1269648018_3

Comme je l'ai dit récemment, Blood, Sweat & Tears était un groupe de jazz-rock, et même un sacré big band du genre, car le groupe était constitué de 8 ou 9 membres, selon la période. Précurseurs (un an et demi avant Chicago Transit Authority, alias Chicago tout court) du jazz-rock peu avare en cuivres, le groupe, sous la houlette du guitariste (et futur producteur de musique) Steve Katz et du claviériste/arrangeur/producteur/chanteur Al Kooper, a sorti son premier opus en fin d'année 1967/début 1968. Un authentique sommet du genre et même en général. Kooper s'en va juste après, ayant envie d'essayer autre chose (il fera un disque avec Mike Bloomfield et Stephen Stills, Super Session, et un autre, live et double, avec Bloomfield, avant de se lancer en solo, discrètement, et de se consacrer à la production, ayant notoirement découvert Lynyrd Skynyrd et produit leur premir opus, fin de a parenthèse, et la preuve : ). David Clayton-Thomas, un chanteur à la voix très soul, le genre de mec que l'on croirait être black avant de voir sa photo et de se rendre compte qu'en réalité, non, c'est un blanc-bec aux allures de gros bébé joufflu (premier sur la gauche sur la pochette plus haut), David Clayton-Thomas, donc, le remplace dès 1968, avec le deuxième album du groupe, du même nom qu'eux, et quasiment aussi abouti que le premier (qui s'appelait, au fait, Child Is Father To The Man). Après ce coup d'éclat, le groupe mettra deux ans avant de refaire un disque, qui sortira donc en 1970, toujours sous la houlette du producteur du deuxième album, James William Guercio (producteur aussi de Chicago).

Blood-Sweat-And-Tears-Blood-Sweat-And-Tears-3-180-Gram-Vinylggg

Verso de pochette

Ce troisième album, attendu comme le Messie vu la qualité des deux précédents opus et le temps qu'ils mettront à le faire (s'ils mettent du temps, c'est que ça sera du chiadé, comme on pouvait alors s'autoriser à le penser), porte un titre des plus sobres : Blood, Sweat & Tears 3. Avec sa pochette s'ouvrant par le haut (et la tranche, dans le bas ; bref, on range le disque vinyle avec la photo inclinée vers sa droite) et ses 43 minutes pour 10 titres, ce troisième opus sera très moyennement reçu par la presse mais marchera assez bien grâce au public ; enfin, il sera violemment critiqué, quand même On reprochera fortement au groupe de se baser essentiellement sur des reprises au détriment de leurs propres morceaux. Il y à des deux sur ce disque, mais en majeure partie il s'agit de reprises (7 titres en totalité, même si l'un d'entre eux est en partie constitué d'un morceau signé du groupe). Fire And Rain est un morceau de James Taylor (alors sorti depuis peu de temps, l'album sur lequel on trouve cette chanson datant de 1970), 40,000 Headmen est de Traffic, Lonesome Suzie du Band, Hi-De-Ho de Carole King, He's A Runner de Laura Nyro, Somethin' Comin' On de Joe Cocker, et Sympathy For The Devil, des Stones. C'est au sujet de ce dernier morceau, ici long de presque 8 minutes - le plus long de l'album - qu'il y à en partie, aussi, un titre du groupe. Il s'agit en fait d'une version big-bandesque du morceau, intitulée Symphony For The Devil, couplée à la reprise du morceau des Rolling Stones. Autant le dire, c'est totalement affligeant d'entendre Clayton-Thomas et sa voix rauque et soul tenter de s'évertuer à chanter à la Jagger jazzy. Affligeant, un massacre. Les autres reprises aussi sont dans l'ensemble médiocres, ouvrir l'album sur un morceau aussi fadasse et chiant que Hi-De-Ho (qui sortira pourtant en single), fallait oser. Seule la reprise de Joe Cocker est efficace. Et encore.

Blood Sweat & Tears

Les morceaux du groupe (Lucretia MacEvil, qui sortira aussi en single, Lucretia Reprise qui, situé juste après, en est donc une autre version - pourquoi ne pas l'avoir proposée plus loin sur le disque, comme toute 'reprise' qui se respecte ? -, The Battle) sont nettement plus appréciables, ce qui en rajoute aux critiques que l'on a pu faire et que l'on continue de faire au sujet du groupe : pourquoi avoir casé autant de reprises, le plus souvent à côté de la plaque, au lieu de proposer, comme Chicago le faisait (eux n'ont quasiment jamais proposé de reprises sur leurs albums, si l'on excepte I'm A Man du Spencer Davis Group sur le premier), des morceaux inédits signés du groupe ou d'un de leurs membres ? Car c'est un fait, sur ce troisième opus, la reprise de Joe Cocker exceptée, les meilleurs moments, fort peu nombreux donc, sont tous des morceaux originaux. Je ne compte pas la partie Symphony... de la reprise des Stones, ceci dit. En gros, sur les 43 minutes de l'album, on a une douzaine de minutes de musique intéressante, et donc une bonne demi-heure pas honteuse (sauf la reprise stonienne), mais des plus anodines, presque médiocre, de la musique que l'on écoute d'une oreille et qui ressort par l'autre, sans dommage, mais sans laisser de trace. Ce n'est pas à proprement parler un ratage, d'ailleurs je ne le classe pas dans cette catégorie, mais Blood, Sweat & Tears 3 est malgré tout le début de la fin pour le groupe, qui ne se relèvera jamais, malgré des changements de personnel (pour l'album suivant, il n'y en aura pas, ceci dit), et plongera progressivement dans la médiocrité. Quand on pense aux deux premiers albums, on est en droit de crier au gâchis, et même d'avoir envie de pleurer...

FACE A

Hi-De-Ho

The Battle

Lucretia MacEvil

Lucretia Reprise

Fire And Rain

Lonesome Suzie

FACE B

Symphony For The Devil/Sympathy For The Devil

He's A Runner

Somethin' Comin' On

40,000 Headmen