ringo-starr-smells-roses

Bon, on ne va pas se mentir : la pochette de cet album est ridicule. Ce regard de caniche fraîchement toiletté, cette petite moue, cette posture genre je me cache derrière ce beau bouquet de roses parce que je suis timiiiiiiiide... Ringo Starr, car c'est lui, n'a que rarement fait dans la demi-mesure, surtout pour ses pochettes d'albums. Rappelez-vous celle de Goodnight Vienna, où il pose en Klaatu, l'extra-terrestre du film Le Jour Où La Terre S'Arrêta (de fait, la pochette était littéralement issue du film, on a juste superposé la tête de Ringo sur celle de l'acteur du film, Michael Rennie) ; celle de Ringo The 4th, où il pose, en tenue de réception, épée et roses en pogne, avec une femme en petite tenue sur les épaules, et le regard complètement paumé, visage rougi et bouffi par les excès de boisson ; celle de Ringo's Rotogravure, où on le voit, souriant, en gros plan, avec une loupe sur l'oeil ; celle de la compilation Blast From Your Past, où il semble en train de se prendre un coup de jus (visage dédoublé, triplé même, flou) ; et certaines des futures pochettes, comme I Wanna Be Santa Claus ou Ringorama, que je n'ai pas le coeur de décrire... Si pour moi celle de Ringo The 4th est la pire, et de loin, celle de cet album de 1981, Stop And Smell The Roses, l'égalise presque. Le titre de l'album est lui aussi d'un niais fini : prends le temps de respirer les roses. Une expression typiquement anglophone qui signifie hé, mec, relax, détends-toi, on est pas aux pièces. Ce disque est sorti en 1981, donc. Il fait suite à Bad Boy, qui, lui, datait de...1978. Entre temps, Ring se fera virer de sa maison de disques (Polydor, depuis 1976) pour échecs commerciaux consécutifs, et il plongera franchement dans la boisson. Il signe chez Boardwalk Records, avec qui il restera jusqu'à 1983/84 (de toute façon, il ne sortira aucun album entre 1984 et 1991... si ce n'est une compilation désormais hors-commerce, Starr Struck, en 1989).

rcalp6022_b

Cet album a été commencé le 11 juillet 1980, et sera terminé le 12 février 1981 (pour sortir en octobre ou novembre de la même année, selon le continent). Un fan des Beatles, un fan de rock en général même, sait très bien ce qui s'est passé le 8 décembre 1980 : l'assassinat de John Lennon. Cette terrible tragédie est donc pile poil pendant les sessions de cet album. Il était prévu pour Ringo et Lennon se se rendre en studio, courant décembre, pour y enregistrer quelques morceaux que Lennon venait d'écrire pour son batteur favori, notamment Life Begins At 40 (âge de Lennon en 1980). Lennon aurait de surcroît produit ces morceaux, qui se seraient retrouvés sur le disque. Ringo, on le comprend facilement, n'aura jamais le coeur à les enregistrer. Si cet enculé de M.C. (initiales du tueur de Lennon) n'avait pas existé, Stop And Smell The Roses aurait probablement permis aux quatre ex-Beatles de jouer sur le disque, même si ça n'aurait jamais été sur le même morceau (la même chose est à dire au sujet de l'album Ringo de Ringo Starr, en 1973, qui reste à ce jour le seul et unique album post-Beatles à proposer, mais jamais sur un seul et même morceau, les quatre membres). En effet, Macca et Harrison jouent sur le disque, sur des morceaux qu'ils ont par ailleurs produits, et pour plusieurs d'entre eux, écrits pour Ringo : Attention, Private Property et la reprise de Sure To Fall de Carl Perkins (pour McCartney), Wrack My Brain et la reprise de You Belong To Me (pour Harrison). D'autres stars produisent et jouent sur le disque : Stephen Stills a produit You've Got A Nice Way (qui contient sa patte, indéniablement) ainsi que d'autres morceaux qui finiront en bonus-tracks sur la réédition CD. Ron Wood a produit Dead Giveaway (et aussi d'autres morceaux qui seront en bonus CD). Enfin, Harry Nilsson a produit Drumming Is My Madness, Stop And Take The Time To Smell The Roses et une nouvelle version du tube que Ringo avait eu en 1972, Back Off Boogaloo (une chanson signée Ringo), ici plus dansante et entrecoupée d'allusions mélodiques à des chansons des Beatles et de Ringo en solo (elle s'ouvre sur la mélodie de It Don't Come Easy). Avec ces 10 titres, l'album dure 31/32 minutes. On imagine que sa courte durée est inhérente au fait que les chansons de Lennon ne s'y trouveront hélas jamais...

16ae6437101d02c2067ee748e8846746

Musicalement, cet album est plus intéressant qu'il n'y paraît. Ce n'est franchement pas un chef d'oeuvre quand même, mais comparé aux précédents albums de Ringo, on peut dire que c'est son meilleur depuis Goodnight Vienna (1974), au pire depuis Ringo's Rotogravure (1976), bref son meilleur en facilement 5 ans, et il enterre les deux précédents avec un grand sourire et une pelle en or massif. Ceci dit, si Wrack My Brain (qui sera un hit), Stop And Take The Time To Smell The Roses (aux paroles hilarantes, tout comme Drumming Is My Madness, on sent bien la patte Nilsson ici) et You've Got A Nice Way sont remarquables, ce n'est vraiment pas le cas de Dead Giveaway, Attention et cette reprise sympa mais inutile de Back Off Boogaloo. Un album inégal donc, enregistré en partie dans la joie et en partie dans le deuil (au verso de pochette, Ringo, en veste de cuir, se cache le visage derrière son bras, qui tient les roses... on peut se dire que le recto de pochette symbolise l'avant-mort de Lennon et le verso, l'après), mais qui a quand même quelque chose du retour en force (en petite force, mais en force quand même) pour Ringo. Aidé par ses amis (comme le disait la fameuse chanson des Beatles, de 1967, qu'il chantait sur Sgt. Pepper's...), il reprend du poil de la bête, même si ça ne sera que temporairement. En effet, si son album suivant, en grande partie produit par Joe Walsh (qui jouera dessus), Old Wave en 1983, sera encore meilleur, ça sera aussi son dernier jusqu'à Time Takes Time en 1992. Et Old Wave, hélas, subira de gros problèmes de distribution, il ne sera commercialisé, à l'époque, qu'au Canada et en Allemagne (de l'Ouest), et se le procurer, à l'époque, était vraiment difficile. C'est encore plus le cas maintenant (le seul album du batteur, et des ex-Beatles en général, que je n'ai pas encore ; je ne désespère pas), faisant du follow-up de Stop And Smell The Roses un des plus obscurs de toute la discographie beatlesienne.

FACE A

Private Property

Wrack My Brain

Drumming Is My Madness

Attention

Stop And Take The Time To Smell The Roses

FACE B

Dead Giveaway

You Belong To Me

Sure To Fall

You've Got A Nice Way

Back Off Boogaloo