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Il fut un temps, il y avait le trio infernal du rock : Lou Reed, Iggy Pop, David Bowie, immortalisés par une célèbre photo les montrant posant ensemble (l'un d'entre eux, Iggy je crois, avec un paquet de clopes entre les dents). Ne subsiste plus aujourd'hui qu'Iggy, depuis la mort de Lou en 2013 et celle, plus récente encore (janvier dernier), de Bowie. Nul doute que la mort de Bowie (qui a considérablement aidé Iggy Pop, lui produisant The Idiot et Lust For Life, ainsi que le Raw Power des Stooges, et avec lequel il a aussi fait le moins mémorable mais quand même pas honteux Blah Blah Blah) a fait beaucoup de peine et de mal à l'Iguane. N'empêche, il n'y à pas le moindre mot pour Bowie dans les (courts) crédits de pochette de cet album venant de sortir, ce nouvel album d'Iggy, Post Pop Depression. Soit l'album était déjà pressé, livret imprimé, et dans ce cas, OK, on ne peut pas revenir dessus ; soit le livret a été imprimé après la mort de Bowie, et dans ce cas, cette absence de petite pensée pour le Thin White Duke me gêne un peu, malgré un German Days qui, dans son titre, est une allusion plus qu'évidente à la période durant laquelle (1976/77) Iggy et Bowie vivaient à Berlin-Ouest, et y firent notamment Lust For Life pour Iggy, et "Heroes" pour Bowie. J'espère ne pas lui porter la poisse aussi, mais il faut dire un truc à propos d'Iggy Pop : il ne serait apparemment pas en bonne forme en ce moment, il paierait ses dérives passées (nombreuses et variées) et aurait notamment des soucis de dos ; il lui serait impossible, sans souffrir, de rester debout plus de 15 minutes d'affilée, ce qui, forcément, ruinerait à peu près l'idée d'une tournée promotionnelle, même si Iggy en fera bel et bien une (le 15 mai à Paris). Si on y rajoute l'âge de l'Iguane (qui a bien pris de la bouteille à voir les photos), à peu près le même que Bowie ou Lou Reed, on sse dit que, peut-être, Post Pop Depression, ce nouvel album, à la pochette très punk, a des chances d'être le maillon final de la discographie studio du bonhomme.

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Si c'est le cas, ce n'est pas un mal, car autant le dire, ce disque assez court (41 minutes, 9 titres, on se croirait revenu à la période Lust For Life, qui possède la même configuration), est une authentique réussite. Le mérite en revient en grande partie à celui qui non seulement produit mais joue sur l'ensemble de l'album (basse, guitare, choeurs...), ayant accepté la proposition d'Iggy de faire un disque ensemble : Joshua Homme, leader rouquin et géant des Queens Of The Stone Age, membre d'appoint occasionnel des Eagles Of Death Metal, ancien membre fondateur de Kyuss, membre fondateur du supergroupe Them Crooked Vultures...n'en jetez plus. Un mec de grand talent, qui n'est pas venu seul : Dean Fertita, membre des Queens Of The Stone Age (guitare) et Matt Helders, batteur des Arctic Monkeys, sont aussi de la partie, et posent fièrement sur la pochette. Tout du long de cet album jaune et noir, 9 titres assez sombres dans l'ensemble, enregistrés en début d'année 2015, vont faire passer l'auditeur par plein d'émotions. Certains titres sont bien furieux (Break Into Your Heart, sur laquelle la patte QOTSA est des plus flagrantes), d'autres, comme les deux morceaux les plus étendus (respectivement 6,05 et 6,25 minutes), Sunday (pas une reprise de Bowie malgré le titre) et Paraguay, deux tueries, sont plus mélodiques, avec ces voix féminines (Sunday) notamment, et ces arrangements remarquables (cordes...). Certains titres peuvent paraître un peu anodins au premier abord, comme Chocolate Drops ou In The Lobby, mais Post Pop Depression (appelé ainsi car apparemment, une fois le disque achevé, Iggy et ses musiciens sont passés par une phase assez dépressive, tristes de savoir qu'ils avaient fini d'enregistrer l'album ; sans doute le titre est-il aussi une allusion aux attentats du 13 novembre, rappelons que Joshua Homme a un lien avec les Eagles Of Death Metal ; ou bien une allusion à la mort de Bowie, même si ça semble moins probable, vu que c'est plus récent) est un album incroyablement cohérent et solide. 

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Je n'ai rien à dire de négatif au sujet de cet album, donc ; c'est  un très grand opus de James Osterberg (vrai nom de l'Iguane, qui tire son nom de scène du premier groupe dans lequel il a joué, en tant que batteur : The Iguanas), très rock tout en étant franchement accessible. Sa voix un peu rauque, un peu vieillie par les abus mais tout de même franchement réjouissante et reconnaissable, fait des merveilles, et le climat un peu stoner (Joshua Homme oblige, qui joue de pas mal d'instruments sur tous les titres) est très bien venu. C'est indéniablement un des meilleurs albums de l'entière oeuvre (Stooges inclus) d'Iggy, et son meilleur depuis Lust For Life (1977 tout de même, soit presque 40 ans), ni plus ni moins. Et après deux albums aussi atypiques que Préliminaires et Après (sur lesquels il s'essayait à chanter en français, et reprenait notamment Les Feuilles Mortes et le Et Si Tu N'Existais Pas de Joe Dassin, dans la langue de Molière donc !), qui n'ont pas vraiment emballé le coeur des fans et des rock-critics et ne s'imposent franchement pas, ça fait du bien, surtout si en plus c'est le dernier album (pas encore sûr, mais c'est bien parti pour), de retrouver un Iggy Pop aussi rock et en forme. Post Pop Depression est un grand disque, un des albums de 2016 (pourtant loin d'être finie) aux côtés du Blackstar porthume de Bowie. Ultra recommandé !

Break Into Your Heart

Gardenia

American Valhalla

In The Lobby

Sunday

Vultures

German Days

Chocolate Drops

Paraguay