MO2

Le chef d'oeuvre de Midnight Oil est-il Red Sails In The Sunset (1984), Diesel And Dust (1987), Blue Sky Mining (1990)... ou celui-ci ? Parce qu'attention, celui-ci, putain, il défouraille grave. C'est le quatrième album des Australiens, qui ont démarré leur carrière doucettement (leur premier album, éponyme - 1978 -, n'est pas de ceux qu'on retiendra), l'ont poursuivie plus efficacement (Head Injuries - 1979 -, le deuxième album, et Place Without A Postcard - 1981 -, le troisième, avec entre les deux un EP, Bird Noises - 1980 -, sont tous remarquables), mais c'est en 1982 qu'ils vont vraiment commencer à totalement cartonner dans le monde. Ce quatrième album, ou cinquième en comptant l'EP, est le premier que la maison de disques du groupe (CBS/Columbia) va distribuer plus intensément de manière internationale, il fallait avant celà, pour se choper les albums des Oils, passer par l'importation, les commandes, ça prenait du temps. Sous sa pochette un peu étrange pouvant un peu faire penser à celle du troisième album de Led Zeppelin, cet album s'appelle d'un titre, lui aussi, un peu étrange : 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1, titre à rallonge que les fans ne manqueront pas de raccourcir en un 10 To 1 plus simple. Voire même, je l'ai lu ou entendu une fois ou deux, je ne sais plus où, Countdown ('compte à rebours'). Sur ce disque produit par Nick Launay et le groupe, et enregistré aux Townhouse Studios de Londres, Midnight Oil est constitué de Peter Garrett (chant), Martin Rotsey (guitare), Jim Moginie (guitare, claviers), Peter Gifford (basse, choeurs) et Rob Hirst (batterie, choeurs).

tumblr_lyrqa7XCct1qzby1co1_500

Par la suite, les Oils considèreront cet album comme leur The Dark Side Of The Moon, comprendre par là que non seulement, pour eux, 10 To 1 sera le breakout album (le disque qui va vraiment tout faire démarrer, de manière internationale), mais aussi celui qu'ils estimeront être leur meilleur, leur plus abouti. J'imagine que cette déclaration fut faite avant Diesel And Dust (le disque des tubes The Dead Heart, Beds Are Burning et Put Down That Weapon, un album majestueux et qui sera un succès monstrueux en 1987), car si 10 To 1 serait le Dark Side... des Oils,  Diesel And Dust, lui, serait leur Wish You Were Here : encore plus abouti, encore plus fort, encore plus prenant. Mais 10 To 1 renferme des monstres sacrés, et est, thématiquement, très cohérent. C'est un disque viscéralement engagé contre les essais nucléaires (Maralinga, une des chansons, tire son nom d'une zone reculée de l'Australie méridionale où des essais nucléaires furent faits, dans les années 50 et 60, par le gouvernement britannique (avec accord du gouvernement australien, pays membre du Commonwealth comme tout un chacun le sait), contre les inégalités (Only The Strong), contre la mainmise des USA (U.S. Forces, aux paroles à la fois drôles et violentes, dans le style tout est de la faute de l'Oncle Sam). Antimilitariste, pro-écologie, anti-nucléaire, anti-inégalités, anti-américanisme, le groupe de Peter Garrett (que ses engagements écolos et sa haute stature feront surnommer le Géant Vert par les fans du groupe) va loin ici. Douces ou agressives, pop (Read About It) ou très rock, les 10 chansons de 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 sont toutes des merveilles que l'on n'oubliera que difficilement : Short Memory, Outside World, le désabusé et long Scream In Blue, Power & The Passion, ou ce final Somebody's Trying To Tell Me Something s'achevant sur 40 secondes de vocalises, une note tenue par Garrett sur ce qui peut sembler une éternité et qui, sur certains pressages vinyles (les tout premiers), durait effectivement une éternité, grâce à un locked groove - sillon bloqué - à la Sgt. Pepper's qui obligeait les auditeurs à se lever et à retirer délicatement le bras de la platine, à moins d'avoir un système de retour automatique.

5123885617_455ee84973

En 46 minutes, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 est une tuerie absolue, un des meilleurs albums de 1982 et des années 80 et, évidemment, un des meilleurs albums de ce remarquable groupe australien. Renfermant en son sein cinq de mes chansons préférées du groupe (en ce sens, seul Diesel And Dust fait plus fort, car sur ses 11 titres, 7 sont parmi mes préférés), soit la moitié de l'album, et soit Outside World, Power & The Passion, Read About It, Short Memory et Scream In Blue, cet album de 1982 à la pochette pleine de détails (des messages plus ou moins cachés, high rise, nuclear button, radioactive nightmare) mais mis à part ça, pas spécialement réussie (c'est la seule chose négative à dire ici) est un chef d'oeuvre, n'ayons pas peur des mots. Si vous aimez le rock engagé (le groupe fera évidemment d'autres albums dans ce genre, notamment les trois que j'ai cités en début d'article, tous faits après, ou bien l'EP de 1985 Species Deceased), si vous aimez le rock à tendance pop, vaguement new-wave (des claviers) mais pas trop, si vous aimez les textes qui font mal là où ils passent et les interprétations habitées (Garrett ne plaisante pas, il n'est pas un poseur là pour gueuler contre l'establishment : il pense vraiment ce qu'il dit et chante, et ça se ressent), si vous aimez ce groupe et que vous ne connaissez pas encore 10 To 1... Qu'attendez-vous ?

FACE A

Outside World

Only The Strong

Short Memory

Read About It

Scream In Blue

FACE B

U.S. Forces

Power & The Passion

Maralinga

Tin Legs & Tin Mines

Somebody's Trying To Tell Me Something