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Prologue :

Tout commence dans la chambre de mon brother (mon premier mentor pour ainsi dire) en ce milieu des années 2000, je suis au collège et accessoirement, un débutant de la musique. Mes compagnons de route donnent d'avantage dans le Neo-Metal de tata (Linkin Park, Papa Roach, Breaking Benjamin etc...) que le Hard Rock burné, ou même le Heavy Metal. Chaque chose en son temps, ne mettons pas la charrue avant les bœufs me direz-vous.

Mon frère et moi, on se blaste la gueule sur Mortal Kombat sur fond de Rage Against The Machine (l'album éponyme de 1992). J'aime la rage de Rage (ben tiens) Against The Machine. Le son et l'énergie du groupe me font l'effet d'une bonne patate dans le museau. Le chanteur à l'air carrément barré et l'instru ne fait pas dans le chichi !

Coton : (admiratif) Waaaaaaaaa ! Ça tue ce groupe !

Bro : C'est Rage Against The Machine.

Coton : C'est un CD ? Tu me le prêtes ?

Bro : Hmm, seulement si tu gagnes.

(Coton fait ses yeux implorants , c'est l'âge bête, il a la puberté difficile : le bro craque)

Bro : Bon, ok, mais t'endors pas dessus.

Coton : Youpi !  Merci ! Mais y a déjà un CD dans le boîtier, c'est quoi ?

Bro : Urban Dance Squad, c'est un peu dans le même genre.

...

Il ne fait aucun doute que nos tarés de RATM se sont largement inspirés du combo hollandais d'Urban Dance Squad, car même si c'est en 1994 que sort cet album "Persona Non Grata(soit 2 ans après l'éponyme de RATM), il s'avère que leur première galette date de 1989. Les gaillards ont donc déjà fait du chemin et il ne s'agit en aucun cas de nouveaux venus cherchant à se faire une place, non non, ils ne font que la consolider. Car même s'ils ont connu un succès immédiat en '89 avec leur première offrande "Mental Floss For The Globe" en réinventant le terme "fusion", ce n'est pas eux qui ont gravé le mythique "Rage Against The Machine". Malgré leurs deux premiers albums de haute volée et  des prestations live explosives, les Urban Dance Squad n'étaient pas parvenus à retranscrire sur disque toute l'énergie libérée durant leurs shows. Et en 1994, ils comptent bien rappeler au public qui ils sont.

Doté d'une production "coup de poing", "Persona Non Grata" offre quasiment 58 minutes (en 12 titres) de Rap Metal de très bonne facture, avec un son bien plus métallique que sur les deux précédents albums du groupe, et qui se rapproche plus de ce que le groupe fait en live. Exit la production minimaliste (qui collait pourtant très bien aux anciennes compositions). Maintenant Urban revêt une chape de bitume, de celui des quartiers pauvres de Los Angeles, à l’image de la pochette qui plante le décor avec justesse. Ici, un Rock teinté de Funk se mêle à un flow Hip-Hop incandescent interprété par des musiciens talentueux : d'abord Rudeboy, un petit noir musculeux qui pose sa voix accompagné de la guitare de Tres Manos, le tout sur la section rythmique de Magic Stick (à la batterie, comme le laisse supposer le sobriquet) et Sil à basse. 

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Alors que l'album s'ouvre sur "Demagogue", entraînant et groovy et qui est aussi le gros tube du disque, on ne peut se contenter de réduire cet album à ce seul titre lorsque "Good Grief" et "No Honestly" déboulent à la suite sans faire baisser la température. Tantôt heavy sur "Selfsufficient Snake", tantôt posé sur le très funky "Selfstyled", on note cependant quelques petites baisses de régime comme "Alienated" ou "(some) Chitchat" mais rien de bien grave car ils sont largement rattrapés par les titres cités précédemment, ainsi que par le reste dont le burné "Burnt Up Cigarette" ou "Mugshot" et son refrain taillé pour la scène. Les riffs sont aiguisés et tranchants et se conjuguent parfaitement avec la hargne de Rudeboy. Le dernier titre, "Downer", d'une durée de 10 min 39 peut faire penser à cette pratique consistant à inclure un hidden track. Il n'en est rien. Il s'agit d'un mid-tempo à la fois heavy et hypnotique, un peu oriental, une jam Doom-Rap-Metal en quelque sorte, qui dure bien 9 min 30 et suivi d'un blanc d'une minute. Il faut attendre les deux dernières secondes pour entendre Rudeboy glapir un truc du genre "I'm gonna have my eggs now".

Les missiles s'enchaînent et les changements d'ambiances sont excellents, entre titres épileptiques et lancinants, et font de ce "Persona Non Grata" un album non seulement redoutablement efficace mais aussi, au final, assez varié. En fait, il s'agit d'un compromis entre l'album éponyme de Rage Against The Machine, groupe auquel notre quatuor est le plus souvent comparé, et le "Blood Sugar Sex Magik" des Red Hot Chili Peppers : plus agressif que ce dernier, moins virulent que l'autre, il se situe au milieu car il reprend les mêmes éléments que chez l'un et l'autre (la touche funky qu'on retrouve chez les Red Hot, le son bien plus métallique de RATM, et le flow Hip-Hop). De la Fusion explosive à qui veut bien se l'approprier. Un must en la matière...

Note : 8/10

Morceau qui a cartonné : Demagogue

Morceau préféré du coton-tige : Selfsufficient Snake

Morceau bof : (Some) Chitchat

 

Epilogue :

Printemps 2006. L'année du brevet des collèges. Je suis sur la quatrième rangée de la classe et j'écoute "Persona Non Grata"  discrètement d'un écouteur en dessinant des logos de marques sur mon cahier, le cours d'anglais est chiant comme la mort. Verbes irréguliers de mes couilles ouais, de toutes façons je les connais déjà. Mon pote à côté de moi chope l'autre écouteur.

Le pote : (hilare) C'est quoi ce groupe de merde que t'écoute ?

Coton : Je t'emmerde enculé.

Le pote : 'ttend laisse tomber le chanteur avec sa vieille voix, t'vas pas m'dire que t'aimes ? On dirait RATM en moins bien.

Coton : C'est Urban Dance Squad, et cet album est une tuerie. Le jour où tu décolleras ta tête de tes putains de Red Hot tu comprendras (je tripote mon lecteur mp3 pour retrouver "Demagogue"). Tiens, écoute, tu vas voir, ça enterre les Red Hot.

Le pote : J'écoute pas que les Red Hot, en ce moment j'écoute plutôt ça (il sort son téléphone, un modèle où tu peux foutre ta musique dessus comme sur un mp3, l'enfoiré) et j'ai le CD dans mon sac, tiens je te le passe (il me tend un CD).

Je vois une pochette verte, et un mec avec un capuchon qui tient une faucheuse. La prof d'anglais commence à nous zieuter. Je chope le CD et le fous dans mon sac, je ressens alors une chaleur intense : qu'est ce que c'est qu'ce groupe ? La prof reprend son cours, mon pote me tend une oreillette : "Ça s'appelle Children Of Bodom. Tu vas voir, ça enterre ton groupe de tapettes puissance 1000 !"

Je mets l'oreillette, j'entends un brouhaha infernal.

Les battements de mon cœur s'accélèrent, je me mets à transpirer.

Je vois la prof d'anglais prendre directement nos carnets de correspondance dans nos sacs. Mes oreilles sifflent.

Qu'est ce que c'est que ce groupe de malades ?

 

- Liste des titres -

Demagogue

Good Grief

No Honestly

Alienated

Candy Strip Experience

Selfsufficient Snake

(Some) Chitchat

Burnt Up Cigarette

Selfstyled

Mugshot

Hangout

Downer