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D'entrée de jeu, ce disque en jette :  une pochette sublime et sensuelle, qui marque le regard. Pas pour le fond orangé couleur de feu, mais pour cette jeune femme qui, recto commee verso (au verso, la photo a juste été inversée), pose divinement, mais de manière décontractée, cigarillo allumé au bec, tête penchée de côté, une sorte de béret rouge vissé sur ses beaux cheveux blonds et longs. Un look proto bobo, devenu indissociable de l'artiste. Dites bonjour à Rickie Lee Jones, à la voix d'or (il faut l'entendre pour le croire), aux textes sublimes, ancienne petite amie de Tom Waits (de 1977 à 1980 ; il paraît que la femme actuelle de Waits refuse absolument que lui et Rickie Lee se revoient, même brièvement, tellement leur relation fut fusionnelle, forte et tellement elle les a marqués !), et dont le premier album, éponyme, ce disque-ci par ailleurs, date de 1979. Entourée de musiciens hors pair (je vais les citer un peu plus bas, vous verrez que ça égalise les productions de Steely Dan en terme de nombre de pointures au mètre carré), produite par Russ Titelman et Lenny Waronker, la belle originaire de Chicago, alors âgée de 25 ans, livre ici une oeuvre digne des meilleurs albums de Tom Waits (justement), Carole King, Joni Mitchell et Elliott Murphy. Rickie Lee Jones, tel est donc le titre de cet album admirable, mélange détonnant entre folk, rock, pop et jazz, album proposant 11 titres, tous signés de la main de Rickie Lee (deux d'entre eux sont des collaborations avec Alfred Johnson), pour une bonne quarantaine de minutes qui, aujourd'hui encore, passent comme une lettre à la Poste tant ça n'a pas vieilli. Ou plutôt, ça a bien vieilli !

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Avec Tom Waits

J'ai dit que la belle (qui chante, évidemment, et joue, tout du long, de la guitare, des claviers et des percussions, plus de la batterie sur 5 titres et de la basse sur 3, sans oublier les arrangements de cuivres, qu'elle signe) était, ici, entourée de pointures. Voici, sans distinction de qui joue sur quoi car sinon, on y serait encore l'année prochaine, la liste des musiciens ayant répondu à l'appel de Rickie Lee Jones : Dr. John (claviers), Michael McDonald des Doobie Brothers (choeurs), Randy Newman (synthétiseur), Victor Feldman (claviers, batterie, percussions), Tom Scott (cuivres), Michael Boddicker (synthétiseur), Chuck Findley (cuivres), Steve Gadd (batterie), Andy Newmark (batterie), Jeff Porcaro de Toto (batterie), Ernie Watts (cuivres), Willie Weeks (basse), Buzz Feiten (guitare), Red Callender (basse), excusez vraiment du peu, c'est un vrai bottin, le Who's Who de la pègre musicale californienne de l'époque (l'album a été enregistré aux studios Warner de Burbank, Los Angeles, en 1978), il ne manque plus que Joe Lala, Russ Kunkel, Danny Kortchmar et Lee Sklar pour que tout soit complet, mais ces quatre autres grands noms du soft rock californien de l'époque étincellent de leur absence ici. On notera aussi l'absence de Tom Waits. On peut le regretter comme s'en satisfaire, personnellement, je trouve que c'est bien qu'il ne soit pas là, il l'a laissée faire son disque seule comme une grande. Disque qui s'ouvre sur une chanson sublime et pour le moins mythique, Chuck E.'s In Love, un hit d'estime, comme on dit, au parfum délicatement jazzy et suave. Impossible de ne pas accrocher à cette voix quand elle surgit, au bout de quelques secondes, sur un tempo très steelydanien. La suite de l'album, comme Night Train, Weasel And The White Boys Cool, After Hours ou The Last Chance Texaco, est du même acabit, des chansons jazzy ou folk, superbement produites (Company), le plus souvent très sobres. Du Diana Krall avant l'heure.

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Je ne vois strictement rien de négatif à dire ici, ce premier album de Rickie Lee Jones est une petite perfection jazz/folk, un disque à écouter en sourdine pour un soirée entre amis, pour se relaxer seul chez soi, pour faire l'amour aussi pourquoi pas, un disque à écouter en voiture ou au casque dans les transports en commun, un disque pour toute occasion qui se présente et même celles qui ne se présentent pas. Il se dégage de ce disque un parfum bien agréable et délicat de fin de journée, ou de fin de nuit (paradoxal, je sais), entre chien et loup comme on dit. Voix angélique, textes sublimissimes, arrangements discrets, musiciens hors pair, durée idéale (42 minutes), aucun défaut à aucun niveau, un disque éternel et intemporel. Et en plus, serti dans une pochette comptant parmi les plus belles, les plus iconiques, les plus agréables qui puissent exister. Rickie Lee Jones est un grand disque, je ne peux que vous conseiller ultra ardemment de vous jeter dessus, et ce d'autant plus que : a) le disque est assez facile à trouver, et b) il n'est généralement pas vendu cher, parfois même moins de 10 €. Aucune excuse ne sera, dès lors, acceptée.

FACE A

Chuck E.'s In Love

On Saturday Afternoons In 1963

Night Train

Young Blood

Easy Money

The Last Chance Texaco

FACE B

Danny's All-Star Joint

Coolsville

Weasel And The White Boys Cool

Company

After Hours