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En abordant Aquashow récemment, j'ai dit que ce premier album d'Elliott Murphy (chanteur/auteur-compositeur de rock à tendance un peu folk, digne rival - et ami - de Bruce Springsteen pour la même époque, mais ayant eu moins de succès que lui dans son propre pays), sorti en 1973, et absolument grandiose, ne serait pas le seul de lui que j'aborderai. Promesse tenue, car voici le deuxième album d'Elliott Murphy (et je compte aussi aborder ses trois albums suivants ici prochainement), un album sorti en 1975 sous une pochette que je n'hésite pas à qualifier d'un petit peu ridicule (on a l'impression que Murphy posee en Jésus glabre, sur la pochette, sa pose est, de plus, quelque peu précieuse). Heureusement, la pochette est bien la seule chose à retirer de ce disque. Disque qui s'appelle Lost Generation, dure dans les 37 minutes (n'ayant que le vinyle, et comme il n'existe pas de page Wikipédia, même en anglais, sur ce disque, c'est pas évident de dire avec exactitude la durée de l'album ; en additionnant rapidement les timings des morceaux ça fait environ 37 minutes, soit autant qu'Aquashow), et contient 10 titres qui, franchement, se battent en duel pour savoir qui est le meilleur d'entre eux. Traduction : difficile de dire quel morceau, sur l'album, est meilleur que les autres. Tout ceci, pour vous dire le niveau de cet album. Déjà qu'Aquashow (super bien accueilli par la presse à l'époque, mais dont le succès commercial sera moyen) était fantastique... En plus, tout le monde la connaît, la réputation du deuxième album, que l'on dit toujours difficile à faire : il faut, en effet, faire mieux que le premier, ce qui peut être compliqué quand le premier album a marché et est une réussite artistique. Certains groupes ou artistes ont réussi l'exploit de faire aussi bien, voire mieux encore, avec leurs deuxièmes albums (au choix, Oasis, Radiohead, Bruce Springsteen, Bob Dylan, Led Zeppelin ou bien Emerson, Lake & Palmer) ; d'autres n'ont pas marqué le coup (U2 bien que leur October soit très bien, mais ça ne suffit pas ; ou bien encore David Bowie).

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Pour Elliott Murphy, Lost Generation était vraiment une gageure ; il fallait vraiment réussir à sinon dépasser, du moins égaler Aquashow. Je vais le dire direct, il n'a pas réusi à faire mieux que la housse à cathédrale qu'est Aquashow. Mais il a fait au moins aussi bien, et rien que ça, c'est immense. Aidé par Paul A. Rothchild (légendaire producteur des albums des Doors jusqu'à Morrison Hotel, et producteur du génial et posthume album de Janis Joplin, Pearl ; pour ne citer que ça), et accompagné de musiciens de grand talent (et certains très connus : le batteur Jim Gordon - dont la suite de la vie sera des plus tragiques, il tuera sa mère à coups de marteau, ayant entendu des voix dans sa tête l'encourageant à le faire, et il croupit toujours en asile, aux USA, perdu à jamais - , ou bien encore le guitariste Sonny Landreth, le bassiste Gordon Edwards, et un certain Bobby Kimball, futur chanteur de Toto, aux voix de choeurs), Elliott, qui chante, joue de la guitare, de l'harmonica et du piano (et signe paroles et musique de toutes les chansons), offre un régal de rock teinté de folk, magnifiquement produit, sensiblement interprété (sa voix, qui évoluera bien des années après, est à l'époque assez fluette et des plus agréables ; agréable, elle l'est toujours, mais son timbre a évolué, plus grave et mûr), et très proche des albums que Springsteen usinait à la même époque (très proche de ses deux premiers albums, le côté dylanien/beaucoup de paroles inclus). On parlait même de Murphy comme du rival de Springsteen, mais entre les deux, c'est le Boss qui emportera la bataille. Murphy s'installera en France courant des années 70, il y vit toujours, et son succès, chez nous, sera supérieur à celui qu'il connût chez lui. Sur Lost Generation, Murphy nous régale de chansons tout simplement sublimes, notamment la chanson-titre, qui ouvre la face B, et qui en est très probablement le sommet. Ou bien Hollywood, qui ouvre le disque. Sur ces deux morceaux, l'alchimie entre la voix de Murphy et l'accompagnement musical est totale, absolue.

EM

Eva Braun, Lookin' Back, History, Touch Of Mercy et les plus remuants Bittersweet et Manhattan Rock sont d'autres grands moments de beauté et de maestria d'un disque qui ne possède qu'un seul défaut, sa pochette, donc. Il faut aussi savoir au sujet de Lost Generation (dont l'édition CD, couplée parfois avec l'album suivant, est des plus difficiles à dénicher) que bien que grandiose, cet album (un des plus sous-estimés du rock des années 70, catégorie songwriters, selon moi) est sandwiché, dans la discographie d'Elliott Murphy, par non seulement Aquashow avant lui, mais, après lui (en 1976), par Night Lights, l'album suivant donc, lequel est probablement le deuxième meilleur de Murphy derrière Aquashow. Lost Generation est donc coincé entre deux monstres sacrés, mais ça ne l'empêche pas de bien les talonner, de quasiment les égaler. Production parfaite, interprétation éblouissante, morceaux sublimes, ambiance sublime également, cet album est vraiment à découvrir, ou redécouvrir de toute urgence. On le trouve difficilement, mais le clip plus bas, tant qu'il durera, en propose l'intégralité, dans l'ordre, donc, bonne écoute !

FACE A

Hollywood

Touch Of Mercy

History

When You Ride

Bittersweet

FACE B

Lost Generation

Eva Braun

Manhattan Rock

Visions Of The Night

Lookin' Back