E1

S'il y à bien un groupe qui me pose des problèmes (enfin, problèmes : terme un peu fort...), c'est Eurythmics. On ne présente plus ce duo new-wave/électropop des années 80, constitué d'un couple (divorcé depuis bien des années), la chanteuse Annie Lennox et le multi-instrumentiste Dave Stewart. C'est d'abord sous l'appellation The Tourists que le duo se lance dans la musique, ça sera un bide retentissant. Changeant de formule, ils deviennent Eurythmics, dont le premier opus, In The Garden, sera lui aussi un bide. C'est à partir du deuxième opus, Sweet Dreams (Are Made Of This) de 1983, que le duo commence à cartonner, via la chanson-titre et Love Is A Stranger. Les tubes vont ensuite s'enchaîner, citons au passage There Must Be An Angel (Playing With My Heart) avec la participation de Stevie Wonder, The Miracle Of Love, Here Comes The Rain Again... Avec sa voix grave et son look androgyne (qui, enfant, me foutait un peu les jetons), Annie Lennox a vampirisé les charts dans les années 80. Quand je dis que ce groupe me cause souci, c'est parce que, paradoxal mais vrai, j'adore et je déteste Eurythmics, tout autant. J'adore leurs tubes (et une ou deux chansons peu connues comme The Walk), je déteste leurs albums. Si l'on excepte leurs premières écoutes, je n'ai pour ainsi dire jamais pu aller jusqu'au bout de l'un d'eux, me sentant forcé de stopper l'écoute au bout de la moitié de l'album, ou d'en zapper pas mal de morceaux. Trop datés, trop de morceaux ratés, trop inégaux, les albums du groupe, dans l'ensemble, ne passent pas la rampe. Unique exception, cet album, sorti en 1984, et qui n'est pas vraiment un album du groupe, malgré qu'ils jouent dessus, sur tous les morceaux, et qu'ils l'aient composé en totalité.

E2

Cet album, c'est une bande originale de film, celle du film de Michael Radford 1984, adaptation du roman du même nom de George Orwell, adaptation sortie donc en 1984, et dans laquelle on retrouve John Hurt, Richard Burton (dans ce qui sera son ultime rôle au cinéma) et Suzanna Hamilton. Le film est génial, mais on est là pour parler de sa bande-son, qui a eu quelques soucis. La production (Virgin Films, filliale cinéma de Virgin Records, le label de Richard Branson, sur lequel Eurythmics était signé) avait confié au groupe/duo le soin de la signer, ce qu'ils feront donc avec cet album de 9 titres, constitué de chansons et d'instrumentaux, long de 39 minutes, et propulsé par un des plus gros tubes du groupe (Sexcrimes (1984), le genre de truc qu'on a beaucoup de mal à virer de sa tête une fois écouté une paire de fois). Mais de son côté, le réalisateur du film fera faire une bande originale pour le film, orchestrale, ne connaissant pas trop l'oeuvre d'Eurythmics et, de surcroît, il n'aurait très certainement pas choisi de confier la bande-son au groupe s'il les avait connus. En résultera des imbroglios du style mais c'est pas la musique que j'ai demandé qui est dans le film !, ou bien pourquoi vous n'avez pas pris ma musique au lieu de la leur ?, enfin, ce genre de joyeusetés. Il me semble qu'au final, on entend un peu du score demandé par Radford dans le film. Tout ceci n'a pas vraiment aidé l'album d'Eurythmics à gagner une bonne réputation ; de fait, l'album est même le plus souvent considéré comme un de leurs pires. Est-ce pour ça que je l'adore ? Mais alors, je l'adore vraiment, ce 1984 (For The Love Of Big Brother) ! Comme je l'ai dit, on a 9 titres, ici, parfois instrumentaux (le très anxiogène Room 101, I Did It Just The Same, Winston's Diary, Ministry Of Love), parfois chanté. Deux singles seront tirés : Julia (une lente et aérienne ballade) qui ne marchera pas très fort dans les charts et, avant ça, le pop et remuant (et très syncopé) Sexcrimes (1984), dont le clip assez hilarant malgré lui montre Eurythmics entouré de musiciens traditionnels, et arborant guitares et basse (et batterie), alors que non seulement, sur le disque, Lennox et Stewart ont tout fait à deux, mais, en plus, Annie Lennox ne joue pas de guitare et/ou de basse, juste des claviers et percussions. C'est Stewart qui joue de tout, grosso modo.

E3

Fonctionnant très bien comme album de bande-son, certes assez marqué par son époque (1984), cet album renferme quelques excellents morceaux, en plus des deux singles : For The Love Of Big Brother est une longue (5 minutes) chanson assez planante, dotée de vocalises magnifiques ; Room 101 est un instrumental glaçant et remarquable, qui rappellera des souvenirs refroidissants à quiconque ayant vu le film (la salle 101, dans le film, c'est une salle de torture dans laquelle se trouve la pire chose qui soit au monde, et qui varie selon la personne torturée) ; Doubleplusgood, dont le titre est une allusion à un terme de novlangue (l'idiome raccourcissant utilisé dans l'univers crée par Orwell), un morceau quasiment instrumental (les paroles sont Plusgood, doubleplusgood, plusgood, doubleplusgood...) entrecoupé de bribes d'extraits vocaux du film : une voix féminine, sèche, froide, autoritaire, oppressante presque, répétant des consignes de travail et des flashs d'info en novlangue. Musicalement, des percussions un peu africaines et des claviers de toute beauté s'entrecroisent, pour un résultat que Dave Stewart lui-même qualifiera de croisement entre Kraftwerk et Booker T & The MG's avec un peu d'Africa Bambaata. Ce morceau est mon préféré de l'album avec Sexcrimes (1984) (un autre morceau dont le titre est une allusion au novlangue) et Room 101. Et un album que je sais ne pas être immense, et les fans du groupe me diront certainement que ce n'est clairement pas leur meilleur, mais franchement, moi, je l'adore, ce disque, et je n'ai pas honte de le dire !

FACE A

I Did It Just The Same

Sexcrimes (1984)

For The Love Of Big Brother

Winston's Diary

Greetings From A Dead Man

FACE B

Julia

Doubleplusgood

Ministry Of Love

Room 101

A noter que sur cette playlist, le deuxième morceau est proposé dans une version longue de 8 minutes, contrairement à l'album...