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Après The Stranger en 1977 (abordé ici récemment), Billy Joel, artiste pop/rock américain, voit sa carrière décoller pour de bon, après plusieurs albums parfois super bons (Turnstiles), mais donc le succès public fut somme toutes limité. Mais The Stranger, avec sa production luxueuse signée Phil Ramone et sa série de classiques (la chanson-titre, Just The Way You Are, Movin' Out (Anthony's Song), Vienna, Only The Good Die Young, Scenes From An Italian Restaurant), avec sa pochette glacée et classieuse, en jetait vraiment. Aujourd'hui encore, l'album est considéré comme le magnum opus de Billy Joel, l'album que le piano man se doit, dans le meilleur des cas, de refaire sinon d'égaler, au moins. Ce qui ne sera pour ainsi dire jamais le cas. Enfin, quasiment jamais, car l'album que Joel sortira un an plus tard, en 1978 donc, est pour ainsi dire du même niveau. Il s'agit donc de cet album, sorti sous une pochette montrant Billy Joel, trompette en main (ce qui est amusant, car il ne joue que des claviers sur ses albums), dans un décor assez glauque de sous-sol, tuyauterie toute proche. On aurait vu une pochette de la sorte sur un album de Springsteen ou d'Elliott Murphy, pas pour un album de pop/rock luxueuse, vaguement jazzy/lounge parfois ! Toujours produit par Phil Ramone car on ne change pas une équipe qui gagne, 52nd Street, c'est son titre, est enregistré à New York, au studios A&R, avec les musiciens ayant participé à The Stranger, que je vais reciter : le guitariste Steve Kahn, le bassiste Doug Stegmeyer, le saxophoniste et claviériste Richie Cannata et le batteur Liberty DeVitto.

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Sous-pochette

Pas moins de quatre chansons sortiront en singles entre 1978 et 1979, tous auront un assez fort succès, et pour deux d'entre eux, ça sera même un succès immense ; ces deux chansons, Honesty et My Life, passent encore très souvent à la radio dans le monde entier, l'autre jour je suis tombé sur My Life sur 'Nostalgie', vous dire. Il s'agit des plus connues chansons de Joel avec Uptown Girl et Just The Way You Are. Les deux autres singles sont Big Shot et Until The Night. Mais quasiment toutes les chansons, j pense à Zanzibar ou Rosalinda's Eyes, auraient pu sortir en singles. Au même titre que The Stranger, 52nd Street  (son titre vient du fait que non seulement le studio d'enregistrement est situé sur la 52ème rue à New York, ainsi que que la maison de disques de Billy Joel, Columbia Records/CBS, mais aussi du fait qu'autrefois, ce quartier était un des lieux les plus jazzy de la ville) est le genre d'album qui en jette, un disque quasiment parfait qui, de plus, est entre dans l'histoire comme ayant été, en 1982, le tout premier CD commercialisé au Japon, le tout premier album qui fut édité en CD, celui qui fut choisi. L'album, en 1979, remporta deux Grammy Awards dont celui du meilleur album, et est classé, selon Rolling Stone Magazine, 352ème (sur 500) meilleur album de tous les temps. Faut dire ce qui est, ce disque est imparable, et quand je dis qu'il est presque aussi génial que The Stranger, c'est vraiment presque-presque, ça se joue à un poil de couille de mulot, c'est vraiment le même niveau. C'est juste que s'il fallait en garder un, c'est le précédent qui serait choisi, parce que le précédent, et probablement rien que pour ça. N'importe quel album alignant quatre chansons du niveau de Big Shot (bien pop/rock, nerveux, génial), Honesty (une ballade lacrymale que tout le monde connaît), My Life (et son piano électrique sublime, chanson enlevée à la William Sheller, je trouve) et Zanzibar (assez jazzy, superbe), de surcroît sur une seule et même face, mérite plus que le respect.

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Verso de pochette vinyle

La face B, elle, offre notamment un long (plus de 6 minutes) Until The Night absolument prodigieux, un Stiletto efficace sur lequel la voix de Joel est difficilement reconnaissable, un Rosalinda's Eyes superbe, et s'achève sur le court et touchant 52nd Street, manière de finir en douceur et sur une belle atmosphère. Seul Half A Mile Away, situé au centre, me semble en-deça du reste, bien en-deça, même, mais rien de honteux non plus sur ce titre pop. L'album, magnifiquement produit (tout autant que The Stranger, on a donc une atmosphère pop/jazz à la Steely Dan de la même époque, en plus pop/rock que jazzy cependant), écrit et interprété (les musiciens ne sont pas connus, mais ils n'en sont pas moins de vraies pointures du genre), avec son écrin de tubes mondiaux (Honesty et My Life, quand même, ce n'est vraiment pas rien), va achever de faire de Billy Joel une méga-star mondiale, je pense qu'il était difficile, entre octobre 1978 (mois de sortie de l'album) et courant 1979, de passer à côté de ces tubes, que cela soit à la radio, à la TV (pour les USA, surtout) ou dans les hauts-parleurs des disquaires et night-clubs. L'album suivant, qui sortira en 1980, sera lui aussi un beau succès, et est lui aussi vraiment réussi, mais dans un tout autre registre, plus rock et direct que les autres, moins sophistiqué, avec moins de tubes aussi (et s'il marchera bien, ça sera quand même moins que les deux précédents). Cet album s'appelle Glass Houses, et je l'aborderai prochainement, et sachez, en avant-première, que je serai à son sujet aussi dithyrambique que je l'ai été pour The Stranger et 52nd Street. Et ceci, en précisant que Billy Joel n'est pas un de mes artistes préférés, mais ça n'empêche pas d'avoir des coups de coeur pour des albums. Entre 1974 et 1980, j'adore tout ce qu'il a fait, voilà, c'est dit, et je ne peux que vous conseiller les albums qu'il a faits durant cette période, et surtout la trilogie de 1977/1980.

FACE A

Big Shot

Honesty

My Life

Zanzibar

FACE B

Stiletto

Rosalinda's Eyes

Half A Mile Away

Until The Night

52nd Street