Night-Lights

On va à nouveau parler d'Elliott Murphy sur Rock Fever. Un album qui, il faut le dire tout de suite, enterre totalement le précédent (Lost Generation, 1975), lequel était pourtant un putain de grand disque de folk-rock (disons, plutôt, de rock 70's à légère tendance folk, comme du Springsteen de la même époque - les deux premiers albums de Springsteen, je veux dire). Mais, autant le dire tout de suite ici aussi, les premiers albums de Murphy, de son tout premier (Aquashow, 1973) à son cinquième (Murph The Surf, 1982), sont remarquables et, pour la majorité d'entre eux, intouchables. Celui-ci date de 1976, et est sorti sous une très Springsteenienne pochette, et un titre à la Billy Joel : Night Lights. Billy Joel qui, d'ailleurs, apparaît fugacement sur l'album, en tant que pianiste sur le deuxième morceau. Long de quelques 40 minutes (le plus long d'Elliott Murphy pour l'époque, mais pas de beaucoup), cet album est souvent considéré comme le meilleur du blondinet, même si c'est un peu faire affront à Aquashow que de dire ça. Pour ma part, les deux albums sont au même niveau, je préfère Aquashow car il possède une ambiance un peu particulière, plus folk à la Dylan que rock, mais les deux albums se valent totalement. Avant de parler de l'album pour de bon (il me faudra avant cela citer les musiciens apparaissant sur le disque, certains sont de vraies pointures comme vous le constaterez), une chose amusante concernant mon exemplaire vinyle de l'album (Night Lights n'existe quasiment pas en CD : une édition japonaise faite en 2008, et une édition le proposant en pack avec Lost Generation, toutes deux difficiles à trouver, sans doute épuisées et/ou non commercialisées dans certains pays) : non seulement les étiquettes de face (ou 'labels') inversent totalement le numéro de face (la face 1 est créditée face 2, et réciproquement), mais, pour la face 1, l'ordre des morceaux est indiqué en inversé ! En revanche, l'ordre est bel et bien le bon pour les sillons eux-mêmes, donc c'est juste une erreur d'impression des labels (compte tenu que le premier morceau de la face A dure quasiment 7 minutes, et que le dernier de cette même face n'en dure que 4,30, ça fait rigolo de lire une durée inversée, en constatant la taille des sillons). Je ne sais pas si cette erreur est pour tous les pressages français (comme le mien) de cet album, autrement dit, si tous les exemplaires français d'époque de Night Lights ont cette coquille, ou si c'est une rareté qui, dans ce cas, en rajoute à la valeur du skeud en ma possession. Si quelqu'un d'autre possède un vinyle pressé en France de cet album (éditeur RCA, label orange), merci de le préciser en commentaires plus bas ! Je précise que sur la pochette en elle-même (verso, image ci-dessous, pas une photo perso), l'ordre des morceaux et des faces est sans aucune erreur.

images

Verso (pardon pour la qualité pourrie, c'est pas de mon fait)

Et voilà, j'ai encore bouffé un paragraphe sans vraiment parler de l'album proprement dit, grrrr. Je vais le faire, je vais le faire, il me reste juste à parler des musiciens qui jouent dessus : ceux-ci évoluent de morceau en morceau, je ne vais pas faire la précision à chaque fois, car ça me ferait bouffer encore un paragraphe pour rien, mais outre Billy Joel qui apparaît au piano sur le second titre (et uniquement celui-là), on a Jerry Harrison (ex-Modern Lovers, futur Talking Heads) aux claviers, Doug Yule (ex-Velvet Underground) aux choeurs et à la guitare, Ernie Brooks à la basse, Lou Marini et Michael Brecker aux cuivres (entre autres cuivristes)... Elliott Murphy est, en plus du chant, à l'harmonica et à la guitare (acoustique et électrique). C'est de plus lui qui coproduit l'album avec Steve Katz (qui apparaît dans les choeurs sur certains titres, et a collaboré, à la même époque, avec Lou Reed, sur notamment Sally Can't Dance). Une certaine Geraldine, qui pose sur le verso de pochette, et était apparemment, à l'époque en tout cas et peut-être est-ce toujours le cas mais je l'ignore, la copine de Murphy, apparaît en tant que lead whisper ('murmure principal') sur le second morceau, Deco Dance, lequel est par ailleurs très riche en cuivres (c'est même le seul morceau avec des cuivres). Bon, l'album, maintenant. Comme il a été dit à son sujet dans un assez volumineux hors-série de Rock'n'Folk consacré aux meilleurs albums de tous les temps (cet album est le seul de Murphy à s'y trouver), Night Lights est un disque qu'Elliott Murphy devrait, selon toute logique, détester ; car il est souvent considéré par la presse et les fans comme son sommet, comme je l'ai dit plus haut. L'album que tout le monde cite, celui que tout le monde rappelle quand Murphy en sort un autre, l'air de dire ah, ce nouvel album est très bon, mais c'est quand même pas aussi quintessentiel que cet album qu'il a sorti en 1976 et qui reste vraiment son meilleur. Un peu comme Springsteen, justement, avec Born To Run, ou Lou Reed avec Transformer et/ou Berlin, ou encore Dylan avec Blonde On Blonde et/ou Blood On The Tracks. Il faut dire que cet album assure.

embsbig

Courant des années 70 (vers 1974 ?) avec Bruce Springsteen

Rien que son premier morceau, long de 6,50 minutes, Diamonds By The Yard (proposé en clip plus bas, avec le morceau suivant à la suite sur le même clip), avec son ambiance fin de nuit de toute beauté, ses arrangements luxuriants qui me font penser, avec un an d'avance sur lui, au Bat Out Of Hell de Meat Loaf (précisément au morceau You Took The Words Right Off My Mouth (Hot Saturday Night) pour le citer), rien que ce premier morceau est un chef d'oeuvre. Rien que pour ce premier morceau, Night Lights est totalement conseillé. Mais la suite est géniale aussi : Deco Dance avec son ambiance un peu bastringue (le piano, les cuivres), Rich Girl, Abraham Lincoln Continental offrent à l'album une face A d'une grande maîtrise. Et la B s'ouvre sur une des plus belles chansons jamais pondues (car l'ensemble de l'album est signé Murphy, paroles et musique) par l'Américain exilé volontaire en France : Isadora's Dancers, une chanson absolument sensationnelle, belle comme un lever de soleil, sur la danseuse Isadora Duncan. You Never Know What You're Here For semble parler des petites gens de New York, un peu à la Walk On The Wild Side, en moins cynique et provocateur, mais est absolument sublime. Lady Stilletto semble, elle, être une chanson sur Patti Smith, et est une des toutes meilleures chansons de l'album ; quant à Lookin' For A Hero et Never As Old As You, ces deux chansons plus courtes que le reste achèvent l'album sur une note qui donne totalement envie de retourner encore une fois le vinyle et de recaser le saphir de la platine sur les premiers sillons de Diamonds By The Yard, bref, pour faire long, de réécouter l'album. Encore une fois, l'alchimie entre la voix de Murphy et la musique (sans parler des textes ; je regrette que mon exemplaire vinyle n'ait pas le feuillet des paroles) est totale, absolue. Rien d'autre à dire en final de cette chronique que de hurler haut et fort que Night Lights est un authentique sommet, un de plus, pour Elliott Murphy. De même qu'Aquashow, cet album est plus que conseillé : il est vital, crucial. Obligatoire.

FACE A

Diamonds By The Yard

Deco Dance

Rich Girl

Abraham Lincoln Continental

FACE B

Isadora's Dancers

You Never Know What You're Here For

Lady Stilletto

Lookin' For A Hero

Never As Old As You