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Bon, OK, là, ça va être difficile. Je n'ai eu aucun mal à reparler de Here Come The Warm Jets, Taking Tiger Mountain (By Strategy) (quel album...) et de Another Green World, mais là, je le reconnais, ça va être difficile. Surtout que c'est pas une réécriture contrairement aux autres articles (ainsi que celui, à venir, sur Before And After Science), mais un article tout beau, tout chaud, qui sent encore le plastique de l'emballage, un album que je n'avais pas encore abordé sur le blog depuis que celui-ci existe, et ça remonte à 2009. Et je connaissais déjà ce disque (en fait, non ; je le connais depuis 2010 ; ah oui, je sais, on s'en contrefout et ça ne change pas grand chose, mais je tenais à le dire). Cet album est le quatrième de Brian Eno (pour ses albums solo, je ne compte pas ses albums en collaborations, sinon ça serait le sixième), et le premier pour lequel il a été crédité, sur la pochette, à son nom complet, Brian Eno justement (et ça ne changera plus), avant, c'était juste Eno, sobre, élégant et efficace. Et énigmatique. Enigmatique, c'est ce que l'on pourrait dire de la pochette de l'album (le visuel plus haut est celui du vinyle, celui juste en dessous, c'est la réédition CD), et dans une moindre mesure, de son titre : Discreet Music. Musique discrète, quoi. Et comment !

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Long de 55 minutes (aucun rajout sur le CD par rapport au vinyle, la durée y était, déjà, de 55 minutes), Discreet Music ne renferme que 4 morceaux...et seulement un sur la première face. Imaginez donc sa durée, et si vous n'y parvenez pas, accrochez-vous quand vous lirez, dans une seconde, qu'il dure (accrochez-vous MAINTENANT !) 31 minutes. Les trois autres morceaux forment, sur la face B, une suite et durent respectivement 10, 5 et 8 minutes, sans compter les secondes (à noter que sur le CD, entre Discreet Music, le long morceau-titre, et Fullness Of Wind, le deuxième morceau, on a une minute de pause entre les deux plages audio, officiellement incluses dans la durée du morceau-titre qui, en fait, dure 30 et pas 31 minutes ; histoire de vous permettre de faire une sorte de petit break entre le long premier morceau et la suite). Le contexte de l'album est particulier : début 1975, Eno a été apparemment (c'est ce qu'il dit dans les notes de pochette de l'album, voir ci-dessous, notes qui incluent aussi un diagramme explicatif pour le morceau-titre) victime d'un accident ayant entraîné une hospitalisation et opération chirurgicale. Au dos de la pochette de son précédent opus, sorti quelques mois plus tôt en cette même année 1975 (Another Green World), on le voyait sur un lit d'hosto, en train de lire. Il explique dans les notes de pochette que, pour patienter durant sa convalescence, il a commencé à s'amuser avec une harpe offerte par une amie, Judy Nylon, et que la texture de l'album lui est venue comme ça. Ce long morceau-titre d'une demi-heure mérite bien son nom car il est des plus minimalistes, quelques notes de musique, rares, discrètes, ténues, répétitives, coulent tout du long, en cycle fermé, et l'ensemble est d'une beauté et d'un apaisement absolu(e)s. Oui, on ne s'emmerde jamais malgré qu'il ne s'y passe pas grand chose ! Ce morceau a été enregistré chez Eno en mai 1975.

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La face B, en revanche, enregistrée avec un orchestre symphonique, est d'un tout autre genre : trois variations (qui ne varient pas beaucoup entre elles) sur le même thème, le fameux Canon de Pachelbel, enregistré quelques mois plus tard (septembre 1975) aux Trident Studios. Fullness Of Wind, French Catalogues et Brutal Ardour, tels sont les noms de ces trois morceaux assez similaires, jolis mais, eux, franchement, pompeux et ennuyeux. C'est un fait, Discreet Music est un album inégal. Il aurait mieux valu qu'Eno ne sorte que son morceau-titre, en deux blocs d'un quart d'heure par face, un album qui aurait été court et au format étonnant (un seul morceau, voilà qui aurait été quasiment du jamais vu pour l'époque ; Eno, par la suite, fera pour de bon des albums comme ça), et qui aurait été, dans le registre alors naissant de l'ambient, vraiment parfait. Car ce morceau-titre est, aux côtés d'Another Green World, un des sommets absolus du genre, une pièce maîtresse, une oeuvre culte et majeure. Dommage que l'album dure aussi longtemps, dommage qu'il soit gâché par ces 23 dernières minutes qui, bien que loin d'être nulles, sont quand même en total désaccord avec le reste de l'album. Au final, Discreet Music est un des albums les plus à part d'Eno, assez similaire à ce qu'il fera dès 1978 (sa série des Ambient), mais, coincé entre Another Green World et Before And After Science (sans oublier l'aventure scénique de 801, en 1976), il étonne, interpelle, et est assez diffile à appréhender. A conseiller aux fans, mais clairement pas aux néophytes.

FACE A

Discreet Music

FACE B

Fullness Of Wind

French Catalogues

Brutal Ardour