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5  ans. 5 putain de longues putain d'années. Five years, what a surprise, comme le chantait Bowie. 5 ans depuis le dernier album studio (The Final Frontier) d'Iron Maiden. C'était leur quinzième opus studio, et les fans l'attendaient avec crainte, cet album, en 2010 : le groupe avait en effet souvent dit en interviews que 15 albums, c'était pas mal, et qu'une fois 15 albums enregistrés et commercialisés (encore une fois, par albums, je parle des albums studio seulement), une retraite pouvait éventuellement être considérée comme une solution, afin d'éviter la redite et la routine. Bref, tout ça pour dire que le groupe avait maintes fois annoncé qu'ils envisageraient d'arrêter une fois le quinzième album publié, et ce quinzième album fut The Final Frontier en 2010 (un album absolument remarquable, soit dit en passant, et qui était plus long que de coutume, 76 minutes). Entre 2010 et 2015, le groupe publiera deux lives (En Vivo ! de la tournée de The Final Frontier, et Maiden England '88, réédition remastérisée du fameux live de 1988, longtemps introuvable, Maiden England), mais rien d'autre. C'est en 2014 qu'ils entreront cependant en studio, aux studios Guillaume Tell de Suresnes précisément (là même où ils ont enregistré Brave New World, l'album du retour de Bruce Dickinson et Adrian Smith, en 1999, album sorti en 2000 ; et là même ou fut enregistré, notamment, le Music For The Masses de Depeche Mode), sous la houlette du producteur Kevin Shirley (un collaborateur de longue date), afin d'accoucher des 11 titres (dont deux, une première depuis 1984, signés de Dickinson seul : le premier et le dernier de l'album) de ce qui est donc leur seizième album, sorti il y à quelques jours : The Book Of Souls.

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Sorti sous plusieurs éditions (édition classique, édition collector en forme de livre sous fourreau, que j'ai pris, et triple vinyle), cet album est d'ores et déjà légendaire au sein de la discographie de Maiden : c'est, et de loin, leur album studio le plus long, avec 90 minutes (un chouïa plus, en fait, dans les 92) au compteur, et il est, donc, double en CD. La sortie de l'album a été repoussée suite à des soucis de santé (désormais, il me semble et je l'espère, passés) de Bruce Dickinson, le chanteur, qui a été atteint d'un cancer de la gorge. La tournée a d'ailleurs été repoussée à 2016 afin de permettre au chanteur de se remettre de son traitement. A entendre le disque, on ne saurait deviner les soucis de santé dont il a été victime peu après, Dickinson chante aussi bien que sur les autres albums du groupe depuis sont retour en 1999/2000 (en revanche, sa voix était, c'est vrai, plus puissante encore en 1982/1988). Le line-up du groupe n'a pas changé depuis Brave New World : trois guitaristes (Smith, Dave Murray, Janick Gers), le bassiste/claviériste Steve Harris (leader incontesté, un des deux membres du groupe ayant joué sur tous les albums avec Dave Murray) et le batteur Nicko McBrain, présent depuis 1982/83. Constitué de deux disques de respectivement 50 et 40 minutes (et de 6 et 5 titres tout aussi respectivement), avec trois morceaux de plus de 10 minutes et un (Empire Of The Clouds) atteignant carrément 18 minutes et étant donc, de loin, le plus long jamais pondu par le groupe, The Book Of Souls (la chanson-titre fait 10 minutes) est un disque dense, qu'il faudra sans aucun doute écouter plusieurs fois pour bien s'en imprégner et parvenir à en saisir la moelle (la même chose était à dire de A Matter Of Life And Death de 2006, The Final Frontier de 2010 et, encore avant eux, de Fear Of The Dark en 1992 et The X Factor en 1995). Dickinson est crédité au piano (sur le dernier et plus long morceau, dont les premières notes sont de piano, ce qui est pour le moins étonnant et même perturbant, quand on parle de Maiden, mais après tout, le changement, c'est maintenant) en plus du chant, ce qui est, je crois, une première. L'album est en grande partie signé Harris (7 des 11 morceaux sont crédités ou co-crédités à lui), mais Dickinson a quand même des crédits, notamment sur deux titres qu'il a signés, donc, comme je l'ai dit plus haut, tout seul. On peut dire de cet album qu'il est une sorte de melting pot entre un disque de Dickinson t un de Harris.

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Offrant plusieurs chansons absolument sublimes comme la chanson-titre, The Great Unknown, Tears Of A Clown, The Red And The Black et Empire Of The Clouds, l'album possède, c'est amusant, trois chansons aux titres en homonymes de classiques de la musique (deux d'entre eux ont été cités à l'instant). La première fois que j'ai lu la liste des morceaux, sur le Net, j'ai tout d'abord cru que Maiden avait glissé des reprises parmi les chansons, mais non, tout a bel et bien été écrit par le groupe, ce ne sont que des homonymes. En même temps, c'est rassurant, car autant on aurait pu admettre que le groupe reprenne The Red And The Black (de Blue Öyster Cult), autant reprendre Death Or Glory (des Clash) ou Tears Of A Clown (de Smokey Robinson) aurait été bizarre de la part d'un groupe de metal ! Ce sont donc des homonymes, ça fait marrant d'avoir autant de titres de chansons de ce genre sur le tracklisting de l'album, mais c'est purement anecdotique. Musicalement, l'album en jette, la production aussi, et s'il faut parfois faire abstraction de certains détails d'autoréférence (les vocalises sur The Red And The Black, morceau de 13 minutes, font penser à celles de The Wicker Man, chanson que le groupe fit en 2000 ; l'intro d'une chanson, Shadows Of The Valley, fait penser à celle de leur chanson Wasted Years de 1986) et sur la longueur de l'album (une heure et demi, du jamais vu pour un disque studio du groupe) et de plusieurs chansons, au final je suis obligé de clamer haut et fort, fort et clair, clair de lune, lune en juin, que ce The Book Of Souls est une réussite indéniable qui, au fil du temps, s'imposera très certainement comme un des magnum opus du groupe. En abordant The Final Frontier en 2010, j'avais dit qu'il était absolument impossible que le groupe s'arrête, même si le disque était suffisamment bon (et même plus que ça : excellent) pour servir de conclusion honorable à leur discographie. Je maintiens cet avis : The Book Of Souls est tellement dense, tellement riche (oui, je sais, ça revient au même), que définitivement, Maiden ne peut pas s'arrêter, ça serait trop con. Même si, en tant qu'album final de leur discographie, cet album en jette tellement qu'ils pourraient, s'ils le voulaient (et ce, sans oublier que Dickinson a eu des soucis de santé assez sérieux, cancer quand même, ce n'est pas rien), partir la tête haute, le devoir accompli. Il me semble bien, en effet, qu'on tient ici un de leurs trois meilleurs albums. Oui, vous m'avez bien lu.

CD 1

If Etrnity Shoud Fail

Speed Of Light

The Great Unknown

The Red And The Black

When The River Runs Deep

The Book Of Souls

CD 2

Death Or Glory

Shadows Of The Valley

Tears Of A Clown

The Man Of Sorrows

Empire Of The Clouds