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Je me pose la question, alors que j'aborde cet artiste, sur le blog, pour la toute première fois : faut-il le présenter ? Putain, c'est quand même pas un inconnu, le mec, je vous parle de Billy Joel. Sous sa dégaine de Joe Dassin américain (oui, je sais, Dassin était américain, mais d'expression française), avec son regard de cocker triste et ses tenues toujours à carreau, ce chanteur a eu (et continue d'avoir, il n'est pas en retraite, même si son Âge d'Or est révolu) une carrière comptant parmi les plus florissantes des années 70 et 80. Il a même été un précurseur, ce mec, en cela qu'il a été le premier artiste Américain à se produire en URSS, avant la chute du bloc soviétique donc, et plus précisément, en 1987. Un double live fut même tiré de ces concerts, en 1988 : Концерт, alias, en adaptation en alphabet latin, Kontsert. Je n'ose vous dire comment fut prise la chose à l'époque (la même année, McCartney fut un peu houspillé pour avoir osé sortir un disque de reprises de rock'n'roll pour le marché soviétique, Choba B CCCP), mais au moins, il a eu les couilles de le faire. Mais il ne faut pas réduire Joel à ces concerts en URSS. Le mec, pianiste à la base, a démarré sa carrière en 1971 avec un disque court et peu réussi, Cold Spring Harbor, suivi par un Piano Man plus réussi en 1973, mais ce n'était toujours pas ça. C'est à partir de 1974 et de son troisième album, Streetlife Serenade, que Billy Joel trouve son style. En 1976, Turnstiles offre son hymne à la ville qui ne dort jamais, New York State Of Mind. Il faudra encore attendre un an pour que le bonhomme nous livre ce qui, aujourd'hui encore, est qualifié comme étant son chef d'oeuvre absolu (même si l'album qu'il fera ensuite, 52nd Street, avec ses deux gros hits, est immense aussi) : The Stranger.

Supreme_A

Verso de pochette (en haut à droite, avec les lunettes : Phil Ramone ; le reste, c'est les musiciens de Joel, et Joel évidemment)

Produit par Phil Ramone (c'est le premier album qu'il produit pour Joel, mais pas le dernier), enregistré avec des musiciens certes peu connus, mais talentueux, et des fidèles de Joel (le batteur Liberty DeVitto, le guitariste Hiram Bullock, le bassiste Doug Stegmeyer, le cuivriste Richie Cannata, le guitariste Steve Khan, et on a aussi des invités comme le percussionniste Ralph MacDonald et le guitariste Hugh McCracken, cet album est sorti sous une très iconique pochette d'un noir & blanc classieux représentant Joel, assis sur un lit, pensif, regardant un masque blanc, et avec des gants de boxe au mur. Au dos, une photo de Billy, de son producteur, et de ses musiciens (DeVitto debout, verre à la main) dans un restaurant italien du quartier de Hells' Kitchen, à New York, allusion plus qu'évidente à la plus longue chanson de l'album (7,35 minutes achevant la face A), et une des plus belles de Joel : Scenes From An Italian Restaurant. Contrairement à ce que j'ai cru autrefois, Joel n'est pas d'origine italienne, mais juif-allemand de part son père. Pour ce qu'on s'en fout ! C'est en tout cas un New-Yorkais de pure souche, un amoureux de sa ville. Il suffit d'écouter l'album pour savoir qu'il a été enregistré à New York (c'est effectivement le cas). Long de 45 minutes, cet album propose pas moins de 6 gros classiques du piano man, dont l'intégralité de sa première face, sans aucun doute une des premières faces d'album les plus anthologiques, parfaites, sublimes jamais enregistrées : Movin' Out (Anthony's Song), The Stranger, le méga-hit Just The Way You Are (si vous ne connaissez pas cette chanson, ou bien les deux hits de l'album suivant, à savoir My Life et Honesty, je ne vous crois pas) et donc Scenes From An Italian Restaurant. Je ne rentrerai pas dans les détails, ces chansons, toutes signées (paroles et musique) de Joel, comme l'ensemble de l'album, sont parfaites, intouchables. Les deux premières de la face B, Vienna (le père de Joel partit s'exiler à Vienne, pendant un temps, autrefois) et Only The Good Die Young (très rock), sont remarquables aussi. On peut en revanche affirmer, même si ça ne nuit pas à l'album, que les deux chansons suivantes sont un peu et même pas mal en-dessous, mais l'abum se finit en grandeur totale avec Everybody Has A Dream (et une reprise instrumentale non créditée du morceau-titre).

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 Cette pop/rock racée, classieuse, sublimement produite, jamais très rock malgré de bonnes guitares et quelques morcaux assez enlevés (Only The Good Die Young) est un pur régal pour les oreilles. Indéniablement un des albums les mieux produits des années 70, The Stranger est à rapprocher des albums de Steely Dan, et notamment de The Royal Scam ou AJA, assez jazzy parfois, assez lounge, très accessibles et musicalement parfaits (AJA est même trop parfait, on a l'impression qu'il a été cultivé en laboratoire). Si vous aimez ce genre de musique certes passe-partout, mais absolument divine et surtout, très représentative de son époque et de sa localisation (comme je l'ai dit, bien que les chansons n'en parlent pas forcément, ce disque suinte New York par tous ses sillons), parfaite musicalement parlant, alors vous devez, si ce n'est déjà fait, vous tourner, ne serait-ce qu'une fois, vers cet album imparable, sublime, quasiment parfait, alignant, sur ses 9 titres, pas moins de 7 chefs d'oeuvres dont 6 d'affilée (changement de face inclus). Oui, cet album de 1977 (année punk, OK, mais aussi année des grandes productions pop classieuses d'AJA et du Rumours de Fleetwood Mac, ou du Pacific Ocean Blue de Dennis Wilson) est non seulement un des meilleurs de l'année, et le meilleur de Joel, c'est aussi un des meilleurs de la décennie 70 et depuis lors.

FACE A

Movin' Out (Anthony's Song)

The Stranger

Just The Way You Are

Scenes From An Italian Restaurant

FACE B

Vienna

Only The Good Die Young

She's Always A Woman

Get It Right The First Time

Everybody Has A Dream

The Stranger (Reprise)