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C'est après cet album sorti en 1975 que Bob Seger deviendra Bob Seger & The Silver Bullet Band, du nom du groupe qui l'accompagne sporadiquement, sur ses albums, depuis 1974 et Seven. Ces derniers (Drew Abbott à la guitare, Robin Robbins à l'orgue, Chris Campbell à la basse, Charlie Martin à la batterie) ne jouent pas sur tout cet album du nom de Beautiful Loser, loin s'en faut. En fait, sur les 9 titres (pour un total remarquablement trop court de 32 minutes) de cet album enregistré en 1974/75, le Silver Bullet Band au complet ne joue que sur...un titre. Le reste des morceaux, c'est essentiellement un groupe de musiciens cuivristes résumés à un acronyme, M.S.R.S., pour Muscle Shoals Rhythm Section, à Bob Seger à la guitare, à Pete Carr à la guitare principale, Roger Hawkins à la batterie et David Hood à la basse, plus la participation, aux claviers, de Barry Beckett. Produit par Seger et le M.S.R.S., cet album s'appelle donc Beautiful Loser. Sous sa pochette assez classe montrant Seger assis sur un trône, bien fringué, arborant canne et chapeau-claque, cet album fait suite à deux immenses albums (Back In '72 en 1973, Seven en 1974), deux albums absolument parfaits (et aussi courts que lui) qui forment vraiment le meilleur de ce que faisait Seger à l'époque (du rock survitaminé, teinté de soul, à la Springsteen, auquel on comparera par la suite souvent Seger, toujours à son désavantage par rapport au Boss).

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Que Beautiful Loser fasse suite à deux monstres sacrés (qui, hélas, sont assez chiants à trouver à l'heure actuelle, n'ayant pour ainsi dire jamais été édités en CD) pourrait laisser présumer, en étant un peu salaud, qu'il n'est pas aussi génial qu'eux, la formule commençant peut-être à s'essoufler. Ce n'est heureusement absolument pas le cas, l'album, tout du long de ses 32 minutes définitivement trop courtes, alignent les (futurs) classiques de Seger comme quasiment aucun autre de ses albums (Back In '72 excepté) ne le fait. Sur les 9 titres de Beautiful Loser, pas moins de 5, soit plus de la moitié, sont des tueries absolues, qui se retrouveront d'ailleurs toutes en bonne place sur l'album suivant de Seger, le géantissime double Live Bullet, premier album officiellement crédité au Silver Bullet Band dans son intégralité, et sorti en 1976, un live d'enfer enregistré au Cobo Hall de Detroit (la ville de Seger) durant la tournée de Beautiful Loser.  Ces morceaux sont Nutbush City Limits (reprise ahurissante d'Ike & Tina Turner, et par ailleurs le morceau de l'album sur lequel apparaît le Silver Bullet Band), qui dépote totalement ; Travelin' Man, remarquable ; Katmandu, 6 minutes effrénées ; et les ballades Beautiful Loser et Jody Girl.

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Le reste de l'album, et notamment Sailing Nights et Black Night, sont géniales aussi, il n'y à de toute façon rien à jeter sur cet album infernal de maîtrise, et au parfum (le son) délicatement 70's. La suite de la carrière de Bob Seger, après cet ultime album réellement solo (enfin, c'est relatif), sera immense, entre le double live déjà cité et, la même année, un Night Moves franchement remarquable ; plus un Stranger In Town génial en 1978, un Against The Wind sensationnel et même plus que ça en 1980, et un double live (Nine Tonight) vraiment excellent en 1981...Après, ça sera moins abouti, moins percutant, mais jamais raté, faisant de la carrière de ce sous-Springsteen (c'est méchant, je sais, et ça me gêne, de dire ça, car il a un talent de malade, mais il n'a, aussi, jamais réussi à dépasser Springsteen dans le domaine du rock pur et dur pour blue collars) une des plus convaincantes dans son genre. Beautiful Loser fait partie des 5 meilleurs opus de Seger avec Back In '72, Seven, Against The Wind et Mongrel (1970), et est totalement recommandé !

FACE A

Beautiful Loser

Black Night

Katmandu

Jody Girl

FACE B

Travelin' Man

Momma

Nutbush City Limits

Sailing Nights

Fine Memory