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Johnny Hallyday vient de mourir (enfin, 'vient de mourir'...ça s'est en fait passé cette nuit), 74 ans, après un combat perdu contre le Crabe aux pinces de mort. 

Les fans pleurent, et ça se comprend et se respecte totalement : une carrière pareille, plus de 50 ans, je ne sais combien d'albums (sans compter les lives), des concerts faramineux (je n'ai assisté à aucun d'entre eux, mais en ai vu quelques uns en diffusion TV ou en DVD), une personnalité mythique...

Bon (les fans, sautez des lignes, sinon vous allez saigner du nez), j'avoue que : 

a) je ne suis pas, n'ai jamais été et ne serai jamais un fan ;

b) le personnage public, avec ses mariages multiples, ses amitiés embarrassantes, ses villas à Saint-Barth, ses publicités énervantes et ses multiples frasques, m'emmerdait, m'insupportait même, profondément ;

c) il n'a rien fait de vraiment exceptionnel, musicalement parlant, depuis 1986, et ça date, hein, ça remonte.

Mais je suis tristounet quand même, comment ne pas l'être ? Je l'ai été pareil quand Michael Jackson est mort, ça m'a fait la même chose : pas une affliction de fan, mais un sentiment de vide, du genre, maintenant, ça sera sans lui. 

La mort de Johnny Hallyday (qu'avec un sens de l'humour macabre et noir, je surnommais Jauni Alité...pardon) ne me fait donc pas le même effet que celles de Bashung, Bowie et Prince l'ont fait, mais ça fait quelque chose de Tennessee tout de même. Depuis ce matin, les hommages se succèdent, les déclarations de ses amis musiciens (Polnareff, Eddy, Bruel, Céline Dion), paroliers (Labro), spécialistes (Philippe Manoeuvre). A moins que la Corée du Nord n'envoie cet après-midi un missile sur le Capitole, on va encore en entendre parler pendant des jours. Le JT de TF1, ce soir, risque de se terminer en retard.

Mais qui gueulera ? Hallyday, c'est tout de même, et tant pis si certains crieront à l'exagération, le rock à la francaouise. Depuis le tout début des 60's il était là, le p'tit père. Eddy aussi, et lui est toujours là, en forme. Dick Rivers aussi, même chose. Et oui, je sais que niveau rock français, Téléphone, Noir Désir et la FFF (dont le guitariste, Yarol Poupaud, fait partie de la dernière écurie scénique de Johnny) sont plus rock que Johnny, mais Johnny, c'est Johnny, merdre. 

Si vous ne pensez pas que Johnny a été rock, écoutez Rivière...Ouvre Ton Lit, son album de 1969, alias l'album au bandeau, rapport à sa cultissime pochette que j'ai replacée en haut d'article. Sur ce disque enregistré à Londres avec notamment Ronnie Lane (des Small Faces, puis Faces), Jimmy Page (de Led Zeppelin), Mick Jones (Foreigner) et Steve Marriott (Small Faces, Humble Pie) selon les morceaux, Johnny est tout de feu. Je Suis Né Dans La Rue, Voyage Au Pays Des Vivants, Amen, Je N'Ai Besoin De Personne, Je Te Veux, autant de tueries sur un seul et unique album qui, vraiment, concurrencerait presque (et on peut virer le 'presque') le meilleur rock briton de la même époque. 36 minutes de furie.

Il y à aussi ce Flagrant Délit démentiel en 1971, que Johnny, apparemment, tenait comme un de ses plus grands opus (je le certifie, c'est le cas). On peut aussi citer, dans un autre registre, son double album de 1976, Hamlet, tentative progressive kitschouille aux paroles ridicules, mais musicalement osée (pour l'artiste, mais pas pour l'époque), qui se vendra à peu près aussi bien qu'un frigo sur la banquise, mais à le mérite d'être culte et original - pour Johnny, hein, encore une fois, pas pour l'époque, qui voyait les albums de prog-rock pulluler encore plus fort que les mouches dans une décharge à ciel ouvert. Et j'aime le prog-rock, il n'y à aucune ironie dans cette comparaison.

Et il ne faut pas oublier ses deux derniers grands albums : Rock'n'Roll Attitude en 1985, entièrement signé Michel Berger, avec notamment Peter Frampton à la guitare ; et Gang l'année suivante, entièrement signé Jean-Jacques Goldman. Deux robinets à tubes qui fuient. Après ? Euh, je préfère oublier, merci bien, Johnny ayant plus souvent qu'à son tour enchaîné les ratages (je ne vais pas tous les citer, mais ils s'appellent légion car ils sont nombreux), mais il possédait toujours ce putain de charisme qui, sur scène, pendant sa 3 000 000 000 000ème interprétation de Gabrielle ou de Que Je T'Aime, faisait toujours son office. Voilà de quoi pardonner ses collaborations avec Kyo, Yodelice et M.

Un des derniers albums de Johnny (en 2014) s'appelle Rester Vivant. Bon, ben, c'est raté, mais il aura au moins tenu le coup le plus longtemps possible. Personnellement, je me fous complètement du personnage public, je préfère ne pas dire ce que je pense de sa carrière d'acteur (hormis L'Homme Du Train de Leconte), mais il y à des albums de lui, des chansons de lui, que je continuerai toujours d'écouter, parce qu'ils/elles sont bon(ne)s, tout simplement. 

A que salut, mec. Tu manqueras, peu importe ce que les détracteurs diront. Moi, non-fan revendiqué de Johnny, je tenais juste à lui rendre ce petit hommage, teinté d'un peu de critique certes, mais plus gentil que ce que certains autres, sans doute, écriront ou penseront à ce sujet.