DF1

Ce disque sorti  l'année de ma naissance (soit 1982) devrait, selon toute logique, plaire à toute personne aimant Steely Dan, et notamment la période 1977/80 du groupe (les albums AJA et Gaucho). Pourquoi ? Bikoze le principal intéressé ici, l'auteur de ce disque, n'est autre que Donald Fagen, lequel est l'une des deux personnes se cachant derrière cette incroyable entité pop/rock qu'est Steely Dan (l'autre personne est Walter Becker, lequel resplendit par son absence sur cet album, ceci dit). Entité pop/rock ? Pourquoi pas 'groupe' comme d'ordinaire ? C'est que Steely Dan n'a jamais vraiment été un groupe. Enfin si, au tout début : le groupe, qui tire son nom du Festin Nu de William Burroughs (Steely Dan, Dan Bras-De-Fer en VF, n'est autre qu'un...godemiché dans le roman ! Si, si !), a été fondé au tout début des années 70 par le chanteur/claviériste Donald Fagen et le guitariste/bassiste Walter Becker, tous deux de vrais musicologues au fort tempérament, à l'humour redoutable, au cynisme triomphant et au pointillisme musical frisant l'absolu. Demandez aux innombrables musiciens ayant joué sur les albums du groupe, ces mecs pouvaient rapidement être de vrais chieurs, du genre à chercher le moindre défaut pour l'effacer, à chercher la perfection. Le premier opus du groupe, Can't Buy A Thrill en 1972, est le seul sur lequel on entend aussi une autre voix que celle de Fagen : celle de David Palmer, chanteur principal, alors, du groupe. On entend aussi le batteur Jim Hodder chanter sur un titre, ce qui restera cas unique dans le groupe. Les deux autres membres du groupe sont Denny Dias et Heff 'Skunk' Baxter, aux guitares, et Becker tient la basse seulement. Après ce disque, Palmer est remercié, Fagen devient le seul chanteur, ce qu'il ne voulait pas vraiment à la base. Encore deux disques seront faits (Countdown To Ecstasy, 1973 ; Pretzel Logic, 1974), peu représentés sur scène car le groupe n'aime pas trop les concerts, avant que Becker et Fagen ne décident de virer Baxter, Dias et Hodder, estimant que tout compte fait, il vaudrait mieux que Steely Dan devienne un duo. Après tout, ils ne font pas de concerts, et on trouve à Los Angeles tellement de pointures telles que Jeff Porcaro, Larry Carlton, Steve Gadd ou Chuck Rainey, alors autant les utiliser. D-s 1975 et Katy Lied, le Dan devient donc exclusivement Becker et Fagen entourés de musiciens de studio. Le ton du 'groupe' devient de plus en plus jazzy avec The Royal Scam (1976), complètement jazz avec AJA (1977) et Gaucho (1980, sur lequel on entend, sur deux titres différents, Rick Derringer et Mark Knopfler). Le groupe, en cette année 1980, décide de stopper là leur carrière en commun, ne reformant le groupe que courant des annés 90 pour des concerts, puis début des années 2000 pour deux albums.

DF2

C'est en 1982 que Fagen se lance en solo avec The Nightly, disque de pop à tendance très jazzy, à la production (signée Gary Katz, producteur de tout Steely Dan) léchée, classieuse et totalement similaire à celle des deux précédents opus du groupe. Walter Becker, comme je l'ai dit, ne joue pas dessus, n'est même pas crédité (les deux se seraient légèrement fâchés à l'époque, rien de grave). Il n'y à que l'absence de l'autre fondateur de Steely Dan qui empêche The Nightfly d'être un disque de Steely Dan, parce que sinon, c'est vraiment, tout du long des 8 titres et 38 minutes de l'album, similaire. Gros succès à sa sortie, le disque est sorti sous une des plus belles pochettes d'albums de son époque, une photo noir & blanc classieuse de Fagen en bras de chemise, assis face à une platine dans un studio de radio, un antique micro en main, une clope dans l'autre. Un DJ à l'ancienne, un annonceur radio comme dans les années 50 voire même avant. La photo semble d'ailleurs dater de cette période, ce qui n'est évidemment pas le cas. L'album aligne les merveilles du début à la fin et a été enregistré avec de vraies pointures, encore une fois, que je vais citer en vrac (selon les morceaux, comme pour Steely Dan, ça change de line-up) : Greg Phillinganes, Hugh McCracken, Jeff Porcaro, Dave Bargeron, Michael Omartian, Larry Carlton, Marcus Miller, Michael et Randy Brecker, Chuck Rainey, Steve Khan, Dean Parks, Rick Derringer... Ce vol de nuit (titre de l'album) a été fait en compagnie d'un équipage d'élite !

DF3

Monsieur Sourire

Je n'ai ps encore cité le moindre morceau sur The Nightfly, j'ai juste précisé qu'il y en avait 8. Pourquoi essayer de décrire l'album ? Ca ne servirait à rien. Non, ce n'est pas par fainéantise que je fais ça, mais franchement, entre la chanson-titre, The Goodbye Look, New Frontier, Maxine et I.G.Y. (pour International Geographical Year), sans oublier la seule et unique reprise de l'album (Ruby Baby), c'est difficile de dire quelle est la meilleure chanson. I.G.Y. est probablement ma préférée, car elle ouvre magistralement l'album, prend le temps de s'installer sur 6 minutes, mais tout The Nightfly est une pure merveille de jazz/pop qui ravira, je le redis, les amateurs de Steely Dan ne le connaissant pas encore (ceci dit, si vous êtes fan du groupe, à mon avis, vous connaissez déjà cet album, d'autant plus qu'il est : a) très connu, et b) la continuité même de Steely Dan, le passage obligé), et surtout celles et ceux qui ont aimé AJA et Gaucho, clairement les deux oeuvres du Dan qui ressemblent le plus à ce The Nightfly anthologique et sublime. Une merveille de jazz/pop, tout simplement, et un des meilleurs albums des années 80, pas seulement de 1982.

FACE A

I.G.Y.

Green Flower Street

Ruby Baby

Maxine

FACE B

New Frontier

The Nightfly

The Goodbye Look

Walk Between Raindrops