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Sous une pochette illustrée d'un dessin qui n'aurait pas dépareillé dans un décor de film de Tim Burton, se cache un des plus beaux et des plus puissants albums de rock progressif de l'histoire de ce mouvement musical (et qu'il ne soit pas dans la liste, maintes fois commentée ici, que j'avais fait il y à longtemps sur le blog signifie tout simplement que je ne connaissais pas cet album à ce moment-là, il n'était peut-être même pas encore sorti, il date de 2013 et il se peut que ma liste avait été faite avant). Sachez que je n'exagère pas. Ce disque, que je possède dans les deux formats (CD et vinyle ; en vinyle, malgré que l'album ne dure que 54 minutes, il est double ; la moitié des morceaux durent plus de 10 minutes), est le troisième album solo d'un des meilleurs artistes de rock progressif actuels, aussi producteur et arrangeur (il s'est amusé à remastériser et remixer, et le résultat est excellent, des albums tels que le Aqualung de Jethro Tull et le Tarkus d'Emerson, Lake & Palmer, pour leurs rééditions collectors), un nommé Steven Wilson. Le mec a des allures de junkie des 70's, longs cheveux, binocles, barbiche mal rasée, longue figure, fine corpulence. Un talent fou, aussi (chanteur à la voix incroyable, guitariste de génie). Si le nom de Steven Wilson vous dit quelque chose mais sans plus, sans doute le nom de Porcupine Tree vous parlera mieux. Ce groupe d'enfer, qui mélange adroitement rock progressif et metal, ayant sorti des albums aussi quintessentiels que Fear Of A Blank Planet (sur lequel Robert Fripp et Alex Lifeson, de Rush, participent), In Absentia, Deadwing ou Lightbulb Sun, n'est autre que le groupe de Steven Wilson, groupe que Wilson a cependant, depuis quelques années (en fait, à peu près depuis la sortie de l'album dont je vais parler maintenant), mis en veille, désireux de se concentrer sur sa carrière solo. Un peu comme Peter Hammill à l'époque 191/1974 pour Van Der Graaf Generator.

Steven-Wilson

Ce troisième album de Wilson (après un Insurgentes très réussi en 2008 et un Grace For Drowning remarquable bien que long, car double, en 2011) s'appelle The Raven That Refused To Sing And Other Stories, et sous ce titre à rallonge et cette pochette étrange et quelque peu glaçante se cachent 6 morceaux tout simplement inoubliables. Enregistré avec l'aide, à la co-production et au poste d'ingénieur du son, d'Alan Parsons (mais si, vous connaissez, The Alan Parsons Project...ce mec était, autrefois, ingénieur du son, justement, notamment pour Pink Floyd sur The Dark Side Of The Moon), et avec le mellotron d'époque (1969) ayant servi à l'album In The Court Of The Crimson King de King Crimson et qui fut offert ou vendu à Wilson par Robert Fripp himself), cet album s'ouvre sur une fulgurance totale de 12 minutes, Luminol. Une ligne  de basse (jouée par Nick Beggs) incroyable accompagnée d'une ruade de batterie (de Marco Minnemann), des guitares et claviers en total état de grâce, une flûte sublime pour agrémenter tout ça...et au bout de 5 minutes, la voix, si apaisante parfois, de Steven Wilson qui surgit, une fois le temps considérablement ralenti (la basse et la flûte deviennent les instruments majeurs), pour raconter son histoire glauque. Car tout l'album est une succession d'histoires (le titre le dit d'ailleurs), des histoires de fantômes. The Raven That Refused To Sing And Other Stories, oui, est un album-concept, grand cheval de bataille des groupes de rock progressif des années 70 (qui ne se gênaient pas aussi pour délivrer des albums doubles, voire triples - le plus souvent, live -, des fois).

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L'album s'articule autour de trois longues pièces de 10 minutes ou plus, Luminol, The Holy Drinker (sur lequel Wilson joue de la basse en plus d'autres instruments) et The Watchmaker, trois morceaux qui sont tout simplement immenses et incriticables. Le reste de l'album n'est pas à dénigrer du tout, le morceau-titre et Drive Home étant de pures petites merveilles, et si The Pin Drop est le morceau le moins époustouflant de l'album, bien nombreux sont les groupes ou artistes de rock progressif ou de rock tout court qui adoreraient avoir un morceau pareil sur un de leurs albums, pour vous dire. Cet album est une claque totale, et je ne saurais décrire le meilleur moment de l'album (enfin, un de ses meilleurs moments), quand, dans Luminol, deux minutes avant la fin, la guitare de Wilson nous offre un court mis imparable solo, faisant revenir, après plusieurs minutes de calme aérien, le morceau dans son trépidant rythme d'ouverture. Quand un album s'ouvre sur une bombe aussi incroyable que Luminol, jamais chiant, jamais longuet malgré ses 12 minutes, c'est généralement très bon signe quant à la suite du programme. Je vous conseille ultra-ardemment d'écouter The Raven That Refused To Sing And Other Stories ; si vous aimez le rock progressif, impossible d'être déçu, ce disque étant carrément de la trempe de Close To The Edge, In The Court Of The Crimson King et Brain Salad Surgery, un classique total de ce courant musical.

FACE A

Luminol

FACE B

Drive Home

The Holy Drinker

FACE C

The Pin Drop

The Watchmaker

FACE D

The Raven That Refused To Sing