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Comment ?!? Un seul album de Joni Mitchell (en l'occurrence The Hissing Of Summer Lawns, 1975) abordé sur le blog ? Mais c'est pas normal, ça ! Limite illégal ! Il est donc temps de se mettre en règle (ou en équerre, ou en rapporteur, enfin, comme vous voulez), grâce à cet article. On va donc reparler de  la blonde folkeuse canadienne à la voix d'ange androgyne. Joni Mitchell, l'immortelle (en même temps, elle n'est pas morte, et heureusement) auteure de Big Yellow Taxi, Woodstock (qu'elle offrit à Crosby, Stills, Nash & Young), Shadows And Light, Coyote, j'en passe. D'abord folkeuse à la Dylan/Neil Young, elle a usiné des albums tout simplement géniaux (Blue, Ladies Of The Canyon, Court And Spark) avant de faire obliquer sa carrière, en 1975 avec The Hissing Of Summer Lawns, disque majeur et certes un peu folk, mais surtout très jazzy et parfois même vaguement expérimental, dans le genre jazz/world/pop/rock. On y entendait notamment les Tambours du Burundi sur un titre, mais aussi et surtout Larry Carlton, Joe Sample, James Taylor, John Guerin, Chuck FIndley, Graham Nash... Du beau monde. L'année suivante, 1976, elle sort l'intense, l'immense Hejira, qui renferme Coyote notamment, et qui marque sa première collaboration avec le bassiste de jazz/rock Jaco Pastorius (Weather Report). Cet album la plonge un peu plus dans les méandres jazzy (personnellement, je ne m'en plains pas ; cette période 1975/1979, au cours de laquelle elle a bien expérimenté dans le jazz, est ma préférée d'elle) qui mèneront par la suite à Mingus, album enregistré avec Charles Mingus (contrebassiste/pianiste de jazz) en 1979 (l'album sera enregistré deux-trois ans avant, et ce, très peu de temps avant la mort de Mingus, il me semble), et surtout, en 1977, à un double album absolument dingue (comparé aux autres oeuvres de Joni) et renversant, Don Juan's Reckless Daughter.

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Bien que double, cet album au titre étonnant ("la fille téméraire de Don Juan") est très court : il ne dure que 59 minutes, une petite heure (et 10 titres en tout) et inutile donc de préciser que tout tient sur un seul CD. La pochette de cet album est encore plus étonnante que l'album lui-même : sur un fond marron et bleu (mais surtout marron) symbolisant probablement des montagnes et le ciel, on voit Joni habillée d'une longue robe noire illustrée d'une femme nue et de crânes de Mickeys (?!), avc un haut-de-forme, en train de danser, apparemment en plein délire. On y voit aussi un gamin en costard, et un homme de couleur, fringué à la souteneur. Plus une colombe ou deux. Le mec en couleur n'est autre que Joni, visage noirci et chevelure cachée sous le chapeau. On retrouve ces trois personnages sur les sous-pochettes (aux mêmes teintes, voir ci-dessus pour l'une d'entre elles). Le titre de l'album est indiqué dans un phylactère dit par Joni/black, d'autres phylactères du même genre sont sur les sous-pochettes, et citent des bribes de certaines des chansons ("Baila mi rumba" est une des paroles de The Tenth World, morceau instrumental sur lequel Joni et de nombreux choristes dont ses musiciens, parmi lesquels Jaco Pastorius, entonnent des sortes de chants tribaux). Si vous ouvrez la pochette, vous aurez les paroles, sur le même fond bicolore que la pochette extérieure. Une telle pochette ne donne pas forcément envie d'écouter l'album, mais croyez-moi, ne pas l'écouter serait une grossière erreur.

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S'ouvrant sur un Overture - Cotton Avenue assez hypnotique et se finissant sur le merveilleux The Silky Veils Of Ardor, l'album se paie le luxe de contenir un morceau de 16 minutes occupant toute une face (la seconde), Paprika Plains, un morceau envoûtant, agrémenté d'un orchestre de cordes, et sur lequel Joni est en total état de grâce. Je ne vois de toute façon aucun mauvais titre sur cet album qui, en son temps, fut par ailleurs diversement accueilli par la presse, certains le trouvant trop long (enfin, quand même, une heure... c'est pas non plus un double album de 95 minutes genre Double Blanc, hein !), trop diversifié, trop expérimental et aventureux (dans ce domaine, la face C, avec The Tenth World et Dreamland, morceau incroyable, fait fort), pas assez folk, pas assez Joni quoi. Avec Don Juan's Reckless Daughter, Joni a su prouver qu'elle était bien comme la fille du titre de son album (et elle s'identifie d'ailleurs à elle dans le morceau-titre), et n'a pas hésité à ouvrir toutes les vannes de son imagination, faisant de son album une sorte de chaudron où se mélangent pop, jazz, soul, folk, world music et rock. Plus du lyrique via Paprika Plains. Je ne sais pas ce que les fans de la Canadienne (je n'en fais pas partie, même si j'aime vraiment beaucoup ses albums) pensent de ce disque en général ; pour moi, c'est clair : il s'agit, en concurrence directe avec The Hissing Of Summer Lawns (mais il le détrône cependant de peu), du meilleur album de Joni Mitchell. Pas le plus facile d'accès (de même que son autre meilleur album selon moi), pas non plus impénétrable, Don Juan's Reckless Daughter se découvre d'écoute en écoute, et bientôt, vous ne pourrez plus vous passer de Dreamland, Jericho, Talk To Me ou Otis And Marlena. Comme moi...

FACE A

Overture - Cotton Avenue

Talk To Me

Jericho

FACE B

Paprika Plains

FACE C

Otis And Marlena

The Tenth World

Dreamland

FACE D

Don Juan's Reckless Daughter

Off Night Backstreet

The Silky Veils Of Ardor