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Ca y est, c'est fait : Bob Seger est grand. Son double Live Bullet de 1976, avec son groupe le Silver Bullet Band, a cartonné un peu partout dans le monde ; avant cet album, Seger était une méga-star...locale, un des rockeurs les plus en vue à Detroit (lieu de l'enregistrement des concerts de ce double album : le Cobo Hall), mis ça restait quand même assez discret. Malgré la prouesse d'avoir torché des albums aussi immenses que Mongrel, Back In '72, Seven et Beautiful Loser, Bob Seger restait un rockeur du dimanche, un sous-Springsteen qui en veut, qui en offre, mais la reconnaissance mondiale a mis du temps à arriver. C'est chose faite. En 1976, peu après le live, Seger sort Night Moves, excellent album, qui il mettra deux ans avant de nous en refourguer un. Mais là, attention, il reviendra avec du lourd. A la sortie de l'album en question, ce Stranger In Town sorti sous une pochette diamétralement opposée à celle de Night Moves (sur Night Moves, Seger posait avec une expression assz hautaine, l'air de dire j'y suis, j'y reste ; ici, il semble au contraire très humble, comme gêné d'avoir eu tout ce succès) et sorti en 1978, le rock-critic américain Lester Bangs publiera un article intitulé C'est dur de vieillir sans trahir, dans lequel il fera l'éloge (à voir le titre de l'article, on ne dirait pas, mais en fait, si) de Seger, estimant que, contrairement à pas mal d'autres artistes ou groupes ayant mis du temps à percer et ayant finalement trouvé le succès, Seger est resté ce qu'il est, un mec normal.

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C'est ma foi vrai. Non pas que le Boss (qui, en 1978, est déjà une star, mais en profite pour publier un de ses albums les plus sombres, introspectifs et sans compromis, Darkness On The Edge Of Town) soit devenu un pauv' con hautain et se la pétant, absolument pas, au contraire ; mais Seger, c'est encore plus fort. On sent limite que le bonhomme serait prêt à ouvrir les portes des salles de concert pour faire lui-même entrer son public après avoir vérifié les billets. On sent que le mec tond lui-même sa pelouse le dimanche et fait les courses avec bobonne (voire même sans elle) le samedi, c'est un mec comme les autres. En fait, il est toujours le même depuis le début (Still The Same). Il se sent toujours le même pion sur l'échiquier global, le même pauv' con que les puissants exploite, un peu le sujet de Feel Like A Number, une des meilleures chansons qu'il ai jamais pondues, ii en final de la face A. D'autres chansons, ici, sont purement géniales : Ain't Got No Money (But I sure got a whole lotta love !), The Famous Final Scene, Old Time Rock'n'Roll (qui sera, en français, Le Bon Vieux Temps Du Rock'n'Roll par Jauni Alité), Still The Same, et ce génial Hollywood Nights d'ouverture. Rien à jeter des 39 minutes de cet album qui envoie le bois, du pur rock traditionnel interprété par un chanteur à la voix d'acier trempé dans du pinard.

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Et le groupe qui l'accompagne (Drew Abbott à la guitare, Robyn Robbins à l'orgue, Chris Campbell à la basse, Alto Reed au saxophone, David Teegarden aux percussions et à la batterie), ce Silver Bullet Band, est juste un des backing-bands les plus performants et convaincants qui soient. Pas des tueurs à l'égo surdimensionné, mais des musiciens de grand talent et sachant, quand il faut, se mettre en avant tout comme se mettre en retrait derrière le taulier (qui joue de la guitare et/ou du piano, c'est selon). Notons au passage que le Muscle Shoals Rhythm Section, un ensemble de musiciens de studio de l'Alabama, joue aussi sur le disque, comme quasiment sur tous les albums de Seger des 70's...et qu'on a aussi la participation amicale de deux membres des Eagles (Glenn Frey et Don Felder, guitaristes) sur respectivement Till It Shines et Ain't Got No Money, aux solos. Dans l'ensemble, ce Stranger In Town est une réussite majeure de plus pour Bob Seger. Ce dernier attendra environ deux ans avant de refaire un disque, et ça sera encore une fois une superbe réussite, Against The Wind, un écrin à tubes (Fire Lake, la chanson-titre, Her Strut) que j'aborderai bientôt, ainsi que le double live (Nine Tonight) qui en découlera !

FACE A

Hollywood Nights

Still The Same

Old Time Rock'n'Roll

Till It Shines

Feel Like A Number

FACE B

Ain't Got No Money

We've Got Tonite

Brave Strangers

The Famous Final Scene