HN 1

Connaissez-vous beaucoup de chanteurs capables de dire des paroles telles que (en anglais dans le texte évidemment) Tu a brisé mon coeur/alors, va te faire foutre ou bien Je préfèrerais être mort plutôt que de pisser au lit  ? Ou bien encore  I sang my balls off for you baby (intraduisible, mais ça donnerait à peu près pour toi, j'ai chanté à m'en faire péter les couilles) ? Et pas dans une seule et même chanson, mais dans trois chansons distinctes ! Ce chanteur existe, ou plutôt a existé jusqu'à sa mort en 1994 à un âge relativement jeune (52 ans), et il s'agit de Harry Nilsson, dont j'ai récemment abordé un album assez étrange, une bande originale de film dans lequel il a joué aux côtés de son ami de toujours Ringo Starr : Son Of Dracula. Le film et sa bande-son étaient sortis en 1974, mais le film date de 1972. Un bon gros nanar quasiment irregardable. La pochette de l'album de bande originale, originale avec ses deux volets dépliants en forme de revers de cape, montrait Nilsson dans sa tenue de comte vampire, bras tendus sous sa cape ouverte, posture vampirique des plus classiques. Cette pochette ressemble, n'est-ce pas, fortement à celle de l'album que j'ai décidé d'aborder aujourd'hui et qui date de 1972. La pochette et le titre, aussi, car cet album s'appelle Son Of Schmilsson. Il aurait mieux valu, sans doute, aborder Schmilsson (1971) avant de l'aborder, et je l'aborderai ici bientôt d'ailleurs, mais je n'ai pas pu attendre, vous me connaissez. Et puis d'autres Nilsson vont suivre. Schmilsson était l'album du début du succès, du vrai succès, pour le chanteur américain ami des Beatles et chanteur préféré, selon leurs déclarations, de Lennon et McCartney (et Ringo, aussi), on y trouve notamment la sensationnelle reprise du Without You de Badfinger, qui enterre l'originale, et assez profondément, et avec une grosse pierre bien lourde par dessus pour éviter qu'il ne ressorte.

HN 2

Verso de pochette (j'adore la mention 'faites un don à votre banque du sang')

Comme son nom l'indique, Son Of Schmilsson est une sorte de suite directe de cet album, on y retrouve le même genre de chansons, assez hétéroclites (rock, pop, petits délires, slows...) sous une production signée Richard Perry, celui-là même qui produira les albums Ringo (1973) et Goodnight Vienna (1974) de Ringo Starr, albums assez proches de ceux de Nilsson. Le titre de l'album est aussi une allusion au film que Nilsson et son pote Ringo viennent de faire, mais qui ne sortira pas avant 1974 comme je l'ai dit. La photo de pochette montre Nilsson en tenue de tournage, et fut prise dans le manoir de George Harrison, Friar Park, pendant la période de tournage du film (qui a été tourné en Angleterre, c'est un film britannique de Freddie Francis). Sur cette photo prise en haut d'un escalier, et en noir & blanc, on voit Nilsson en tenue de vampire, bras tendus sous sa cape ouverte. Le lettrage est sanguinolent. Au verso, une photo de Nilsson dans sa tenue, et un lettrage sanguinolent pour les morceaux (il y en à 11, pour un peu moins de 40 minutes), avec les crédits des musiciens pour chacun d'entre eux, ce qui permet de se rendre compte qu'entre Ringo, Klaus Voormann, Peter Frampton, Chris Spedding, Bobby Keyes, Jim Price, George Harrison (crédité George Harrysong, et il ne joue que sur un titre), Nicky Hopkins ou bien encore Ray Cooper, on a du beau linge ici. La pochette est ouvrante et on y trouve plusieurs photos individuelles de Nilsson, de son producteur Richard Perry, ou des différents musikos. On trouve aussi un poster avec, d'un côté les paroles, et de l'autre, la reproduction de la photo de pochette. Au moment de la sortie de ce disque, le précédent opus de Harry, Schmilsson, est encore dans les charts, et marche vraiment très bien, il cartonne, même. Nilsson a sorti cette sorte de suite (son titre est évident, en plus d'être une allusion à un film qui n'était pas encore sorti, mais aurait du être déjà sorti en 1972) contre l'avis de son producteur, qui aurait sans doute préféré qu'on attende un peu avant de le publier ; surtout qu'ici, Nilsson a frappé fort. Il a apparemment essayé par tous les moyens de casser son image, avec Son Of Schmilsson. Le disque est totalement délirant par moments, entre des chansons parfois bien barrées et des paroles, presque toujours, bien délirantes.

HN 3

Deux des chansons de l'album (et quatre de Schmilsson) se retrouveront sur Son Of Dracula deux ans plus tard : At My Front Door, un rock bien efficace et simpliste, et Remember (Christmas), un slow dégoulinant, mélancolique. Deux excellentes chansons, mais pas les seules réussites de cet album définitivement bien barré, qui passe le plus souvent du coq à l'âne avec une jubilation des plus communicatives. On passe d'une simili-complaintes aux paroles délirantes et avec moult usage de choristes (I'd Rather Be Dead) à une splendeur quasi lyrique et old school (The Most Beautiful World In The World) qui n'aurait pas été de trop sur le Sentimental Journey de Ringo. Sur You're Breaking My Heart (le morceau sur lequel Harrison participe, à la slide guitar), Harry s'en prend vertement à sa future ex-femme, You're breaking my heart, you tear it apart, so fuck you. Sur Joy, Harry parle plus qu'il ne chante. Décrire tout le disque par le menu serait faire une lourde erreur, Son Of Schmilsson se déguste presque à l'aveugle, sans vraiment chercher à savoir, à l'avance, si la chanson suivante sera un rock teigneux (il n'y en à pas tant que ça sur le disque) ou une ritournelle mélancolique. En tout cas, ce disque totalement givré, sorte de gros fuck-up de la part d'un artiste maudit (il aura tout du long de sa vie à vaincre une timidité maladive l'ayant presque empêché de faire de la scène, il ne fera en effet quasiment aucun concert durant sa vie ; sans parler de ses addictions à l'alcool et à la drogue, qui mineront et sa santé - il paumera de sa voix dès 1974 - et son talent - mais pas trop - jusqu'à sa fin précoce en 1994, d'une attaque cardiaque) qui n'avait apparemment que moyennement apprécié d'être l'employé du mois avec son Schmilsson de 1971 sorti certes sous une pochette le montrant en peignoir le matin au réveil (pas très glamour, donc), mais étant quand même rempli de hits : Coconut, Jump In The Fire, Without You... Avec Son Of Schmilsson, Harry révèle sa vraie personnalité, et c'est à la fois hilarant et un peu perturbant, ses premiers fans furent dérangés, déçus même, comme trahis par cet album à l'humour très camp et potache. Deux ans plus tard, devenu un des potes de débauche d'un Lennon en plein lost weekend à Los Angeles (les deux zigotos feront ensemble un album de reprises, Pussy Cats, chanté par Harry, produit par John, en 1974), Nilsson commencera à perdre un peu de sa superbe à cause de ses abus. Ici, il est au sommet de son art, cet album étant, du moins pour moi, son meilleur, juste devant Schmilsson qui n'est cependant pas loin derrière et est, il est vrai, plus facilement accessible au premier abord.

FACE A

Take 54

Remember (Christmas)

Joy

Turn On Your Radio

You're Breaking My Heart

FACE B

Spaceman

The Lottery Song

At My Front Door

Ambush

I'd  Rather Be Dead

The Most Beautiful World In The World