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Les Sisters Of Mercy (d'après une chanson du même nom, de Leonard Cohen, on a connu pire référence) est un groupe pour le moins culte. Mené par le chanteur (à la voix d'outre-tombe ; celle de Ian Curtis de Joy Division, à côté, c'est Freddie Mercury) et multi-instrumentiste Andrew Eldritch, c'est un groupe de rock gothique, très synthétique (comprendre : beaucoup de claviers) qui, depuis le début de son existence, dans le début des années 80, n'aura sorti que... trois albums studio. Le premier en 1985 (First And Last And Always, très très bon), le second en 1987 (Floodland, que j'aborde ici) et le dernier en 1990 (Vision Thing, très rock, sans claviers). Se rajoutent des compilations diverses et variées, mais depuis 1990, plus rien de nouveau concernant ce groupe...qui n'en est pas vraiment un, en fait, Eldritch étant les Sisters Of Mercy à lui tout seul. D'ailleurs, en 1987, au moment de l'enregistrement de Floodland, deuxième opus et indéniablement le meilleur, les Sisters Of Mercy ne sont plus. Les musiciens sont partis, fonder un groupe (The Mission), laissant Andrew Eldritch tout seul gérer le bordel (pour la peine, et bien qu'il ne le voudra pas au départ, il conservera le nom du groupe à son seul profit). C'est aidé de Patricia Morrison, bassiste et ancien membre du Gun Club de Jeffrey Lee Pierce, et copieusement aidé d'une drum machine du nom de Doktor Avalanche, qu'Eldritch (guitares, claviers, basse) enregistre les 8 titres de Floodland, album totalisant 49 minutes (la réédition CD propose deux bonus-tracks, Torch et Colours, faisant passer le tout à une heure de musique, ces deux morceaux sont remarquables soit dit en passant, et surtout Colours).

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Par la suite, Eldritch dira qu'en réalité, Patricia Morrison n'a pas joué du tout sur le disque, et la principale intéressée, évidemment, clamera le contraire, disant notamment qu'Eldritch a refait plusieurs de ses parties de basse. Ambiance. Qu'elle ait ou pas joué sur le disque importe au final peu, les parties de basse, ici, jouées par elle ou par Eldritch, sont franchement géniales : Driven Like The Snow, Lucretia My Reflection, pour ne citer que ces deux chansons (la deuxième citée est juste monstrueuse), possèdent une basse entêtante, minimaliste et totalement du genre rongeur de cerveau. Impossible de virer la basse de Lucretia My Reflection de sa tête après l'écoute ! D'autres morceaux restent en mémoire pour d'autres raisons : This Corrosion, de plus de 10 minutes, a été enregistrée, sous la houlette du producteur de Bat Out Of Hell Jim Steinman (il ne produit pas le reste de l'album, qui est signé Eldritch et Larry Alexander, mais il coproduira, avec Eldritch, Vision Thing, le troisième opus), avec plus de 40 choristes, ambiance totalement grandiloquente et larger than life. Dominion/Mother Russia, doublé de morceaux (la deuxième partie semble parler de la catastrophe de Tchernobyl) ouvrant le bal, est un tube monumental de rock gothique, sépulcral, dictatorial et totalement envoûtant. Il faudrait décrire la voix d'Eldritch, ça semble hallucinant qu'un mec avec ce physique possède une voix aussi sépulcrale, digne des meilleurs gargouilleurs de black metal.

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1959  a été enregistrée avec Eldritch seul au piano, la chanson est triste, comme apaisée aussi, Eldritch est né dans une église, en 1959, et semble en parler ici. Un petit peu de répit avant la suite de l'ouragan. Les deux parties de Flood, ou bien le court Never Land (une version longue de presque 12 minutes est sur une des rééditions CD, cette version de l'album original dure, elle, moins de 3 minutes) sont d'autres grands moments. Tout Floodland est un grand moment de toute façon, du rock gothique totalement décomplexé, à la limite de l'autocaricature (ce qui était clairement ce qu'Eldritch cherchait à atteindre ici, on sent qu'il a toujours été le premier amusé de cette imagerie gothique qu'on lui a collé), une heure ou presque (selon qu'on écoute ou pas les bonus-tracks, qui ne sont vraiment pas dégueulasses, comme je l'ai dit plus haut) de grande musique synthétique, grandiloquente, très chargée, mais qui ne laissera personne indemne. Un grand disque des années 80.

FACE A

Dominion/Mother Russia

Flood I

Lucretia My Reflection

1959

FACE B

This Corrosion

Flood II

Driven Like The Snow

Never Land