WeatherReport_830

Ca faisait longtemps que je n'avais pas parlé de jazz sur le blog, ça me manquait (et si j'écoute du jazz souvent tout du long de l'année, j'ai remarqué que c'est quand même vers la fin de l'année que j'en écoute le plus, ce qui est étrange, mais je vous assure que je ne fais pas exprès). A vous aussi ? Ah merci, et puis ça tombe vraiment bien, alors. Aujourd'hui, j'ai eu envie de vous parler de Weather Report. Pas mal d'albums du groupe avaient été abordés ici il y à deux-trois ans (Mysterious Traveller, Black Market, I Sing The Body Electric, toussa...), mais il y avait notamment un album d'eux que j'avais, consciemment ou inconsciemment, oublié : 8:30. Bon ben voila, maintenant, l'erreur est reparée. Cet album est sorti en 1979 sous une pochette signée Steve Smith, un artwork que je trouve un tantinet moyen (les couleurs assez chatoyantes rendent le tout un peu criard) et qui représente une foule de gens poireautant dehors, sur le trottoir, devant l'entrée d'une salle de concert, avec, sur le mur, le nom du groupe et le titre de l'album. 8:30 est un double album (long de 80 minutes, il est toujours double en CD, mais ça se joue à peu de choses), et, surtout, un live. Son titre s'explique par le fait que les concerts du Bulletin Météo commençaient toujours, une habitude qu'ils avaient, à 20h30. Soit 8:30 pm en anglais. Au moment de la sortie de ce live, le groupe est dans une de ses meilleures périodes (même si leur précédent opus, Mr. Gone en 1978, n'est vraiment pas bon ; mais aucun titre de l'album n'est joué ici), et est constitué du claviériste Joe Zawinul (crédité à la Eno, c'est à dire sans son prénom), du saxophoniste Wayne Shorter - tous deux anciens musiciens de Miles Davis - , du bassiste Jaco Pastorius et du batteur Peter Erskine.

weather-report-830-doble-cbs-1979usa-impecable-D_NQ_NP_1188-MLC4481714509_062013-F

Verso de pochette vinyle (pas une photo perso)

Bien que double, 8:30 ne contient que trois faces d'enregistrements live (enregistrements issus de concerts donnés dans divers endroits entre novembre 1978 et le début de 1979, l'album est sorti en août 1979), la dernière étant constituée de morceaux inédits enregistrés en studio peu avant la sortie de l'album. Pourquoi ? Oh, pas par choix artistique (c'est pas comme Genesis quand ils ont publié leur Three Sides Live en 1982, double album live avec une face d'inédits studio, et dont le titre signifiait bien qu'ils avaient eu l'intention de sortir l'album tel quel), mais suite à un incident survenu en studio durant le mixage de ce qui, à la base, était censé être un double live de la première à la dernière face : un ingénieur du son du studio a accidentellement effacé le contenu de la dernière face. Le groupe a donc écrit, rapidement, quelques morceaux (quatre en tout) pour meubler. Malgré qu'ils aient été écrits rapidos, ces quatre morceaux, et surtout Brown Street et Sightseeing, sont vraiment du bon boulot. On aurait cependant aimé avoir intégralement du live ici, mais que voulez vous... Le groupe avait le choix entre faire ce qu'ils ont fait, ou bien ne sortir qu'un live simple (ce qui aurait été frustrant au possible vu la qualité globale de l'album, mais ils auraient très bien pu mettre les morceaux restants sur un petit EP offert et glissé dans l'album), ou bien sortir l'album avec sa quatrième face laissée vide (ce qui était peu fréquent à l'époque, bien plus maintenant à notre époque où on n'hésite pas à utiliser trois faces, voire quatre, pour presser sur vinyle un album qui, de par sa durée, pourrait très bien tenir sur deux faces), ou bien réenregistrer en studio les morceaux manquants en les transformant en faux live (mais ça aurait pu impliquer une mauvaise réputation de 'faux live' à l'ensemble de l'album). 

wr-press-7908

Zawinul avec le bonnet ; Erskine avec la moustache ; Shorter avec son col pelle à tarte ; Pastorius et son look de hippie

Bref, ils avaient le choix. Et si à l'arrivée la frustration est quand même un peu là parce qu'une heure de live seulement (la face D faisant 20 minutes) c'est quand même peu par rapport à ce que ça aurait pu être sans l'accident de mixage, on se console en se disant que, musicalement, 8:30 est parfait de bout en bout. Ce live renferme quelques uns des meilleurs moments de la carrière de Weather Report, et s'ouvre sur un Black Market absolument sublime. Bien entendu, le classique des classiques Birdland (un des morceaux de jazz, même si c'est surtout du jazz-fusion, les plus mythiques au monde) est là, en ouverture de la troisième face, et on a aussi un court et ultra acclamé In A Silent Way, situé juste après un remarquable solo de basse du regretté et génial Jaco Pastorius, Slang. Shorter aussi a droit à son solo, via Thanks For The Memory. Le très suspenseful Scarlet Woman, Teen Town sont magnifiques aussi, mais pour moi, le sommet de ce live est incontestablement le magistral, émouvant, prenant A Remark You Made. Ici, durant les 8 minutes du morceau (un morceau qui, comme Birdland et Teen Town, est issu du sublime Heavy Weather de 1977), on assiste bouche bée à une alchimie totale entre les quatre musiciens. Rien que pour ce moment de totale grâce, 8:30 est absolument, rigoureusement indispensable. Un des meilleurs albums du groupe, qui est ici à son apogée, il commence même, en fait, à redescendre (comme je l'ai dit, Mr. Gone, leur album studio le plus récent de l'époque, n'est pas bon, et celui qui viendra ensuite, Night Passage, n'est pas terrible non plus). Le temps du jazz-rock-fusion est passé, ce double live teinté d'enregistrements studio de haute qualité en est une sorte de joli chant du cygne. 

FACE A

Black Market

Scarlet Woman

FACE B

Teen Town

A Remark You Made

Slang (Bass Solo)

In A Silent Way

FACE C

Birdland

Thanks For The Memory (Tenor Sax Solo)

Badia/Boogie Woogie Waltz

FACE D

8:30

Brown Street

The Orphan

Sightseeing