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L'autre jour, j'ai réabordé (ça fait longtemps que ça me titillait) un des plus grands albums des années 80 : Tim, des Replacements, un chef d'oeuvre de power pop. J'en avais profité pour dire en avant-première mondiale que je n'allais pas tarder à aborder, pour la première fois ici, un autre grand album de ce groupe de rock indépendant américain, en l'occurrence Let It Be, leur précédent opus, sorti en 1984. Comme vous le voyez, je tiens mes promesses, moi, pas comme les politicons. Voici donc à nouveau les Replacements, constitués de Paul Westerberg (chant, guitare), Tommy Stinson (basse), Bob Stinson (guitare principale) et Chris Mars (batterie). Si Tim (le premier album du groupe à être sorti sur une major, en l'occurrence sur Sire Records, filiale de Warner) est immense et indéniablement le sommet du groupe, 37 minutes de bonheur le plus absolu (Bastards Of Young ! Here Comes A Regular ! Swingin' Party ! Tout !), ce précédent album, ce Let It Be au titre si éminemment évocateur, album sorti sur un petit label indépendant (Twin Tone Records) et réédité avec moult bonus-tracks, en 2008, sur Ryko Records, est quasiment au même niveau d'immensité musicale faite disque. Sous sa pochette montrant le groupe poser, assis, sur un toit de maison, Let It Be, qui n'a rien à voir évidemment avec les Beatles (la chanson des Beatles ne figure pas parmi les 11 titres, le groupe ne l'a pas reprise) même si son titre n'est probablement pas innocent non plus de ce côté-là, est un disque court, très court même (il ne dure, pour 11 titres, que 32 minutes), mais au moins aussi parfait que Tim.

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C'est bien simple : Let It Be serait le sommet des Replacements s'il n'y avait pas Tim, voilà, c'est aussi simple que ça. Sonnant mieux que Tim pour cause de remastérisation (l'édition 2008 dont je viens de parler), là où Tim n'y à pas encore eu droit (sauf erreur de ma part) et sonne encore un peu fin en CD (ancienne édition basique), Let It Be offre du lourd, 11 chansons dont une reprise, de Kiss : Black Diamond. Une des meilleures chansons de Kiss reprise à la sauce Replacements, qui ont décidé de shunter littéralement le fameux final allant progressivement dans le ralenti (au point d'en devenir flippant et malsain), mais conserve tout la force, l'efficacité, de ce morceau, en 2,45 minutes environ achevant la première face. Sur la réédition 2008 se trouvent d'autres reprises, comme celle du 20th Century Boy de T-Rex, mais Let It Be n'en offrait qu'une, le reste est signé Westerberg (et, pour certaines chansons, du groupe en collectif : le court, incisif et amusant Tommy Gets His Tonsils Cut). Lequel est un putain de songwriter rock qui s'ignore et est ignoré du plus grand nombre (les Replacements n'ont quasiment pas eu de succès commercial à l'époque, et mettront du temps à être réévalués par les masses ; la critique rock, elle, a toujours été favorable à ce groupe dont un des membres, Tommy Stinson, fera partie de la horde de musikos participant au Chinese Democracy des Guns'n'Roses).

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Let It Be est un sommet, que dire de plus ? Que Tim sera encore meilleur, en effet, et c'est pour vous dire, si vous ne le connaissez pas encore, à quel point c'est du lourd. Ici, tout comme pour Tim, c'est 11 chansons, et 11 sommets, du grand art, difficile de dire quelle est la meilleure chanson. Answering Machine ? I Will Dare ? Androgynous ? Favorite Thing ? La reprise de Kiss (que, selon la légende, Gene Simmons, bassiste de Kiss, aurait entendu au cours d'un des concerts des Replacements, et il aurait quitté la salle en courant) ? Le quasi instrumental Seen Your Video ? Unsatisfied ? Oh, elle est grandiose, celle-là... Non, vraiment, cet album est une tuerie, tout simplement. Un album rigoureusement essentiel à tout fan de rock !

FACE A

I Will Dare

Favorite Thing

We're Comin' Out

Tommy Gets His Tonsils Cut

Androgynous

Black Diamond

FACE B

Unsatisfied

Seen Your Video

Gary's Got A Boner

Sixteen Blue

Answering Machine