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Elle aura mis du temps à le faire, ce troisième album, la fifille au Grand Jacques (pas Brel, l'autre ; non, pas Chirac, l'autre ; Higelin, ouais, c'est ça). Son précédent opus, So Much Trouble, datait de 2011, et ce troisième album, lui, est sorti cette année 2015. Bon, entre temps, Izïa s'est essayée au cinéma, sans trop de difficultés, et de manière plutôt convaincante. Mais on attendait quand même qu'elle revienne aux affaires, la belle. Faut dire que ses deux premiers albums avaient marqué, sans vraiment innover. Il y à d'abord eu Izïa, en 2009, disque très musclé, entièrement anglophone, avec des chansons purement jouissives comme Let Me Alone, Lola, Sugar Cane ou Back In Town. Une voix remarquable, sorte de mini Janis Joplin en moins déglinguée, mais avec au moins autant de rage en d'dans (pour paraphraser une chanson de son paternel ; elle a vraiment de qui tenir). Disque d'or. En 2011, So Much Trouble, totalement en anglais aussi, sort. Pochette sexy la représentant torse nu (on ne voit hélas rien) avec un serpent enroulé sur les épaules. Album un peu plus maîtrisé, un peu moins coup de genou dans les valseuses que le précédent, album moins immédiat, mais qui tient encore super bien la route, et rien que pour le morceau-titre, I Hate You, Penicilline et Twenty Times A Day, c'est à écouter. Autre disque d'or. Un deuxième album qui, comme tout deuxième album qui se respecte, fut sans aucun doute dur à réaliser, mais le résultat est convaincant.

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Puis, plus rien, musicalement parlant, pendant presque 4 ans. En février 2015, Izïa envoie une annonce web, sur son site, annonçant la sortie prochaine de son troisième album. Un design étonnant, le nom d'Izïa fait de batons de couleur, en effet miroir (voir la pochette de l'album, plus haut). L'album sort le 9 février, 5 jours après cette annonce. Il s'appelle La Vague, et est, une première pour Izïa, entièrement (sauf deux-trois lignes de texte sur Bridges) chanté en français. Rien que ça, c'est une petite prise de risques, mais la plus grosse prise de risques, c'est le contenu musical de l'album, un album de surcroît terriblement court : 32 minutes, pour seulement 9 titres. La Vague est en effet diamétralement opposé aux deux précédents opus en celà qu'il est très pop, et même...électropop ! Chose qui a terriblement déçu pas mal de ses premiers fans, et on note d'ailleurs que non seulement l'album ne s'est pas aussi bien vendu que les deux autres, mais qu'il a récolté, et continue de le faire, des critiques parfois assez acerbes. Oui, Izïa a (momentanément, en tout cas) abandonné le rock burné, typique du Higelin de l'ère BBH 75/Irradié, de ses deux premiers opus (déjà, So Much Trouble était moins 'violent', plus mature dans un sens, là où le premier album faisait très rebellion adolescente ; née en 1990, Izïa avait 19 ans au moment de sa sortie !). Elle est passée à autre chose, n'hésitant pas à sortir les synthés (elle en joue, du piano aussi, selon les morceaux), les programmations électroniques, et a même demandé à Orelsan de co-écrire, avec elle, un morceau, chanté en duo, Les Ennuis. Autant le dire, c'est le morceau que j'aime le moins, because Orelsan, et j'aime pas le rap/hip-hop. Ce morceau n'est cependant pas mauvais, c'est en tout cas le plus électro de l'album.

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Le reste est absolument génial dans l'ensemble, et l'album s'ouvre d'ailleurs sur une triplette d'enfer : Hey (qui est envoûtant), La Vague (le 'hit' de l'album, au clip sensuel montrant Izïa se rouler sur un lit et dans ses draps, elle en noir, les draps en blanc) et You. Si l'album ensuite s'effrite un peu avec Les Ennuis, il reprend rapidement (surtout que ce morceau ne dure que 3 minutes) du poil de la bête, tout en étant dans l'ensemble très mélancolique et vraiment pas rock (La Vague est le seul morceau vraiment 'nerveux' de l'album), avec notamment Bridges, Autour De Toi, et ce sublime Tomber final. Seul Reptile, à la rigueur, peut énerver, à cause de ses paroles répétitives. Même chantées en anglais, elles resteraient un peu usantes. D'ailleurs, au sujet de ce changement de langue, ça n'est vraiment pas un problème. OK, on dit souvent que le rock et le français ne font pas bon ménage, du moins pour les auditeurs francophones, car on se rend plus facilement compte que certaines paroles peuvent être tartignolles (je sais, ce n'est pas une raison : les anglophones se rendent, dans ce cas, tout de suite compte que les paroles des chansons de rock sont, parfois, souvent même, connes !). Au début, ça fait bizarre mais on s'y fait. Izïa n'a peut-être pas le talent d'écriture de son papounet (Alertez Les Bébés ! par exemple), mais ça tient la route. Musicalement, l'album est très réussi, il distille une ambiance à la fois planante et douloureuse, on aurait certes aimé un peu plus de muscle, mais pas trop grave. Dommage qu'il soit si court, en revanche, certains morceaux auraient gagné à être un peu étendus. Mais au bout du compte, La Vague n'est vraiment pas un mauvais album, et c'est même probablement le plus aventureux et osé d'Izïa à ce jour. Qu'elle continue dans cette voie ou que cela reste une étape de plus ne changera pas le fait que l'album, du moins pour moi, restera probablement un de ses plus importants, que sa discographie s'enorgueillisse encore d'une dizaine d'albums ou qu'elle se stoppe au bout du quatrième ou cinquième. Bref, j'ai aimé, et je continue d'aimer, cet album !

Hey

La Vague

You

Les Ennuis

Silence Radio

Bridges

Reptile

Autour De Toi

Tomber