RC 1

Si vous vous y connaissez un tant soit peu en folk, country et rock, surtout des années 70, alors ce nom devrait vous dire, forcément, quelque chose : Ry Cooder. Ce mec, un Américain qui est toujours en activité, et est essentiellement célèbre pour deux choses (la bande-son du film Paris, Texas de Wim Wenders en 1984 ; la production du documentaire musical Buena Vista Social Club, sur les bluesmen cubains, en 1997), a souvent bossé sur les albums des autres, comme par exemple Captain Beefheart (il a joué sur Safe As Milk), Arlo Guthrie, Jackson Browne, Neil Young, Randy Newman, Little Feat, Van Morrison, ou bien encore les Rolling Stones. On le trouve rapidement, chez ces derniers, sur Sticky Fingers, Let It Bleed (mais, curieusement, pas sur Exile On Main St., alors que ce double album de 1972 consacré aux musiques américaines était parfaitement le genre de disque sur lequel on s'attendrait à entendre jouer Cooder). Borgne depuis son enfance suite à un accident (il porte un oeil de verre), le bonhomme, guitariste émerite mais chanteur moyen (c'est clairement le seul point faible de l'album que je vais aborder de lui, son premier sur le blog), est féru de blues, de folk, de country, de bluegrass, de jamboree, bref, de musiques traditionnelles américaines. Rien que la pochette de l'album que j'aborde, ce Into The Purple Valley de 1972 (son deuxième album) donne le ton, que cela soit la pochette recto (Cooder au volant d'une antique bagnole classieuse décapotable et capot baissé, sous une pluie dilluvienne, et sa copine, à ses côtés, s'abritant sous son chapeau, c'est pas la joie), verso (la même chose, mais au soleil, visages souriants, décontracté) ou intérieure (le couple posant devant leur voiture, qui a un pneu a plat, devant des boutiques richement décorées de panneaux à l'ancienne) : on a une imagerie assez ancienne, type années 30, la Grande Dépression, Bonnie & Clyde, Tom et Ma Joad et tout ça.

RC 3

Long de 37 minutes, Into The Purple Valley est entièrement constitué de reprises, qui sont soit des morceaux anciens, traditionnels et réarrangés par Cooder (qui, pour ce disque, est produit par Jim Dickinson et Leslie Waronker, le premier des deux, pianiste ayant notamment oeuvré avec les Stones, joue sur le disque), soit des reprises d'autres artistes. Hey Porter est un morceau de Johnny Cash, par exemple. L'album ne contient aucun hit, aucune chanson de vraiment connue, mais figure malgré cela parmi les plus éclatantes réussites de Ry Cooder en solo, aux côtés de Paradise And Lunch (1974). Enregistré avec notamment Van Dyke Parks (claviers), Claudia Lennear (choeurs), Chris Ethridge (basse), John Craviotta (batterie), Jim Dickinson (piano) et Gloria Jones (choeurs), Into The Purple Valley offre un condensé de ce que la musique américaine a de meilleur : Vigilante Man (de Woody Guthrie) est un régal de blues/folk acoustique, How Can You Keep On Moving et Billy The Kid ouvrent l'album en beauté, Great Dream From Heaven est un court mais efficace petit instrumental, seul Denomination Blues m'énerve un peu, à cause de la voix de Ry qui, je le redis, n'est vraiment pas son atout majeur.

RC 2

 Si vous aimez donc la musique folk et country, à la Hank Williams (mais en plus 'récent' quand même, même si l'atmosphère générale de l'album est assez ancienne, rapport à la production, assez sobre, sans fioritures, roots) alors nul doute que cet album de Ry Cooder, probablement un de ses meilleurs et en tout cas celui qui me plaît le plus, devrait vous brancher. Ne recherchez pas de l'innovation ici, c'est vraiment du boulot à l'ancienne, du pur de chez pur, assez varié car on a de la folk, de la country, du blues, du bluegrasse, bref du redneck sound, mais pas de synthés, pas de gros solos de guitares électriques, c'est principalement de l'acoustique. Dans le genre, on en redemande, surtout que le disque n'est pas trop long. Recommandé, donc !

FACE A

How Can You Keep On Moving

Billy The Kid

Money Honey

F.D.R. In Trinidad

Teardrops Will Fall

Denomination Blues

FACE B

On A Monday

Hey Porter

Great Dreams From Heaven

Taxes On The Farmer Feeds Us All

Vigilante Man