BST-Child-is-Father

Ca faisait longtemps qu'un disque ne m'avait pas à ce point branché dès le départ. Enfin, longtemps...pas des années non plus, mais disons que des albums de cette trempe, s'ils existent, ne sont pas des plus nombreux. On ne les découvre qu'au compte-gouttes, parfois par le plus grand des hasards. Quand ce disque est sorti en 1968, il n'a pas fait énormément parler de lui, il ne fut pas un bide retentissant, mais il n'a pas eu le même retentissement que le premier album de Chicago (alors Chicago Transit Authority) en aura l'année suivante. Pourquoi parler de Chicago, d'ailleurs ? Hé bien, outre le fait que Chicago et le groupe dont je vais parler ici pour la première fois ont eu le même producteur, Jams William Guercio (mais ce dernier ne produit cependant pas ce premier album ; c'est un certain John Simon qui produit ici), et sortaient leurs albums sur Columbia (CBS pour le reste du monde), ces deux groupes sont des big bands de plusieurs membres (7 pour Chicago, 8 pour ce groupe que je n'ai pas encore cité mais vous savez déjà de qui je veux parler, vu le titre de l'article, pas vrai les gars ?), et surtout, sont des pionniers : ils ont quasiment inventé le jazz-rock. Compte tenu que ce groupe, que je vais maintenant citer : Blood, Sweat & Tears, a sorti son album avant celui de Chicago, on peut en parler comme des vrais pionniers du genre. Ce groupe tire son nom d'une des plus fameuses citations de Sir Winston Churchill ("Je ne peux rien vous promettre d'autre que du sang, de la sueur et des larmes", au sujet de la Bataille d'Angleterre, Seconde Guerre Mondiale), et possédait donc une vraie enculade de musiciens, peu connus pour pas mal d'entre eux (on a Randy Brecker à la trompette - mais pas son frangin Michael - ; on a aussi Steve Katz, futur producteur de Lou Reed, aux guitares et au chant selon les morceaux), mais avec, ici, le temps de cet album, une pointure, aux claviers, à l'écriture de 7 des 12 morceaux, et au chant sur plusieurs titres : Al Kooper.

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Sous la ridicule tenue rouge et blanche : Al Kooper

Le temps d'un album, celui-ci, 49 minutes de grandeur, Blood, Sweat & Tears, alias BS&T, sera le cheval de guerre de Kooper, ancien musicien accompagnateur de Bob Dylan, futur producteur (et découvreur, même) de Lynyrd Skynyrd. Sorti donc en 1968, ce premier album de Blood, Sweat & Tears s'appelle Child Is Father To The Man, tout un programme ("Le fils est le père de l'Homme"). Alternant chansons signées Kooper et reprises (et non des moindres), l'album s'ouvre par une Overture instrumentale d'une minute et des couillettes, lyrique et étrange (on y entend un rire bizarre, un peu hystérique, crédité à personne en particulier sur la pochette), et s'achève par une reprise d'un morceau de Carole King (So Much Love) couplé à une Underture reprenant l'air lyrique et instrumental du début. Bref, un cycle achevé des plus parfaitement. Entre ces deux plages, on a donc des reprises (Without Her d'Harry Nilsson, Morning Glory de Tim Buckley, Just One Smile de Randy Newman) et surtout des morceaux composés par Al Kooper, lequel n'est vraiment pas un manchot dans le genre. Entendre les 8 minutes et plus de Somethin' Goin' On pour s'en convaincre, ou le géniallissime I Love You More Than You'll Ever Know qui est placé en début d'album. Sans oublir My Days Are Numbered et I Can't Quit Her, prodigieuses chansons. Même le petit délire (House In The Country, avec ses choeurs d'enfants faits par des enfants et des bruits d'animaux pas faits par des animaux, selon la pochette, en traduction évidemment) est remarquable, tout en étant le morceau le moins stupéfiant du lot (Overture mis à part).

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Verso de pochette

Philippe Paringaux (fameux rock-critic français ayant oeuvré dans Rock'n'Folk, qu'il a d'ailleurs longuement dirigé) parlera dithyrambiquement de cet album, à l'époque, comme d'un authentique chef d'oeuvre du début à la fin, aucun défaut, rien à jeter, et un disque non pas de Kooper (déjà bien connu, grâce à un Super Session anthologique fait avec Mike Bloomfield et Stephen Stills en 1968, et qui sortira ensuite, avec Bloomfield encore, un double live grandiose, The Live Adventures Of Mike Bloomfield And Al Kooper, en 1969), mais de tous les musiciens ayant oeuvré à son enregistrement, un pur disque collectif, chaque musicien y ayant une importance cruciale. Comme dans le jazz, d'ailleurs. Très fortement jazz, parfois bluesy, Child Is Father ToThe Man est surtout un grand disque pop, un album que l'on appréciera de réécouter fréquemment car, toujours comme Paringaux le disait, on en tirera toujours quelque chose de différent à chaque écoute. Après ce coup d'éclat, Kooper s'en va, et sera remplacé par un certain David Clayton-Thomas. L'album suivant, en 1969, éponyme (Blood, Sweat & Tears, donc), sera lui aussi absolument quintessentiel. Ensuite, hélas, ça ne sera pas la même limonade, dès le troisième opus (1970), la formule gagnante s'effondrera progressivement. J'aurai l'occasion d'en reparler prochainement, car j'aborderai les quatre albums suivants de BS&T faits après ce premier opus définitivement anthologique et essentiel.

FACE A

Overture

I Love You More Than You'll Ever Know

Morning Glory

My Days Are Numbered

Without Her

Just One Smile

FACE B

I Can't Quit Her

Meagan's Gypsy Eyes

Somethin' Goin' On

House In The Country

The Modern Adventures Of Plato, Diogenes And Freud

So Much Love/Underture