20080812231906

Le premier album de la collaboration entre Brian Eno, le non-musicien de Roxy Music (pendant la période 1972/1973), et Robert Fripp, le guitariste de King Crimson, est sorti en 1973. Il s'appelait (No Pussyfooting) (les parenthèses font partie intégrante du titre), avait été enregistré entre 1972 et 1973 par les deux hommes, et comprenait deux morceaux, un par face, tous deux instrumentaux, tous deux à base de boucles sonores, d'expérimentations de guitare (les fameux et futurs frippertronics et soundscapes, tels que les surnommera Fripp, qui se fera une spécialité de ce genre d'expérimentations) et de nappes de claviers discrètes. Dire que c'était accessible est exagéré. D'ailleurs, l'album se fera massacrer par la presse à l'époque, qui ne comprendra pas vraiment le but de la manoeuvre et estimera que (No Pussyfooting) est un gâchis de vinyle, 39 minutes inaudibles et inutiles. C'est un des premiers albums d'ambient, en réalité, et si ce n'est pas un immense album, il reste intéressant (et je l'aime beaucoup), notamment sa première face, The Heavenly Music Corporation. Entre 1974 et 1975, Fripp & Eno vont enregistrer, en divers endroits (ce qui est indiqué au dos de la pochette, voir plus bas), les 5 morceaux, tous instrumentaux, tous à base de soundscapes et de boucles de claviers, qui vont finir, en décembre 1975, sur le deuxième (et pendant des années, dernier) album de leur collaboration : Evening Star. Sous sa pochette sublime signée Peter Schmidt (artiste allemand ami d'Eno, créateur, avec lui, du jeu de cartes des Stratégies Obliques), cet album est plus accessible que le précédent, et sera mieux accueilli. 

2066

Il faut dire qu'en 1975, surtout en fin d'année, Eno est désormais unanimement reconnu comme un maître de ce nouveau genre, l'ambient, via Another Green World (et Discreet Music), aussi Evening Star a nettement moins interloqué. Si l'album a en partie été enregistré en 1974, il ne sortira qu'en fin d'année 1975. Durant une partie de 1975, Fripp se retirera, volontairement, du monde de la musique (une retraite qu'au départ il pensera définitive), se rendant pour ça dans un centre de méditation inspiré des travaux de Gurdjieff, le tout, suite à une sorte de vision qu'il aurait eu du futur (je ne déconne pas : prenez une biographie de King Crimson ou de  Fripp, il y à de grandes chances pour qu'on en parle, le centre s'appelait Sherborne House), vision des plus catastrophiques et démoralisante. Une sorte de fin des temps. Sentant que ses préoccupations d'alors (la musique, King Crimson qui était en fin de course en 1974, au bord de l'implosion) étaient des plus ridicules par rapport à cette vision prophétique, Fripp a tout plaqué. King Crimson au bord de l'implosion ? On splitte. Pendant plusieurs mois, Fripp va vivre loin de toute préoccupation matérielle, avant d'en revenir, probablement, grandi, courant 1976, participant, à son retour, à l'enregistrement du premier opus solo de Peter Gabriel (et d'autres de ce chanteur), ainsi évidemment, en 1977, qu'au "Heroes" de Bowie, sur lequel il retrouve Eno. Mais il me semble qu'au moment de la sortie de leur Evening Star, Fripp était déjà à Sherborne House. 

N-fripp-eno-196

Long de 48 minutes environ (je ne l'ai qu'en vinyle), cet album possède deux faces (forcément) très différentes l'une de l'autre, et d'une durée des plus inégales. Si la première face fait dans les 19 minutes et contient quatre titres allant de 7,50 minutes pour le plus long (le morceau-titre, mélodie minimaliste et répétitive, mais sublime) à 2,50 minutes pour les deux plus courts (les deux derniers de la face) - et le morceau restant, Wind On Water, qui ouvre le bal, dure 5,30 minutes -, la seconde face, elle, ne contient qu'un seul titre, An Index Of Metals, qui pointe aux 28,35 minutes. Oui, 28 minutes pour ce seul et unique morceau de la face B ! Je ne vais pas entrer dans les détails, mais c'est un long et répétitif drone musical à base de boucles de synthés et d'effets guitaristiques à la Fripp, dignes du meilleur de (No Pussyfooting), en plus long. Le plus fort dans An Index Of Metals, c'est qu'il est passionnant de bout en bout malgré sa durée éreintante (à regarder les sillons serrés de la face B, avec le run-out groove réduit à sa plis simple expression tant il est mince, on est épuisé d'avance) et son aspect répétitif et minimaliste. C'est un peu comme Discreet Music, la demi-heure ambient de l'album du même nom qu'Eno a sorti en 1975. Mais pour moi, le meilleur moment de l'album reste Evening Star, merveille absolue de presque 8 minutes, relaxante au possible, d'une beauté surréaliste, au même titre que la magnifique pochette de Peter Schmidt, une des plus belles que je connaisse... pour le recto, car le verso, cette photo du duo en noir & blanc n'a que peu d'intérêt. Album sorti alors que tout le monde, lui y compris, pensait que Fripp avait fait ses adieux à la musique, Evening Star est un des joyaux du genre. Hautement conseillé !

FACE A

Wind On Water

Evening Star

Evensong

Wind On Wind

FACE B

An Index Of Metals