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Après un Technical Ecstasy étrange, un peu inégal et surtout enregistré dans la douleur par un groupe au bord de l'implosion, Black Sabbath va vivre une des plus grosses crises de sa carrière : Ozzy Osbourne, en 1977, après la tournée, complètement rétamé par la coke et, en plus, devenu alcoolique à plein temps et en proie à un certain embonpoint (on l'applaudit bien fort pour ce tiercé gagnant), se barre. Le groupe, qui avait déjà composé de nouvelles chansons (ce qui fut assez laborieux ; basé temporairement au Canada (Toronto) pour échapper aux démons du fisc britannique, le groupe a réquisitionné un ancien cinéma désaffecté et y répête au compte-gouttes les morceaux qu'ils écrivent également au compte-gouttes). Que faire, se demande Tony Iommi, alors qu'ils ont de nouvelles chansons mais que leur chanteur vedette s'est cassé ? Recruter un nouveau chanteur semble une hypothèse des plus envisageables, pas vrai ? Ami d'enfance de certains des membres du groupe, ancien membre de Savoy Brown et de Fleetwood Mac (pour le Mac, ce fut en 1973, sur leur album Penguin, pas leur meilleur du tout, mais il n'y était pour rien), un certain Dave Walker est approché et engagé. Il répête avec le groupe, enregistre des morceaux, passe même à la BBC avec le groupe pour en interpréter un ou deux...

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...et puis bim, Ozzy revient, c'est pas une gargouille en fait, mais une girouette. Walker est remercié, Ozzy reprend son rôle, réenregistre les morceaux faits avec Walker (sauf un titre qu'il estimera indigne de lui et que Bill Ward, le batteur, chantera). Quelle histoire. C'est celle de cet album sorti en 1978, Never Say Die !, le huitième album du Sabbat Noir. Sa pochette représente des pilotes de l'armée de l'air, en combinaison et masque, devant leur jouet préféré (on distingue, dans les nuages, surtout au verso, des personnages, et le verso montre un pilote dans son cockpit). Une pochette étrange, pour un album relativement généreux (45 minutes pour 9 titres) et également très étrange, considéré bien souvent comme un des pires albums du groupe, et le pire de la première période. Enregistré à Toronto entre janvier et mai et sorti en septembre 1978, Never Say Die ! est en effet très très mal estimé. J'ai personnellement mis du temps à l'apprécier, il était autrefois rangé dans les ratages, et j'ai bien failli le laisser tremper encore un peu dans cette infâmante catégorie avant de finalement le sortir de là et le laisser sécher au soleil. Je ne dirai pas que j'aime ce disque, maintenant, mais disons que je l'apprécie nettement mieux qu'autrefois. Ce n'est pas le pire du groupe, ceux qui disent ça n'ont jamais écouté Forbidden (produit par un membre de Body Count, le groupe de Ice-T), mais en effet, ce n'est pas la gloire. Encore une fois, après It's Alright sur Technical Ecstasy, Bill Ward, le batteur, chante un titre. Ici, c'est Swinging The Chain, qui achève l'album, et qu'Ozzy, comme je l'ai dit plus haut, ne voulait pas chanter. Le morceau qui le précède, Breakout, est un instrumental assez jazzy. C'est le dernier album studio du groupe avec Ozzy jusqu'à 13 en 2013, et les deux derniers titres ne sont pas interprétés par Ozzy ! Aberrante aberration !

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Sous-pochette vinyle

Le reste ? L'album s'ouvre très efficacement (ce riff !) sur Never Say Die, morceau relativement court (moins de 4 minutes ; la majeure partie des titres de l'album atteignent les 5 minutes, et les trois restants de la face A atteignent et même dépassent les 6 minutes) et qui fonctionne très bien en intro. Johnny Blade (en dépit de synthés envahissants et ayant mal vieilli) et Junior's Eyes (un refrain génial, Ozzy y est impérial) sont probablement les meilleurs titres de l'album, on a ici, avec eux, 13 minutes vraiment superbes, même s'il faut un temps d'acclimatation pour les apprécier pleinement. Hard Road, qui sortira en single (le morceau-titre aussi) est en revanche une déception qui achève moyennement la face A. La B, c'est clairement une autre paire de manches. Shock Wave passe encore, c'est même un très très bon morceau, mais je ne peux contester le fait que Air Dance et Over To You soient de belles merdes indignes du Sabbat Noir, et Breakout, jazzy comme je l'ai dit (on notera d'ailleurs une certaine propension aux climats jazzy sur ce disque...restons relatifs, c'est Black Sabbath, mais tout de même, c'est indéniable), et instrumental, est moyen. Quant au morceau final, le fait qu'il soit interprété par Ward n'est pas le problème ; il chantait, en effet, très bien sur It's Alright ; mais Swinging The Chain n'est pas top, et le fait de finir l'album ainsi, c'est vraiment un signe de faiblesse. Ozzy se barre après la tournée (le groupe aura, en première partie, Van Halen, avec lesquels ils s'entendront bien), et les fans devront attendre 1998 et le live Reunion (puis 2013 et l'album studio 13, suivi quelques années plus tard d'une tournée d'adieux immortalisée par le live The End) pour que le groupe retrouve son charismatique premier chanteur. En 1979, en tout cas, ils sont passés à autre chose, ayant recruté un nouveau chanteur, repris à Rainbow, un certain Ronnie James Dio... La suite demain !

FACE A

Never Say Die

Johnny Blade

Junior's Eyes

A Hard Road

FACE B

Shock Wave

Air Dance

Over To You

Breakout

Swinging The Chain