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Le Texas : grands espaces, buffles, cowboys, buissons, tequila... Et surtout une certaine idée du Blues. Car pour ceux qui ne connaissent pas les débuts du trio Gibbons/Hill/Beard (trio qui d'ailleurs, apparaît sur la pochette en train de barboter dans une mare de boue, comme des fugitifs cherchant à franchir la frontière mexicaine), et bien la vérité est que ces gars là faisaient du Blues Rock, du vrai, râpeux et chaleureux. Et on peut dire qu'ils le faisaient bien lorsqu'on écoute ce disque : cet album sent le goudron et l'agave bleue. "Rio Grande Mud", sorti en Avril 1972, est donc le second albums des Tres Hombres, et il est produit (comme tout les autres album de ZZ Top) par Bill Ham, qui signe d'ailleurs ici un travail remarquable. Un peu plus long que le premier, ce deuxième opus nous régale de 39 minutes de Southern Rock (ou Rock Sudiste) de qualité. C'est bien simple : 10 titres, y a rien, absolument rien à jeter.

On commence avec "Francine" qui fut le seul single extrait de l'album, et qui est l'un des classiques du Top. Ce morceau a contribué à faire entrer le groupe au panthéon Rock, marquant au fer rouge ce style inimitable qui influencera pourtant des générations entières de groupes qui suivront la vague texane. "Just Got Paid" qui arrive juste après nous confirme que ZZ Top maîtrise pleinement son sujet. "Chevrolet", autre classique du groupe, et je dirais même un standard, tant il porte le sceau du Top, juste exceptionnel. Mais les autres titres sont plutôt variés. Des titres de rock très boogie comme "Whiskey'n Mama", le très bon "Ko Ko Blue" ou encore ce "Bar B Q" à la sauce texane qui est assaisonné avec des solis qui ne laissent pas indifférent. Ambiance très western sur "Mushmouth Shoutin' " avec son harmonica, tandis que "Apologies to Pearly" est un instrumental de haute volée (et accessoirement, dédié à la Gibson LesPaul de Gibbons, sa favorite). Le groupe fait aussi dans l'émotion avec "Sure Got Cold After the Rain Fell", qui est l'archétype de la ballade de Southern Rock qu'on pourrait par exemple comparer avec "Tuesday's Gone" de Lynyrd Skynyrd (qui sortira l'année d'après, en 1973). Ce morceau qui sent bon la bouse est aussi le plus long de l'album avec une durée de 7min20. "Down Brownie" en guise de déssert, s'écouterait très bien en bagnole au crépuscule, sur la route 66, vous voyez le genre. Il va sans dire que Billy Gibbons est un excellent songwriter, mais ses deux comparses ne sont pas en reste, car quelque soit l'instrument, c'est un sans faute de bout en bout.

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Par contre, ayant pu écouter cet album sous deux versions (originale et remasterisée), j'en profite pour attirer votre attention sur l'édition remasterisée. C'est la maison de disque Warner qui s'en est chargée, celle là même qui a sorti "Eliminator". Vous voyez le lien ? Au lieu de rester fidèle à l'enregistrement originel, les peigne-zizis de la WB ont tout simplement réédité l'album avec des sonorités bien actuelles qui dénaturent complètement l'ensemble (batterie triggée, reverb exagérée sur le pauvre Billy et tout ce qui va avec). Comparez un même morceau avec les deux versions et vous verrez qu'il ne faut pas se faire de soucis en ce qui concerne la réintégration des handicapés : même les personnes souffrant du syndrome de Down peuvent jouer de la batterie. Je me demandais même s'ils n'avaient pas réenregistré tout l'album, le saccage sauvagement perpétré sur la batterie (avec une brutalité inouïe telle qu'il m'est encore difficile d'en parler sans fondre immédiatement en larmes) ne pouvant venir que d'un overdub bien foiré comme il faut. "Francine" est amputée de son final... J'avais d'abord écouté la version originale, et un peu plus tard j'ai écouté la version remasterisée pour voir l'étendue des dégâts, peut être n'aurais-je pas dû. Le résultat de ce remastering est encore plus perturbant sur "Tejas", vous êtes donc prévenus si vous manquez de perdre une oreille sur le gated-reverb de la batterie des éditions remasterisées. Si je veux un son de batterie puissant, je vais chercher chez Alice Cooper sur l'album "Trash", mais en 1972 c'est tout bonnement un anachronisme. 

Outre ce ratage de la part de Warner, reste que ce "Rio Grande Mud" est un très grand album de ZZ Top, sûrement mon préféré de la période 70's avec "Tejas". On constate que l'album est un collier : les perles, il les enchaîne, avec un compromis parfait entre son gras, rugueux, et un son plus light qui dans le fond, affiche de nettes racines blues, mais présente sous la forme un véritable Hard Rock. Avec ce deuxième effort, ZZ Top confirme tout son potentiel, même s'il faudra attendre le "Tres Hombres" suivant pour que le trio connaisse enfin le succès. Nul doute que les texans auront inspiré bien des groupes comme Little Caesar, Pride & Glory, Cinderella... J’invite donc tous ceux qui n’ont jamais aimé les barbes d’un mètre de long (même si en 1972, ce n'est pas encore le cas) à reconsidérer le cas ZZ Top, moi je leur tire mon Stetson. En attendant, cet album est idéal à mettre en fond sonore lors d'une partie de poker (Texas Hold 'em évidemment) entre amis, tout en sirotant une Corona coupée à la tequila (avec un peu de citron re-évidemment), fumant une cigarette, caché derrière une paire de Ray-Ban (aviator re-re-évidemment).

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Chronique complémentaire de ClashDoherty

C'était en 2016 : Super-Coton-Tige, éphémère membre du blog, nous avait régalés avec une chronique d'un album de ZZ Top qui manquait au blog.

Oui, cet album-ci, en effet, rien ne vous échappe.

Chronique republiée, donc, à l'occasion du cycle. Je ne pouvais faire autrement que de rajouter la mienne à la suite, mais celle-ci, comme souvent avec les chroniques complémentaires, sera plus courte que de coutume, en tout cas que celle, principale, de l'article. Je ne vois, en fait, pas grand chose à rajouter à ce que Super-Coton-Tige avait dit, en 2016, au sujet de Rio Grande Mud, mais je vais quand même essayer de dire, rapidement, ce que je pense de l'album, que comme un con j'avais oublié d'aborder sur le blog depuis sa création en 2009 (j'avais tout autant oublié d'aborder le premier album du groupe, jusqu'à la chronique que j'en ai fait il y à deux jours). Le premier album du groupe, en 1971, était une vraie bonne surprise, du blues-rock sudiste comme on l'aime, loin, très loin des futures élucubrations hard-boogie synthétique que le groupe nous servira tièdement à partir de 1981 et El Loco (album qu'autrefois j'adorais, hé si, mais j'aurai l'occasion, le moment venu, dans le cycle, d'en parler plus longuement, je pense). C'est clair, ceux qui ne connaissent des Barbudos du Texas que des chansons telles que Gimme All Your Lovin', Velcro Fly, Doubleback ou Pearl Necklace se sentiront en terrain un peu étranger en écoutant leurs premiers albums, très purs, leurs meilleurs. En fait, c'est pas comparable. C'est comme de faire écouter du Genesis période Gabriel à quelqu'un pour qui Genesis, c'est Hold On My Heart ou Land Of Confusion, et rien d'autre. Choc matière/antimatière en perspective.

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Rio Grande Mud, avec sa belle pochette montrant le trio pas encore barbu (sauf le bassiste, Dusty Hill ; Billy Gibbons est encore à peu près glabre, et le batteur Frank Beard n'a jamais porté de barbe, il en a une dans son nom, gag) dans le Rio Grande (du moins, j'imagine), est donc le deuxième opus des ZZ Top, et, enregistré entre septembre 1971 et janvier 1972 aux Robin Hood Studios de Tyler (Texas), là même où fut fait le premier opus, est sorti en avril 1972. A l'heure actuelle assez chiant à se procurer en vinyle (pour une raison que j'ignore, autant le premier et le troisième opus ont été réédités en vinyle, autant, pour celui-ci, il est plus difficile de se le procurer), et c'est grandement dommage, c'est, comme Super-Coton-Tige l'a dit, un très grand opus de ZZ Top. Contrairement à lui, ce n'est pas mon préféré d'eux (j'avoue qu'entre Tres Hombres et Degüello...), mais il faudrait être fou pour passer à côté, tellement l'album aligne les perles : Chevrolet, Bar B Q, Francine, Just Got Paid...et ce morceau absolument sublimissime, Sure Got Cold After The Rain Fell, 7 minutes (une durée rare pour du ZZ Top en studio ; seul un morceau, live, de Fandango ! en 1974 fera plus fort) à tomber par terre à poil sur un tapis de punaises (pas les bestioles, non, les bitoniaux servant à plaquer les affiches au mur) et en réclamant encore, encore, mais avec des clous, cette fois-ci. C'est juste parfait (la meilleure chanson du groupe ?). L'album, dans son ensemble, un des plus étendus du groupe (39 minutes !) pour le début de leur carrière (il faudra attendre Eliminator en 1983 pour qu'un album du groupe dépasse les 40 minutes !), est une pure merveille. En vinyle. Parce que, comme Super-Coton-Tige le disait bien dans sa chronique, la version CD (sauf pour le coffret intégrale sorti en 2013, il me semble) de cet album, comme de l'ensemble ou presque des albums 70's du groupe, est abominable, le remixage effectué a totalement niqué la pureté, la chaleur, la rondeur du son des albums originaux. Entre le vinyle d'époque et le CD, c'est le jour et la nuit, et il est inutile de dire quel format il faut préférer, n'est-ce pas ? Vous me connaissez suffisamment pour avoir vous-mêmes la réponse à cette question. 

FACE A

Francine

Just Got Paid

Mushmouth Shoutin'

Ko Ko Blue

Chevrolet

FACE B

Apologies To Pearly

Bar B Q

Sure Got Cold After The Rain Fell

Whiskey'n Mama

Down Brownie