skid row

1989, une année qui annonce l'imminente chute du Hard US (et aussi du mur de Berlin accessoirement) avant d'être littéralement balayé par la vague Grunge. 1989, l'année du "Bleach" de Nirvana déjà... Mais aussi l'année de perles du Hard comme le "Dr. Feelgood" de Mötley Crüe, le "Pump" d'Aerosmith pour les plus connus, mais d'autres groupes comme L.A. Guns, Guns N' Roses, Def Leppard, Van Halen ou encore Bon Jovi cartonnent également. Bon Jovi... C'est à lui qu'on doit la découverte de notre combo justement. Venant du même bled, Jon Bon Jovi et Dave Sabo (surnommé "The Snake" et qui est l'un des guitaristes de Skid Row) étaient amis d'école (enfin c'est la version officielle, mais en vrai, ce pauvre Dave était plutôt le bizu de ce cher Jon). Formé en 1986 dans le New Jersey, Skid Row est sur le papier l'exemple type du groupe de Hard US par excellence : cinq membres dont un frontman d'un charisme incroyable, extravagant et adepte de la provocation gratuite, un Hard survitaminé et tout ce qui va avec... On pourrait d'ailleurs reprocher à Skid Row d'enfoncer les portes ouvertes avec cet album éponyme (comme une bonne partie des groupes de l'époque), sauf que l'efficacité est telle que l'empreinte du groupe, sans pour autant révolutionner le genre, est directement perceptible. C'est donc Bon Jovi qui les aide à signer chez Atlantic Records. Ainsi parrainés, le groupe entre en studio dans le courant de l'année 1988 avec le producteur Michael Wagener.

"Skid Row" sort donc le 24 Janvier 1989 et est directement propulsé à la 6è place du Billboard US. La formule est simple : des titres courts et entraînants, riffs simples et efficaces, refrains bien foutus, le tout mis en relief par des soli de guitare par forcément très techniques mais dévastateurs, et porté par l'incroyable voix du chanteur Sebastian Bach (blaze plutôt prétentieux et mégalo, je vous l'accorde, à noter également que le bonhomme est venu faire quelque chœurs sur "Time For Change" de Mötley Crüe, et sur "Sorry" des Guns N' Roses... Hum, ou d'Axl Rose, peu importe). En un petit peu moins de 40 minutes, le groupe montre qu'il n'est pas si inoffensif que cela. Hair Metal, oui, mais avec une approche bien plus heavy, doté d'un groove imparable, et c'est ce qui fait la différence. La production de Wagener, typée Heavy Metal, contribue elle aussi à marquer une distance avec des groupes bien plus FM comme Bon Jovi, ou le Whitesnake bronzé de "Here I Go Again".

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Sur les 11 titres de l'album, 3 sont des tubes incontournables que le groupe jouera systématiquement en live. Le premier étant "Youth Gone Wild" qui porte en lui toute la fougue de Skid Row, l'hymne du groupe. Doté d'un riff qui vous suivra jusque dans la tombe, il parle en gros des jeunes qui sont plongés dans la culture Metal et qui emmerdent les blaireaux à qui ça plaît pas. c'est un morceau taillé pour la scène où les chœurs occupent une importance centrale. Un refrain mortel et ultra fédérateur, où la hargne est presque palpable. Ensuite le tube "18 & Life", dont les paroles relatent un sombre fait divers réel, qui est une power ballade, exercice dans lequel le groupe excelle, et surtout où Bach se lache totalement, poussant sa voix comme personne.  Les mots me manquent pour décrire cette chanson bouleversante aux arpèges magiques et d'une émotion si rare. Je ne connais personne qui y soit insensible, à moins d'avoir besoin d'un coton-tige (et en coton-tige, je m'y connais)... Le troisième, "I Remember You" laisse transparaître une pointe de romantisme, faisant un peu de place à la guitare sèche. Un morceau un peu mielleux, mais sans non plus entrer dans le rose bonbon, et qui permettra au groupe de s'asseoir tranquillement dans les charts.

Mais il serait une erreur de réduire cet album à ses 3 hits, car le reste est quasiment un sans faute. Le morceau d'ouverture "Big Guns" plante le décor en nous explosant à la gueule, suivi d'un dynamique "Sweet Little Sister" qui enfonce le clou et surfe sur un tempo plus rapide. "Can't Stand The Heartache" et "Here I Am" (qu'on peut entendre dans un sketch des "Inconnus" se veulent dansants et groovy. La patte du bassiste Rachel Bolan est présente sur des morceaux un peu plus punkisants comme le très bon "Piece Of Me" (qui aurait du être le premier single issu de l'album, mais la maison de disque s'y opposera), ou "Rattlesnake Shake" qui est quant à lui un des moins bons morceaux de l'album, un peu bancal, mais rien de bien inquiétant toutefois. L'album se termine sur l'excellent "Midnight/Tornado" très Judas Priest dans l'âme, carrément Heavy Metal et préfigurant ce que fera le groupe par la suite. A l'écoute de l'album, on perçoit un sentiment d'urgence, pas si éloigné d'un certain "Appetite For Destruction" de qui-vous-savez. La qualité du disque le rend vraiment à la hauteur de la comparaison.

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Certes, tout n'est pas parfait. L'album est solidement ancré dans son époque, pas franchement original, il y a aussi le son de la batterie de Rob Affuso qui traîne péniblement ses 40 kilos de reverb, on peut écarter les "Rattlesnake Shake" ou "Makin' A Mess" qui ne sont qu'un honnête remplisage, corrects mais loins d'être aussi percutants que le "Big Guns" d'ouverture. Mais à part ça, Skid Row se fend d'un premier album tout simplement remarquable. Si la section rythmique est en béton armé, on tient ici une paire de gratteux époustouflants : Snake et Scotti Hill envoient du pâté du début à la fin sans réelle interruption, formidable travail sur les harmoniques, sans oublier un chanteur hors catégorie, ni plus ni moins. Même si le groupe est encore jeune et tatônne un peu, il le fait avec un panache, presque de l'arrogance osée, qui mine de rien, séduit. La sauce prend également grâce à un talent certain de composition (dont l'essentiel est réalisé par la paire Sabo/Bolan), la preuve par a + b avec "18 & Life" ou la qualité de la mélodie se conjugue parfaitement avec l'aisance des musikos, et un Bach impérial. Hybride de Hard Rock et de Heavy Metal, ce premier album est une réussite artistique ET commerciale. Ces p'tits gars se font une entrée burnée ainsi qu'un sacré nom sur cette scène qui affichait "complet". En fin d'année '89, au Zenith de Paris notamment, Mötley Crüe fait l'erreur de les emmener pour faire leur première partie, ceux qui y étaient doivent encore s'en souvenir... 

On pourrait se dire que le groupe va se reposer sur ses lauriers et prendre un tournant bien plus FM, tuant dans l'œuf les espoirs des hardos qui se lassent des ballades mièvres qui sortent à tout va. Rappelons qu'en cette fin des années 80, ce qui cartonne le plus dans le joyeux monde du Metal, c'est le Def Leppard post-"Hysteria", le Van Halen sans Diamond Dave, le Kiss sans maquillage, sans oublier Europe ou encore ces gros nazes de Poison ou Warrant. Autrement dit, des groupes qui ont su dépasser les menaces de mort des hardos assoiffés de distorsion pour proposer un truc vaguement Metal, très barbapapa, rempli de claviers foireux et de batteries moins naturelles tu meurs. N'empêche que ça marche très bien. Les Guns N' Roses et Alice Cooper baissent leurs frocs pour passer sur MTV. Aux concerts de Bon Jovi, il y a les enfants ET leurs parents. Bon Jovi dans ses clips a l'air super sympa. 1989 : le Hard est parvenu à dépasser les frontières de son public habituel pour en trouver un autre, beaucoup plus vaste celui-là : les fans de Phil Collins. Mais au contraire, au beau milieu d'une période Glam qui ne va pas tarder à s'effondrer pour tomber dans l'anonymat le plus complet, Skid Row anticipe et va avoir les couilles de durcir le ton deux ans plus tard avec l'album "Slave To The Grind", totalement Heavy Metal celui-là, et aussi véritable chef d'œuvre !

 

- Liste des titres -

Big Guns

Sweet Little Sister

Can't Stand The Heartache

Piece Of Me

18 & Life

Rattlesnake Shake

Youth Gone Wild

Here I Am

Makin' A Mess

I Remember You

Midnight/Tornado