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Oui, je sais, cette pochette est tout simplement hideuse. Cette teinte verdâtre tape-à-l'oeil, cette surexposition (encore pire pour la réédition vinyle : on distingue à peine les traits des personnes !), ce lettrage façon panneau d'affichage d'informations municipales... Ca ne donne vraiment pas envie d'acheter l'album. Pourtant, il le faut. Et croyez-moi quand je vous dis haut et fort, fort et clair, clerc de notaire, que cet album, sorti en 1974, premier album de la carrière solo de Robert Palmer, est une petite tuerie (petite rapport à sa durée : le disque fait 35 minutes), un des meilleurs albums de 1974 (une grande année) et un des meilleurs albums de ce que l'on peut appeler la blue eyed soul, la soul aux yeux bleus, bref, la soul faite par des p'tits culs blancs. Ce disque, c'est un peu comme le Young Americans de Bowie (1975), mais en mieux. Il s'appelle Sneakin' Sally Through The Alley, et comme je l'ai dit, c'est le premier album solo de Palmer (lequel est hélas, pour lui comme pour nous, mort en 2003) après trois albums faits avec un groupe qui s'appelait Vinegar Joe (dont Palmer fera partie de 1971 à 1974, peu avant l'enregistrement de son premier opus solo). L'album, sorti donc en 1974, a été enregistré avec Lowell George (de Little Feat) qui a signé ou cosigné deux titres, et avec les Meters, fameux groupe de funk américain auteurs d'albums aussi remarquables que Rejuvenation (la même année que l'album de Palmer) ou Cabbage Alley.

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Verso de pochette (aussi moche que le recto)

Bernard Purdie, Gordon Edwards, Steve Winwood, Richard Tee font partie des musiciens invités sur l'album, lequel a été produit par Steve Smith, et enregistré entre les Bahamas, New York et la Nouvelle-Orléans. Mythique album, Sneakin' Sally Through The Alley s'ouvre sur une triplette d'enfer : Sailing Shoes, Hey Julia et le morceau-titre (morceau écrit par Allen Toussaint, qui fut auparavant enregistré par Lee Dorsey, et que Ringo Starr enregistrera aussi, en 1977, sur son épouvantable Ringo The IVth). Totalisant environ 9,30 minutes, ce simili medley ouvre à merveille l'album : rythme entraînant sur Sailing Shoes, ambiance plus relax et suave sur Hey Julia et un Sneakin' Sally Through The Alley jubilatoire en guise de bouquet final. Bien qu'entouré de musiciens plus chevronnés que lui (il ne joue d'aucun instrument), Palmer chante merveilleusement bien, avec efficacité et confiance en soi, il maîtrise l'album de bout en bout, et bien con celui qui affirmerait que la triplette d'ouverture est le sommet de l'album. Parce qu'après ça, on a un Get Outside enivrant et langoureux, un Blackmail trépidant, et l'envie de retourner illico le disque à la fin de ce morceau qui achève la face A est tellement prenante qu'à côté, l'envie de se gratter les couilles après une journée entière de canicule au bureau dans un pantalon serré n'est strictement rien du tout.

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La face B ne contient que trois titres (oui, oui, il n'y à que huit titres en tout sur le disque), et s'ouvre efficacement avec le très virevoltant How Much Fun, avant de céder la place à un From A Whisper To A Scream remarquable digne de Get Outside...et, enfin, en final, long de 12 incroyables minutes, Through It All There's You, morceau dantesque, peut-être pas le meilleur de l'album (pour moi, c'est Get Outside...c'est du moins mon préféré), mais ce titre qui bouffe à lui seul les trois quarts (voire les quatre cinquièmes) de la face B est interprété par un Palmer en état de grâce vocale : trémolos, montées en puissance, lentes redescentes climatisées, ambiance poisseuse, chaude et totalement soul, ce morceau-fleuve achève à la perfection un disque admirable de bout en bout, un des meilleurs représentants de soul blanche (aucune allusion raciste ici, merci bien) et très certainement le meilleur album de Robert Palmer, le futur chanteur de Every Kinda People, Johnny And Mary ou Looking For Clues, trois tubes 80's assez différents (même vocalement : ici, sa voix est jeune, nettement moins grave que par la suite) de ce premier album fantastique et hélas trop méconnu du grand public. C'est pourtant, je le redis et je suis sincère, un des meilleurs albums de 1974, et des années 70 tout simplement. Essentiel !!

FACE A

Sailing Shoes

Hey Julia

Sneakin' Sally Through The Alley

Get Outside

Blackmail

FACE B

How Much Fun

From A Whisper To A Scream

Through It All There's You