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Cette chronique a été publiée en décembre dernier, inchangée, et est juste republiée afin de cadrer avec le cycle U2.

En 2008, U2 publie No Line On The Horizon, un disque produit par Steve Lillywhite, Daniel Lanois et Brian Eno. Un disque franchement très bon, meilleur que les trois précédents opus (à l'époque, c'était, en ordre chronologique inversé, How To Dismantle An Atomic Bomb en 2004, All That You Can't Leave Behind en 2000 et Pop en 1997). Pendant 6 ans, on attendra le digne successeur de cet album, le groupe ayant parlé d'un album qui s'appellera Songs Of Ascent. Et puis, et puis, et puis...rien. Projet avorté, on ne sait pourquoi. Le groupe de Bono et The Edge semble en crise, en perte de vitesse, d'inspiration aussi. Le successeur se fera attendre, comme je l'ai dit, 6 ans. C'est en 2014 qu'on aura enfin droit à un nouvel album de U2, intitulé Songs Of Innocence (titre en allusion au poète du XVIIIème siècle William Blake, mais qui a aussi été celui d'un album de David Axelrod dans les années 60), album précédé d'une chanson (absente de l'album) en hommage à Nelson Mandela, Ordinary Love. Pour cette chanson, ce fut en fait en 2013 à l'occasion d'un film sur Madiba. Puis une autre chanson, Invisible, elle aussi absente de l'album. En 2014, là. Et enfin, en septembre de cette même année, l'album, sorti sous une pochette noir & blanc classieuse et magnifique, mais étrange et même un peu osée, représentant le batteur du groupe, Larry Mullen Jr, enlaçant par la taille son fils, Elvis, dont on ne voit que le bas du visage. Tous deux sont torse nu. En Russie, un politicard a gueulé à la propagande gay et pédophile. Le connardovitch ne s'était pas renseigné, apparemment, car non seulement la photo montre un père et son fils dans une étreinte d'amour paternel, mais le fils est majeur (18 ans). La photo étonne car c'est la première fois (Rattle And Hum et l'EP Wide Awake In America exceptés, en fait, et c'était, à chaque fois, Bono) qu'on voit, seul, un membre du groupe sur la pochette recto d'un de leurs albums. Soit on les voit tous, soit on ne les voit pas. 

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La pochette est une allusion, aussi, à celles de Boy et War, les premier et troisième opus du groupe. Le livret du CD est en papier glacé, de même que la pochette du double vinyle. Au sujet du vinyle (là, c'est le collectionneur qui va parler, désolé si ça vous fait chier), la dernière face du double vinyle est à la vitesse 45-tours et contient une version longue d'un bonus-track, The Crystal Ballroom. Les deux disques sont en vinyle blanc. Et l'objet est très joli dans l'ensemble, avec son carton de pochette glacé et les reproductions de la photo intérieure (photo ci-dessus) dans les ouvertures de pochette. Bon, il est temps de parler de l'album d'un point de vue musical. Long de 48 minutes (pour 11 titres), Songs Of Innocence, produit par Danger Mouse, Flood, Paul Epworth, Declan Gaffney et Ryan Tedder (selon les morceaux), est une sorte d'album conceptuel sans en être un, un album inspiré par la jeunesse des différents membres du groupe, une sorte de Captain Fantastic & The Brown-Dirt Cowboy (album autobiographique qu'Elton John a sorti en 1975) version U2. A l'intérieur du livret, un long texte parle aussi bien de la genèse compliquée de l'album (plusieurs chansons du projet avorté sont au programme de l'album) que du concept de l'innocence. Pour leur dernier opus en date, sorti en début de ce mois-ci, Songs Of Experience, le groupe a fait de même, l'album étant un prolongement (jusque dans son artwork) de celui de 2014.

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L'album a été porté par le single The Miracle (Of Joey Ramone), dans lequel Bono fait un vra panégyrique du groupe de punk nex-yorkais séminal de la fin des années 70. On imagine mal Bono écouter les Ramones et brailler, avec eux, Gabba-Gabbay-Hey !, mais ce fut apparemment le cas. Et après tout, pourquoi pas ? Une très bonne chanson, bien pop, suivie de la splendeur absolue Every Breaking Wave, pour moi la meilleure chanson du groupe depuis Zooropa (1993) ou One (1991), oui, je remonte aussi loin que ça. This Is Where You Can Reach Me Now rend hommage à Joe Strummer, chanteur des Clash, The Troubles est interprétée en duo avec la chanteuse suédoise Lykke Li (et est très belle), Volcano et Sleep Like A Baby Tonight sont très new-wave, Iris (Hold Me Close) est un touchant hommage de Bono à sa mère décédée 40 ans plus tôt, et qualifié de meilleur morceau de l'album par certains rock-critics qui furent d'ailleurs partagés, voire méchants, avec l'album dans sa globalité, California (There Is No End To Love) fait par moments très Beach Boys... Pas le meilleur album du groupe (la maestria de The Joshua Tree et Achtung Baby ne sera probablement jamais plus atteinte), mais ce Songs Of Innocence est tout de même un bon recueil de chansons personnelles, et rien que pour les deux premiers titres et Iris (Hold Me Close), il se doit d'être écouté. La pochette est, elle, une des plus belles du groupe. 

FACE A

The Miracle (Of Joey Ramone)

Every Breaking Wave

California (There Is No End To Love)

Song For Someone

FACE B

Iris (Hold Me Close)

Volcano

Raised By Wolves

Cedarwood Road

FACE C

Sleep Like A Baby Tonight

This Is Where You Can Reach Me

The Troubles

FACE D (vitesse 45-tours, morceau bonus)

The Crystal Ballroom (12'' mix)