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Pour les groupes de Hard en activité dans les années 80, il y a plus ou moins deux manières de s'extraire de cette décennie pour survivre aux années 90. La première, la plus "dans le vent", la plus facile, la plus répandue quoi : baisser son froc. S'agenouiller devant la toute puissance des dieux Billboard, MTV entre autres. C'est le choix qu'ont fait Aerosmith avec "Get A Grip", Alice Cooper avec "Trash" et "Hey Stoopid", Metallica avec le Black Album ou encore les Guns 'N Roses, alors que "Appetite For Destruction" avait prouvé qu'on pouvait atteindre le sommet des charts sans vendre son âme, les "Use Your Illusion" apparaissent très clairement comme une forme de renoncement. Attention, je ne dis pas non plus que cette putasserie est synonyme de mauvais, j'évoque juste la démarche de l'emoussage. L'autre chemin, au contraire, c'est de faire un gros bras d'honneur à ceux qui attendent de manger les miettes laissées par le grunge, et de montrer un peu plus les dents, comme Pantera qui sort du glam pour s'orienter vers un thrash metal qui tabasse, soit - et c'est ce qui nous intéresse ici - comme Skid Row qui, après un album Hard US de très bonne facture mais pas innovant pour un sou, abandonne l'attelage hair metal pour du Heavy Metal pur et dur, qui le rend ici bien plus proche de Judas Priest, voire Pantera, que de ces blaireaux pour midinettes permanentées de Warrant. Le quintette découvert par Bon Jovi aurait pu capitaliser sa musique sur ses acquis, ils affirment désormais leur personnalité, celle-ci étant à 1000 lieux de ce que produit ce cher Jon.

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Et c'est donc en Juin 1991 que Skid Row livre sa deuxième offrande, emballée dans une pochette peinte par le père de Sebastian Bach, et qui rend hommage a "L'enterrement de Sainte Lucie" par Caravaggio. L'album s'intitule "Slave To The Grind", et offre en 12 titres 48 minutes de carnage. Que les choses soient claires : si vous connaissez le premier album de Skid Row, et que le hair metal vous débecte, alors cet album sera une véritable giffle. Le groupe s'achète une vraie paire de couilles, et se presse de les jeter sur la table. D'emblée la production, effectuée une nouvelle fois par Michael Wagener, tranche avec le précédent album. Les guitares sont bien plus Heavy et sont proches de Pantera sur l'album "Cowboys From Hell" sorti l'année d'avant, la batterie sonne plus dur, plus sèche, exit le gated reverb associé au kitsch des années 80. Cette magnifique production rend l'album d'autant plus puissant.

Vous êtes sceptiques ? "Monkey Business", le premier titre de l'album annonce la couleur. Un petit riff de guitar avec un son clair, la voix de Bach qui se pose calmement histoire de nous la mettre à l'envers, et ensuite c'est l'explosion. L'agressivité est très bien dosée, employée avec soin, et même si les guitares ne sont pas hyper techniques, il n'en reste pas moins un formidable travail sur les soli et les riffs assassins de l'album. C'est aussi plus rapide : Le morceau titre (que le groupe a eu les couilles de sortir en single) et "The Threat" lorgnent sans complexe vers le thrash. "Riot Act" se veut un petit peu plus punkisant, tandis que l'expéditif et très hargneux "Livin' On A Chain Gang" se charge d'executer les derniers résistants. Quant à nous autres européens, nous avons la chance de profiter d'un foutrement burné, voire hostile "Get The Fuck Out" censuré aux USA et qui ne fait clairement pas dans le chichi. "Creepshow" et "Psycho Love" sont les deux morceaux les moins bons de l'album selon moi. Sans être mauvais, ils sont quelconques par rapport aux montres qu'ils côtoient et se retrouvent noyés dans la masse.

N'oublions pas de parler des ballades présente sur l'album. Elles sont au nombre de trois. La première, "Quicksand Jesus" monte en puissance et se termine sur les chapeaux de roues, avec encore une fois un Bach exceptionnel qui impressionne de part son range vocal qu'il utilise de manière judicieuse sans perte de dynamique. C'est aussi le cas sur "In A Darkened Room" qui prend aux tripes avec sa magnifique intro, sa voix tantôt lisse tantôt éraillée, son solo sublime, et le final "Wasted Time", faisant directement référence à Steven Adler (alors ex batteur des Guns N' Roses) et a ses problèmes de drogues, sublimé par une guitare 12 cordes et les cris remplis d'émotion de Bach. Ce trio de perles a contribué à faire de Skid Row une référence en la matière, avec "18 & Life" de l'album précédent notamment. 

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Peu, très peu de groupes peuvent se targuer d'avoir un tel album dans leur discographie. "Slave To The Grind" est une tuerie, un sans faute de A à Z. Le disque que les Guns n'ont pas réalisé après "Appetite..." Outre le chanteur qui est impérial, la paire guitaristique Dave Sabo/Scotti Hill est un modèle de complémentarité, tandis que la section rythmique n'est pas en reste. L'auditeur est surpris par des passages innatendus ici et là, les paroles - en particulier pour les ballades - sortent des clichés pour traiter des thèmes plus sérieux. Pour couronner le tout, c'est bien en 1991 que cet album voit le jour, décidément, une année à marquer au fer rouge de par son abondance d'albums mythiques qu'on ne présente plus. Mais il s'agit également du chant du cygne pour Skid Row qui sera incapable de réitérer cet exploit. Quatre ans plus tard, leur troisième album "Subhuman Race" ne sera clairement pas du même acabit. Le groupe se délestera de son intégrité, et laissera les tensions prendre le dessus au détriment de l'inspiration. Par la suite, rien n'allait plus être pareil, et avec le recul qu'on peut avoir aujourd'hui, il est clair qu'à partir de ce troisième album Skid Row a gâché une carrière qui aurait pu être aussi brillante que celle des Guns N' Roses, mais cet album est important car il lève le voile sur ce que furent réellement Skid Row : de très éphémères génies.

 

- Liste des titres -

Monkey Business

Slave To The Grind

The Threat

Quicksand Jesus

Psycho Love

Get The Fuck Out

Livin' On A Chain Gang

Creepshow

In A Darkened Room

Riot Act

Mudkicker

Wasted Time