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Dans la carrière de Harry Nilsson, il y à un avant et un après ce disque. Clairement. Cet album, pour lui, c'est un peu comme Imagine pour Lennon, Band On The Run pour McCartney, Ringo pour Ringo Starr (pour ne citer que les Beatles, groupe avec lequel Nilsson avait beaucoup d'affinités), à savoir le breakout album, comme on dit en anglais, l'album qui fit découvrir Nilsson pour pas mal de monde. L'album des hits, l'album le plus vendu (ou si ce n'est le plus vendu, mais je crois que c'est le cas, c'est tout du moins le premier à se vendre à ce point-là), l'album référentiel, celui à côté duquel tous les autres albums allaient ensuite, fatalement, être comparés. Pourtant, ce disque ne partait pas avec tous les avantages du monde : son titre, amusant, est assez idiot (Schmilsson, autoparodie de son patronyme), et sa pochette est, comment dire, euh...grotesque ? On y voit Nilsson en robe de chambre, probablement à poil dessous, peut-être le matin au réveil, et avec une expression du style encore un matin avec la tête dans le cul, j'adore, surtout quand il n'y à plus de café sur la tronche. Au dos de la pochette de ce Nilsson Schmilsson (ou Schmilsson pour faire plus court), on a le frigo de Harry, ouvert, rempli de bouffe. De part et d'autre, on a les crédits et le tracklisting. Ce design (noir & blanc, crédits écrits comme en manuscrit et majuscules) sera reproduit pour l'album suivant, le bien nommé Son Of Schmilsson (1972) déjà abordé, et reprenant, en la pervertissant quelque peu, la formule gagnante de cet album. Album qui, comme le suivant, est produit par Richard Perry, lequel Perry produira, en 1973, le fameux et immense Ringo de Ringo Starr, album qui fut, pour l'ex-batteur des Bitteuls, ce que Schmilsson fut pour son pote Harry.

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A voir le code-barres et la mention 'Music On Vinyl', cette photo de pochette verso est celle d'une réédition récente...mais ça ne change rien au visuel !

10 titres se battent en duel, sur cet album relativement court (dans les 34/35 minutes) et offrant pas moins de 6 classiques de Nilsson. Oui, 6 classiques, dont 3 qui furent des hits sortis en singles. Et sur ces classiques, un passe encore régulièrement à la radio, pas seulement aux Zuhéssa, mais dans mon dentier (ah ah !), les mecs. Autant la citer tout de suite, c'est Without You, immense, grandiosissime, fantasmabuleusissimement magnifique reprise de Badfinger (chanson à la base issue de leur album de 1970 No Dice), ce groupe qui fut produit par les Beatles sur leur label Apple Records. L'originale est vraiment bonne, cette reprise est incroyable. Elle enterre totalement l'originale, en fait. Comme je l'ai déjà dit plusieurs fois sur mes autres articles (récents) concernant Nilsson, cette chanson sera reprise bien plus tard par Mariah Carey. Rien ne peut faire oublier la virtuosité, la prouesse, la beauté de la version Nilsson qui passe encore à la radio, une des chansons de lui, avec sa reprise (1968) du Everybody's Talkin' de Fred Neil utilisée pour Macadam Cowboy, à passer encore à la radio dans le monde. La voix, mon Dieu... ce piano (joué par Gary Wright)... ces arrangements signés Paul Buckmaster (lequel a aussi bien bossé avec Elton John)... Seul reproche, ça ne dure que 3 petites minutes. Les autres hits sont le plutôt rigolo Coconut qui ne pisse pas très loin, mais détend formidablement, et le terrible, génial et long (7 minutes ! La version single dure 3 minutes seulement) Jump Into The Fire dont le gimmick vocal (des vocalises géniales) sera utilisé n 2014 pour une publicité TV pour Ariel, en France. La chanson, très rock, très nerveuse, interprétée par un Harry survolté qui semble avoir sucé une prise de courant juste avant, possède un groove hallucinant, un riff de guitare (signé John Uribe) salvateur et répétitif, une rythmique basse/batterie (basse : Herbie Flowers ; batterie : Jim Gordon) démentielle, une ambiance de folie. Comme on le constate déjà avec les quelques musiciens que j'ai cités (Gordon, Wright, Flowers), il y à du beau linge ici ; citons aussi Jim Price (cuivres), Klaus Voormann (basse et/ou guitare), Chris Spedding (guitare), Roger Pope (batterie), Jim Keltner (idem)... Nilsson tient souvent des claviers. Ce côté très bande de potes autour de Harry et production pop racée sera exactement ce que Richard Perry et Ringo feront pour les albums Ringo (1973) et Goodnight Vienna (1974) de l'ex Beatles, albums sur lesquels Nilsson participe aux choeurs, et il offrira même une chanson sur le deuxième (Easy For Me). On retrouvera d'ailleurs, sur ces deux albums, Keltner et Voormann...

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Le reste de l'album ? Franchement génial, à commencer par le court mais fantastique Gotta Get Up qui, malgré son titre, ne parle pas d'un mec devant à tout prix sortir du lit et aller bosser, mais d'un mec (Nilsson himself) devant absolument se pieuter pour récupérer de sa soirée de bamboche ! Faut dire que Nilsson connaissait le geste qui sauve les viticulteurs, il savait faire la fête, un peu trop, même, il sera un beau compagnon de débauche de Lennon en 1974, durant le lost weekend de perdition à Los Angeles de ce dernier (les deux front un disque ensemble en 1974, Pussy Cats), c'est probablement en partie à cause de ses abus (alcool, clopes, came) qu'il décèdera en 1994 à l'âge très jeune de 52 (ou 53 ?) ans, d'un arrêt cardiaque. Mais je m'égare. On trouve aussi, sur Schmilsson, une ballade sirupeuse et magnifique (The Moonbeam Song), un blues efficace bien qu'un peu nilssonianisé (Down), un autre blues étonnant interprété par Nilsson seul au piano électrique (Early In The Morning), une chanson au titre un peu ironique (I'll Never Leave You) car située en final d'album, et une reprise étonnante du Let The Good Times Roll... Dans l'ensemble, strictement rien à jeter ici, sur ce disque dont la seule (relative) faute de goût réside dans sa pochette (on notera que la police de caractère de la pochette semble être du Cooper Black, autrement dit celle utilisée pour les pochettes des albums Pet Sounds des Beach Boys et Brothers des Black Keys, notamment, et si ce n'est pas du Cooper Black, putain, ça y ressemble comme le cul de ton chien ressemble à la tronche de ton voisin de palier, et tant pis si j'ai heurté ton chien en disant ça). On notera que quand Nilsson, en 1974, publiera la bande-son, un peu étrange (pas mal de morceaux parlés, extraits de dialogues du film), du nanar dans lequel lui et Ringo ont joué, Son Of Dracula (filmé en 1972, sorti en 1974 !), il foutera 4 morceaux de Schmilsson dessus (et deux de Son Of Schmilsson), en l'occurrence Without You, Down, The Moonbeam Song et la version single (et donc, courte) de Jump Into The Fire. Pour l'anecdote que vous saviez déjà si vous suivez régulièrement ce blog, l'album de la bande-son de ce film oublié ayant été abordé ici récemment... Pour finir, donc, voici indéniablement un chef d'oeuvre de pop/rock. En lice avec le suivant, Son Of Schmilsson donc, pour le titre de sommet de la carrière de ce chanteur/songwriter formidable et hélas un peu oublié de nos jours !

FACE A

Gotta Get Up

Driving Along

Early In The Morning

The Moonbeam Song

Down

FACE B

Without You

Coconut

Let The Good Times Roll

Jump Into The Fire

I'll Never Leave You