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Le disque mythique de Bob Seger. Oui, vraiment. Et comme pas mal d'albums de Seger (essentiellement ses premiers), il n'a jamais été officiellement édité en CD, et n'existe donc qu'en glorieux vinyle d'époque...lesquels ne sont pas forcément super faciles à trouver, et vous vous doutez bien que le prix est parfois un peu rebutant. Bref, cet album-ci et les autres de Seger, que j'ai, sont parmi les trésors de ma collection, qui en contient, sans fausse modestie, quelques uns. Bon, Bob Seger, sinon, artiste dont j'avais pas mal parlé ici en 2015/2016 (j'avais d'ailleurs abordé cet album à l'époque, je le réaborde aujourd'hui), ça vous parle ? A certains, peut-être que non, mais pour pas mal, je pense que oui. Originaire de Detroit dans le Michigan, la fameuse Motor City, la ville du MC5 et des Stooges, Bob Seger, qui a fait sa tournée d'adieux en 2018 (à l'heure actuelle, il a 75 ans), est un des piliers du rock U.S. mais, comme il l'avait dit un jour dans une interview, je suis sans doute la seule rock-star dont la femme demande de tondre la pelouse avant de partir faire son show. Seger est totalement et définitivement associé à Detroit (ses deux albums live ont été captés là), il était une gloire locale avant d'en devenir une nationale, et il fait partie de ces stars qui, une fois passé l'Atlantique, ne bénéficient pas de la même notoriété. Je ne veux pas dire par là qu'en Europe, il est inconnu, mais c'est un peu comme ce duo pop dont on va un petit peu parler dans quelques jours, Hall & Oates : il est nettement plus connu dans son pays qu'ailleurs. En gros, c'est le Johnny ricain (Johnny reprendra du Seger, à quelques reprises, au passage), la comparaison, je pense, tient assez bien la route (66). 

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Les premiers albums de Seger sont assez brut de décoffrage (Mongrel en 1970, notamment). En 1973, notre loustic enregistre, entre le Michigan, l'Oklahoma et les fameux Muscle Shoals Studios de l'Alabama, son sixième album studio (et album tout court ; le premier live sortira en 1976), album qu'il a coproduit avec Punch Andrews. Pochette jaune minimaliste, pas vraiment belle mais que j'aime beaucoup (ce lettrage très 70's me plaît bien, curieux mais vrai), l'album, peu étendu (35 minutes), s'appelle Back In '72 et il est considéré comme l'album perdu, l'album mythique de Seger. Beaucoup de fans estiment qu'il s'agit de son sommet, d'autres préfèrent citer le suivant, Seven (sorti en 1974 et lui aussi absolument monumental, au passage), je préfère dire qu'en fait, ces deux albums sont le sommet de Seger, point  barre. Mais ma préférence va, je pense, au cru de 1973.Déjà, il est plus long (Seven ne dure qu'une demi-heure...), et puis on y trouve Rosalie, que Thin Lizzy reprendra par la suite (Live And Dangerous), on y trouve une reprise monumentale du I've Been Working de Van Morrison, on y trouve, surtout, une des plus belles chansons de rock de tous les temps, Turn The Page. Un hymne à la gloire de la route, des musiciens en perpétuel voyage d'un show à un autre, avec les hauts et les bas qu'une telle vie peut apporter. Interprétation parfaite, touchante, toute en retenue, pour ce morceau qui sent bon la nuit dans son ambiance.

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Notons que les musiciens de l'album sont fantastiques et que parmi eux, figure en invité, à la guitare principale sur Midnight Rider (reprise très réussie du Allman Brothers Band), J.J. Cale (nul doute que ce morceau a été enregistré dans l'Oklahoma, Etat de naissance et de résidence de J.J.). On note aussi Barry Beckett aux claviers, Jamie Oldaker à la batterie, Marcy Levy aux choeurs... La production de l'album est excellente pour l'époque. Comme il n'a jamais été édité en CD ni réédité en vinyle, c'est donc le vinyle d'époque, et la qualité du son dépend de l'état de votre exemplaire. Seger, apparemment, n'aime pas, ou plus, sa voix sur le disque (je ne vois pas trop en quoi elle ne serait pas bonne, personnellement, comparé à ses autres albums), aussi une édition CD ou une réédition vinyle, officielle je le précise (sans doute que des exemplaires bootleg existent), est peu probable. Dommage, parce que l'album est, dans son ensemble, du très furibard Stealer aux calmes So I Wrote You A Song et I've Got Time, en passant par Neon Sky dont l'intro ressemble à s'y méprendre à celle du Envole-Moi de Goldman fait 11 ans plus tard (ça ne peut être qu'une coïncidence : je n'imagine, en effet, pas Goldman se dire l'intro de cette chanson de Seger est super, je vais m'en inspirer ; sans aucun doute, il connaît Seger, mais je pense que c'est totalement fortuit), une totale réussite de pur rock bien tuant. Juste génial, quoi. De quoi avoir envie de retourner en 1972, année non pas de la sortie, mais de l'enregistrement de l'album. 

FACE A

Midnight Rider

So I Wrote A Song

Stealer

Rosalie

Turn The Page

FACE B

Back In '72

Neon Sky

I've Been Workin'

I've Got Time