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Place maintenant à Miles Davis. Parce que ça faisait longtemps, et parce que je me suis enfin chopé un exemplaire CD, neuf, de cet album que je possédait déjà en vinyle (d'époque, pressage US) mais que j'avais envie de pouvoir écouter aussi en voiture (notamment), ce qui est compliqué avec un 33-tours je ne vous le cacherai pas. Cet album, sorti en 1973, est un live, double (toujours en CD ; l'album dure dans les 82 minutes), proposant un concert donné au Philharmonic Hall de New York en 1972, et sobrement intitulé : In Concert : Live At The Philharmonic Hall.  Sa pochette est moins sobre, et est dessinée par celui qui, à d'autres reprises (On The Corner en 1972, Big Fun en 1974, et on me signale dans l'oreillette que la pochette de Water Babies, 1976, est aussi signée de sa main) signera des pochettes d'albums de Miles : Corky McCoy. On y voit, sur fond coloré criard bleu-nuit, marron et rouge, une série de personnages divers et variés, essentiellement de couleur, mais avec quelques blancs-becs quand même (notamment, au verso, une jeune femme au look de hippie et au regard allumé de droguée en plein trip). On y distingue des mecs aux allures de macs, une sorte de gitane, une pouf aux talons compensés et à la tenue rikiki, et un mec, au verso (un blanc), à la chevelure et moustache rousse, pourrait très bien être Ralph J. Gleason, critique musical de Rolling Stone spécialisé dans le jazz (mais ayant aussi écrit sur du rock et de la pop), et ami de Miles, mort en 1975. 

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Intérieur de pochette

Difficile à trouver désormais car n'ayant pas été réédité en CD contrairement à la majeure partie des albums de Miles, In Concert est pour moi un de ses meilleurs albums live avec Black Beauty, Agharta et Miles In Berlin. Comme d'autres albums live de Miles (Live At Fillmore East, Black Beauty, Dark Magus), le tracklisting ne précise pas, du moins pour le vinyle, le nom des morceaux, mais indique de longues suites à la place. In Concert est donc, en vinyle, constitué des disques Foot Fooler et Slickaphonics. On notera que le pressage vinyle américain alterne les faces, comme parfois (rapport aux platines à programmation) : on a la face D au dos de la A, et les faces B et C sur l'autre disque. Comme aucune autre mention que Miles Davis In Concert, side A/B/C/D n'est indiquée sur le label, faites gaffe à ne pas vous gourer de face, car la face D s'ouvre sur la fin du morceau occupant l'ensemble de la face C ! J'indique en bas d'article le détail de quel morceau est sur quelle face. Il n'y en à pas beaucoup, des morceaux, d'ailleurs, seulement 6, pour 82 minutes, imaginez la durée... Ce live a été fait au Philharmonic Hall de New York alors que Miles avait sorti On The Corner (ou allait le sortir incessamment sous peu), album qui, à sa sortie, allait, sous sa pochette jaune cartoonesque signée Corky McCoy (on y trouve certains personnages identiques ou similaires à ceux de la pochette de ce double live), faire l'objet d'une incroyable polémique. Les rockeurs adoreront, les amateurs de jazz lui chieront sur la gueule. Aujourd'hui, l'album fait quasiment l'unanimité, mais reste tout de même un objet que l'on a du mal à critiquer, sorte de jam immense de 54 minutes, ne proposant au final que peu de mélodies, mais qu'il est impossible d'écouter sans se remuer dans tous les sens. Du jazz groovy et dansant !

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On retrouve un morceau de l'album ici, Black Satin. Comme souvent, c'est parfois difficilement reconnaissable, Miles et ses musiciens (Al Foster, Reggie Lucas, Michael Henderson...) étirant les thèmes jusqu'à l'envi. C'est ainsi qu'on reconnaît le fameux Theme From Jack Johnson, ou bien Right Off, et que l'on a parfois du mal à se dire que les 28 ahurissantes minutes occupant toute la face C et une partie de la D (les 18 premières minutes sont sur la C, le reste, sur la D) sont Ife. Concernant ce morceau, il ne terminera en album (pour sa version studio enregistrée en 1972 durant les sessions On The Corner) qu'en 1974 sur le double Big Fun. Et on a aussi deux morceaux, enregistrés respectivement en 1972 (durant les sessions On The Corner) et 1971 et qui, eux aussi, devront attendre 1974 et le double Get Up With It (mon album préféré de Miles) pour avoir droit à une sortie de leur version studio : Rated X et Honky Tonk. Ouvrant le live, Rated X, deux fois plus long que sa démoniaque version studio (qualifiée par Lester Bangs de morceau tellement venimeux qu'on a l'impression, en l'écoutant, de se faire ronger le cerveau par des bestioles, ce genre de comparaison, et il aimait ce morceau, je le précise) et autrement dit long de 12 minutes, est une descente aux Enfers infernale, un groove malsain, répétitif et glauque, mais en même temps, qui donne envie de se remuer. A ce niveau, ce n'est plus du jazz, c'est autre chose. Et ça tombe bien, entre 1972 et 1974 (après cette année, Miles s'arrêtera pendant 7 ans), Miles ne faisait plus du jazz, mais carrément autre chose, s'essayant notamment, parfois, à l'orgue électrique, partageant la scène avec des guitaristes jusquauboutistes (Reggie Lucas, Dominique Gaumont) et un percussionniste incroyable (Mtume). In Concert, parfois, c'est presque du rock ! C'est en tout cas un live plutôt méconnu et franchement remarquable, et, oui, probablement mon petit chouchou des lives de Miles. Toutes périodes confondues.

FACE A : Foot Fooler, Part 1

Rated X

Honky Tonk

FACE B : Foot Fooler, Part 2

Theme From Jack Johnson

Black Satin/The Theme

FACE C : Slickaphonics, Part 1

Ife (Part 1)

FACE D : Slickaphonics, Part 2

Ife (Part 2)

Right Off/The Theme