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Décrite par Ozzy Osbourne comme représentant deux robots en train de s'envoyer en l'air sur un escalator (un coup vite fait, alors, vu qu'ils sont sur deux escalators allant l'un vers le bas, l'autre vers le haut), la pochette de Technical Ecstasy, conçue par Hipgnosis, n'est pas exactement le genre de visuel qu'on aurait imaginé pour un disque de Black Sabbath (en même temps, le simili-samouraï au casque de flic de Paranoid non plus). Je ne sais pas exactement ce qui a poussé le groupe à autoriser un artwork pareil pour leur album, mais c'est sans doute une des preuves de leur plongée dans la coke et l'alcool : passé un certain niveau, on n'en a plus rien à foutre de rien. Bon, sinon, ce disque fait suite à un album qualifié aujourd'hui, par Ozzy, d'un des meilleurs albums du groupe, mais qu'à l'époque, il détestait purement et simplement, Sabotage. Un vrai chef d'oeuvre brutal et sanglant, avec cependant quelques originalités (final jazzy pour un morceau qui, mis à part ça, est purement thrash avant l'heure ; single pop ; instrumental lyrique avec choeurs virils). Le groupe entreprend la tournée (j'ai eu l'occasion, il y à longtemps, d'écouter un live bootleg d'un concert de la tournée, en 1975, c'était excellent, aussi bien pour le son que la qualité de l'interprétation), puis commence à préparer le nouvel album. Ce nouvel album sera enregistré en juin 1976 (et sortira en septembre de la même année) aux Criteria Sound Studios de Miami, en Floride. 

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Pour la petite anecdote, parallèlement, au même studio, mais dans une autre salle évidemment, les Eagles enregistraient ce qui sera leur album Hotel California, et ils étaient obligés, souvent, de s'arrêter d'enregistrer, le son de Black Sabbath en train d'enregistrer dans la pièce à côté repissait à travers les murs et les empêchait de faie leur propre musique ! Geezer Butler (bassiste du Sabb') dira qu'un jour où les Eagles avaient utilisé une salle d'enregistrement, il avait fallu virer les traces de cocaïne laissées sur la table de mixage, les Eagles, comme beaucoup de groupes à l'époque, étaient de grands consommateurs de poudre. Mais le Sabb' aussi, ah ah ah. Et l'enregistrement de Technical Ecstasy ne fut pas vraiment une extase pour le groupe : Ozzy se sentait de plus en plus mal à l'aise au sein du groupe et envisageait de plus en plus l'idée de se barrer ; leur manager, Don Arden, passait plus de temps à s'occuper d'un autre groupe qu'il manageait, Electric Light Orchestra, qu'à s'occuper d'eux ; Tony Iommi (guitare) faisait souvent des déclarations du genre il faut qu'on sonne comme Queen, ce qui ne manquait probablement pas de faire se ramollir la nouille d'Ozzy dans son slip (certaines originalités de Sabotage feront qu'on comparera déjà leur musique avec Queen). En plus, en 1976, le mouvement punk déboule, via les Ramones, Damned, Sex Pistols, etc, et le groupe commence à se dire que la fin est proche (s'ils savaient qu'en fait, non...mais la suite de leur carrière sera cependant émaillée de fausses fins, de faux retours, etc). Bref, au moment de sortir le disque, le groupe n'en mène pas large. Surtout qu'une des chansons est interprétée par leur batteur Bill Ward : It's Alright. Une chanson assez calme, vraiment pas du hard-rock, pas une mauvaise chanson, mais que vient-elle foutre ici ?

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Le reste de l'album (soit 7 titres ; oui, il y en à donc 8 en tout, pour 40 minutes) est interprété par Ozzy, évidemment. Des chansons globalement remarquables, car ce que je n'ai pas encore dit au sujet de Technical Ecstasy, c'est que, souvent assez mal considéré dans la discographie du groupe (mais ce n'est rien comparé au suivant, dont je reparle demain !), cet album autoproduit est bien meilleur qu'on ne croit. Pas aussi génial que les deux précédents opus, il est du niveau de Vol. 4, soit un très très bon niveau. Alors, tout n'est pas parfait, c'est clair. Je n'ai jamais pu encadrer Rock'n'Roll Doctor, une chanson ultra énervante. Mais face aux tueries que sont Gypsy, Dirty Women, All Moving Parts (Stand Still) et Back Street Kids, je ne peux que m'incliner. Des chansons pareilles, qui représentent la moitié de l'album en terme de durée comme en terme de nombre de morceaux, font de ce Technical Ecstasy un excellent petit album un peu injustement sous-estimé, mais n'allons pas gueuler au chef d'oeuvre incompris non plus : She's Gone, trop calme, à la Changes, est moyenne ; le It's Alright chanté par Ward est joli, mais vraiment intrusif ; You Won't Change Me est plutôt bof et surtout, trop long (presque 7 minutes) ; et Rock'n'Roll Doctor, dont la qualité est de ne durer que 3,30 minutes, est une chiure. On notera que le morceau interprété par Ward (encouragé à chanter par les autres membres du groupe; reconnaissons qu'il n'a pas une vilaine voix et chante plutôt bien) est sorti en single, histoire de vraiment bousculer les fans qui ne se seraient pas attendus à pareille chanson (déjà, musicalement, et puis, le simple fait que ça ne soit pas Ozzy qui chante était en soi un gros changement). J'imagine le succès commercial (ironie), d'autant plus qu'il faut voir la pochette, immonde et verte, pas vendeuse du tout... L'album se vendra assez bien, mais le groupe n'en a jamais été très fier, Iommi pense d'ailleurs que c'est un album globalement détesté par les fans. J'ai mis du temps à l'aimer (moins que pour le suivant, que je ne déteste plus, c'était le cas avant), ce n'est pas un de mes préférés du groupe, mais deux des chansons, les deux fins de face, Gypsy et Dirty Women, font partie de mes préférées du groupe. Un album correct, dans l'ensemble !

FACE A

Back Street Kids

You Won't Change Me

It's Alright

Gypsy

FACE B

All Moving Parts (Stand Still)

Rock'n'Roll Doctor

She's Gone

Dirty Women