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Pour son quatrième album, Harry Nilsson n'a pas opté pour la difficulté, aussi bien pour la pochette et le titre de son album que pour le contenu musical. Une pochette sobre et élégante, un peu surannée aussi, le montrant enfant, photo noir & blanc, et un titre d'une sobriété exemplaire : Harry. Faisant suite au mémorable Aerial Ballet de 1968 (qui contenant notamment One et la reprise prodigieuse du Everybody's Talkin' de Fred Neil, qui sera utilisée dans le film Macadam Cowboy en 1971), cet album co-produit par Nilsson et Rick Jarrard (ce dernier a produit 3 titres ici, le reste est produit par Nilsson) a été enregistré avec, notamment, le batteur Jim Gordon, le saxophoniste Tom Scott et les guitaristes Howard Roberts et David Cohen. A la basse, on a Larry Knetchel, et au piano, Mike Melvoin. C'est encore une fois un disque bien court, tout en étant nettement plus étendu qu'Aerial Ballet (qui, dans sa version complète de 13 titres - tout premier pressage vinyle, d'une extrême rareté, et éditions CD - dure 27 minutes, et dans l'ensemble de ses versions vinyles sauf la tout première, n'en dure que 25, pour 12 titres). Harry, pour 13 titres en tout (allant d'une minute pour le plus court à presque 4 pour le plus long), dure 32 minutes, presque 33. Sur ces 13 titres, 3 sont des reprises (ce ne sont pas les morceaux produits par Jarrard), le reste est signé de Nilsson seul, ou bien signé par Bill Martin (deux titres), ou bien, pour un titre, en collaboration entre Nilsson et Martin.

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Derrière Nilsson, une publicité pour Aerial Ballet, à en croire le logo 'avion' !

Pandemonium Shadow Show et Aerial Ballet étaient baroques, Harry, lui, est nettement plus proche de la pop traditionnelle, de la pop pas vraiment nerveuse cependant : si ce disque était chanté dans notre langue, on en parlerait comme de la chanson française, tout simplement. On y trouve des ballades, de la folk un peu countrysante, des chansons à l'ancienne... Pas mal d'entre elles seront reprises par d'autres artistes : The Puppy Song (écrite à la demande de Paul McCartney pour Mary Hopkin, jeune chanteuse galloise qu'il produisait via Apple, et qui, effectivement, sur son album Post Card, la chantera ; la chanson sera aussi reprise par la suite par Victoria Williams, Astrud Gilberto et un groupe de pop des années 70 du nom de New World) ; Mournin' Glory Song (reprise notamment par la chanteuse folk hippie Melanie et par Al Kooper) ; Open Your Window (par, excusez du peu, Ella Fitzgerald, la même année que l'album de Nilsson) ; Maybe (par Barbra Streisand en 1971, et Richard Barnes) ; I Guess The Lord Must Be In New York City (par Sinéad O'Connor), chanson qui fut, en 1971, pressentie pour servir dans le film Macadam Cowboy, mais fut remplacée par Everybody's Talkin' au final (les deux chansons partagent la même ambiance folk/country, musicalement très similaires parfois) ; Rainmaker (par The 5th Dimension, qui reprit aussi Open Your Window, d'ailleurs)... Bref, ce disque fut une mine de chansons à reprendre. Ce qui n'est pas un cas isolé, pour Nilsson, qui fut souvent repris par d'autres. Quant aux chansons qui, ici, sont des reprises, il ne s'agit pas de chansons méconnues, loin de là : Mr. Bojangles est un standard qui fut notamment repris par Dylan (en 1970 ; la chanson sortira en 1973 sur le très épouvantable Dylan, disque de chutes de studio de Self Portrait et New Morning sorti sans le consentement de l'auteur) ; Simon Smith And The Amazing Dancing Bear est une reprise de Randy Newman, un auteur/compositeur/interprète qui, lui aussi, fut maintes fois repris et a souvent écrit pour d'autres, et que l'on peut comparer à Nilsson, du moins pour cette période de la fin des 60's ; et enfin, dernière reprise et pas la moindre, Mother Nature's Son, des Beatles (de McCartney précisément), issue de leur mythique White Album de l'année précédente. Une reprise tellement fidèle à l'originale, même dans la voix, qu'on croirait presque que c'est Macca qui chante ici !

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Bien que peu nerveux, bien qu'un peu mollasson parfois, même, Harry est un très très très bon opus de Nilsson. Rien, cependant, ne permet de se préparer à la suite de sa carrière : après un disque de reprises de chansons de Randy Newman (Nilsson Sings Newman) en 1970, qui est remarquable, et une curieuse bande originale de film (The Point !) en 1971, Nilsson sortira une version remixée et couplée de ses albums Pandemonium Shadow Show et Aerial Ballet (Aerial Pandemonium Ballet) en 1971 aussi, et ensuite, avec l'aide du producteur Richard Perry, explosera vraiment à la face du monde avec un disque prodigieux, pop/rock et mythique, rempli de hits : Nilsson Schmilsson, aussi en 1971. Et là, on peut vraiment parler de deuxième période, pour l'artiste. Et de sa meilleure, aussi. Il n'en demeure pas moins que cet Harry somme toutes peu connu, mais rempli de grands moments (il faut juste aimer les albums pépères, doux, à l'ancienne), dernier vrai album studio de Nilsson jusqu'à Schmilsson donc, est recommandé si vous aimez ce chanteur et ce style de chansons, qui vont de l'americana à la folk traditionnelle. En 1973, Nilsson sortira un disque entier de reprises, un peu à la Sentimental Journey de Ringo (ou comme le dernier Bob Dylan, Shadows In The Night), avec le même style d'arrangements luxuriants, lyriques et à l'ancienne, et que je vous conseille si vous avez écouté et aimé Harry et les deux albums que je viens de citer de Ringo et de Dylan : A Little Touch Of Schmilsson In The Night. Disque que j'aborderai ici bientôt (mais avant ça, c'est Schmilsson qui sera abordé ici), d'ailleurs !

FACE A

The Puppy Song

Nobody Cares About The Railroads Anymore

Open Your Window

Mother Nature's Son

Fairfax Rag

City Life

FACE B

Mournin' Glory Story

Maybe

Marchin' Down Broadway

I Guess The Lord Must Be In New York City

Rainmaker

Mr. Bojangles

Simon Smith And The Amazing Dancing Bear