morceaux joués par le saxophoniste et ses musiciens durant les concerts partagés avec Aretha (soit King Curtis ouvrait le show et Aretha arrivait ensuite, soit ils alternaient par mini-sets d'une demi-heure). Les morceaux ne sont probablement pas placés sur l'album dans le même ordre que celui où ils furent joués, j'en veux pour preuve Memphis Soul Stew, le premier morceau, long (plus de 6 minutes) morceau au cours duquel King Curtis présente ses musiciens à la manière d'une recette de cuisine (le morceau signifie 'ragoût de soul de Memphis'), disant notamment, pour parler des cuivres, il nous faut une petite pincée de cuivres, avec les Memphis Horns, etc. On apprend que parmi les musiciens, à l'orgue, un certain Billy Preston, que les fans de rock n'ont pas besoin de se faire présenter (il a joué avec les Stones, les Beatles...). On entend pas mal la voix de Curtis ici, déclamant, entre les différentes petites interventions musicales des musikos qu'il présente, ses ingrédients, et l'ensemble, au final, sonne putainement bon, on a envie d'en reprendre jusqu'à s'en faire péter la sous-ventrière musicale. Mais curieuse façon d'ouvrir un album que de mettre un morceau de ce genre, servant de présentation des musiciens ! 

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La suite est constituée essentiellement de reprises : A Whiter Shade Of Pale de Procol Harum, Them Changes de Billy Cox (qui le joua avec Hendrix sur le Band Of Gypsys), I Stand Accused qui fut popularisé notamment par Isaac Hayes, Mr. Bojangles, classique absolu des standards désormais, à la base une chanson de country de Jerry Jeff Walker qui fut chantée par Bob Dylan (sur un très mauvais album de 1973 que le Barde ne reconnaîtra pas, sorti sans son accord, Dylan) et Nina Simone, sans oublier Robbie Williams et Billy Joel (la liste est longue). Whole Lotta Love de Led Zeppelin, dans une version ultra courte, est aussi au programme de ce Live At Fillmore West, King Curtis en fait une interprétation rhythm'n'blues du tonnerre de Dieu, bien que ça semble étonnant d'entendre le saxophone rugir à la place de Robert Plant. C'est un fait, ici, King Curtis chante ; mais avec son instrument en guise de voix. Si l'album n'est pas parfait (Ode To Billy Joe et Signed, Sealed, Delivered, I'm Yours sont pas mal, mais pas essentiels), l'album renferme de grands moments (Them Changes, Mr. Bojangles, A Whiter Shade Of Pale, Memphis Soul Stew, I Stand Accused) et se termine en beauté avec Soul Serenade, morceau écrit par King Curtis et qu'Aretha chanta sur son album de 1967 I Never Loved A Man The Way I Love You, que j'ai abordé récemment, d'ailleurs. Voilà de quoi faire de ce live un album ultra recommandé, rien que dans sa version vinyle d'époque. Une réédition CD proposera des rajouts, notamment My Sweet Lord (de George Harrison) et des prises alternatives de plusieurs morceaux. Sans parler d'un coffret 4 CD sorti en 2005 sur le label Rhino, sorti en 5000 exemplaires, proposant l'ensemle du concert alterné entre Aretha et King Curtis. Et de découvrir donc effectivement que les deux artistes alternaient leurs sets, et que, oui, Memphis Soul Stew n'était pas en ouverture du set du saxophoniste ! J'adorerais avoir ce coffret, mais il est désormais, il me semble, assez rare et, donc, j'imagine, cher. Un jour, peut-être...En attendant, ce live, en vinyle, souvent, squatte ma platine. 

FACE A

Memphis Soul Stew

A Whiter Shade Of Pale

Whole Lotta Love

I Stand Accused

FACE B

Them Changes

Ode To Billy Joe

Mr. Bojangles

Signed, Sealed, Delivered, I'm Yours

Soul Serenade