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Si vous voulez savoir quel est le pire album jamais fait par un ex-Beatles (les trois conneries avant-gardistes du couple LennOno exceptées), vraiment celui qui restera à vie comme la plus mauvaise contre-performance couchée sur disque, ne passez pas à côté de cet album. Sacré Ringo Starr. On l'aime bien, le Richard Starkey (son vrai nom), il a un capital sympathie vraiment important, quasi resté intact depuis le début de sa carrière au sein du plus grand groupe de rock du monde (1962), mais il faut reconnaître qu'il n'a jamais été un immense chanteur. Sa voix est OK, mais pas géniale. Niveau composition, ce n'est pas Mozart non plus, il n'aura signé que deux chansons au sein des Beatles, Don't Pass Me By et Octopus's Garden, et si ces deux chansons (arrivées tardivement dans le répertoire des Beatles : 1968 et 1969 respectivement, il aura fallu attendre tout ce temps pour que les trois autres Beatles daignent lui laisser le champ libre) sont vraiment sympathiques et écoutables, elles ne sont pas (et surtout la première, avec son violon country assez usant) inoubliables. Le mec aura lancé sa carrière solo en 1970, avec Sentimental Journey, un disque de reprises enregistré entre 1969 et 1970, sorti en mars ou en avril, ce fut le premier disque solo d'un Beatles en cette année où chacun en fera un, et où les Beatles seront officiellement 'morts'. Ce premier album n'est pas génial, des reprises de vieux standards des années 30/40 type Night And Day et Bye Bye Blackbird (toutes deux s'y trouvent d'ailleurs), et à la sauce d'autrefois, un disque pour les vieux, fait, selon la légende, pour faire plaisir à sa mère (l'histoire ne dit pas ce qu'elle en a pensé). Plus tard dans la même année, Ringo s'embarque pour les USA, Nashville, afin d'y enregistrer, sous la houlette de Peter Drake (musicien du cru, de country, qu'il a rencontré durant les sessions du All Things Must Pass de George Harrison, qui sortira en fin d'année), son deuxième album, qui sortira aussi en 1970, Beaucoups Of Blues, disque entièrement de country, nettement plus recommandé, encore faut-il ne pas détester ce genre musical (et ici, de la country assez larmoyante, pas très dansante).

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Puis le Ringo se consacre au cinéma, ne revenant (si ce n'est un single, It Don't Come Easy, en 1971, et une participation au Concert For Bangla Desh d'Harrison et Ravi Shankar, la même année) qu'en 1972 à la musique, avec un single sous influence T-Rex/Marc Bolan : Back Off Boogaloo (avec une chanson, Blindman, issue de la bande-son d'un western pourri du même nom dans lequel il a joué, en face B), très bonne chanson, répétitive, mais vraiment attachante. Puis c'est le vrai retour : Ringo, en 1973, qui restera à vie son sommet intégral et indépassable, disque présentant, de plus, la particularité d'avoir été enregistré avec les trois autres Beatles (cas unique pour un disque studio : on les trouve en effet tous ici, mais jamais sur un seul et même morceau, et jamais Lennon et Macca ensemble), qui offrent chacun au moins une chanson à Ringo (Photograph, c'est Harrison ; Six O'Clock, c'est McCartney ; I'm The Greatest, c'est Lennon), et on y trouve, de plus, une foule impressionnante de guest-stars type Marc Bolan, The Band au quasi-complet, Harry Nilsson, Tom Scott, Jim Keltner... Avec en prime un livret de paroles illustré par Klaus Voormann (qui joue aussi sur le disque), Ringo est un monument de pop/rock à tendance un peu glam. L'année suivante, Ringo est déjà en partance avec Goodnight Vienna, album qui reprend la formule gagnante de Ringo, en moins percutant (toujours autant de stars - mais seulement Lennon pour les ex-Beatles, compositions compris), bien que le résultat reste des plus honnêtes, sympathiques et recommandé. Un excellent mais court - 31 minutes - best-of (Blast From Your Past) sort en 1975, ça sera le dernier disque sorti sur le label Apple par ailleurs (1975 : fin du label). La suite, sur Polydor, sera lamentable, Ringo, avec Ringo's Rotogravure (1976), reprenant encore une fois la formule de Ringo, mais ça ne passe plus du tout, c'est affligeant. En 1977, changement de style, Ringo s'essaie à la disco/pop/soul avec Ringo The 4th (en réalité, son sixième album, mais son quatrième de pop/rock), qui contient deux-trois trucs sympas (Drowning In The Sea Of Love), mais est dans l'ensemble à fuir en courant comme si on avait une meute de loups enragés et affamés à nos trousses. Encore un an plus tard, en 1978 donc, Ringo, qui commence sérieusement à être atteint d'alcoolisme (il mettra une dizaine d'années à sortir de ce fléau, qu'il partagera avec sa future femme l'actrice Barbara Bach, épousée au début des années 80, ils sont toujours ensemble il me semble, mais je m'égare), publie son nouvel album, un disque qui sera un tel bide que son contrat avec sa maison de disques sera interrompu, descente aux enfers, et il faudra attendre 1981 pour un nouvel album. Ce disque de 1978, dont j'ai commencé à parler tout en haut de l'article pour dire à quel point il est raté, c'est Bad Boy.

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Affiche promotionnelle d'époque

Troisième paragraphe (et dernier, autant vous prévenir) et je n'ai toujours pas commencé à vraiment parler de Bad Boy. Mais rassurez-vous, il n'y à pas grand chose à en dire, de toute façon, alors autant jouer un peu le fainéant sur le coup. L'album, 35 minutes pour 10 titres, sous sa pochette montrant la main baguée de Ringo tenant un drink (imagerie prémonitoire, de manière lugubre, vu ce qui attend Ringo ensuite, l'alcoolisme), est en effet des plus redoutables dans la catégorie des ratages. Rien à sauver, rien. En même temps, comment faire du bon boulot quand on tourne ainsi en rond, livrant reprise sur reprise (sur les 10 titres de l'album, 7 sont des reprises, Ringo a même repris A Mouse Like Me, qu'il avait chanté en 1977 sur Scouse The Mouse, un disque de conte musical pour enfants, et qui, ici, s'appelle A Man Like Me (soit dit en passant, le vrai titre de la chanson, je crois). Et sur les 3 chansons restantes, seules 2 sont signées de sa main (en collaboration avec le producteur de l'album, son vieux pote Vini Poncia). Ce qui me fait marrer, ici, c'est le cynisme (involontaire, qui plus est) de l'affiche promotionnelle, ci-dessus : When he's good, he's very, very good. But when he's bad, he's amazing ("quand il est bon, il l'est vraiment, vraiment. Mais quand il est mauvais, il est incroyable."). Mauvais, il l'est vraiment ici, aucun doute à ce sujet. Ce n'était pas vraiment que ce le slogan de l'affiche voulait dire, c'était un jeu de mots avec le titre de l'album (aussi celui d'une des chansons, une reprise d'une chanson de 1957, pas le Bad Boy de Larry Williams que les Beatles avaient repris en 1966, mais une autre chanson), mais c'est un jeu de mots malheureux, car mauvais, l'album et Ringo le sont vraiment ici. Que retenir de ce disque ? Deux choses : la production de Poncia n'est pas honteuse ; et Ringo se laisse trop aller à la médiocrité, la fainéantise, la facilité. Aucune prise de risques. Les seules prises de risques qu'il a pris sont sur ses deux premiers albums, car il fallait oser faire un disques de reprises de vieilleries, puis un disque de country ! Non, vraiment, Bad Boy n'est vraiment pas recommandé, pas bon du tout, rien à sauver, la première chanson, Who Needs A Heart (une des deux signées Ringo/Poncia, l'autre est Old Time Relovin'), peut faire illusion, mais vite fait. A oublier. Aucun clip plus bas, ce n'est pas que je n'en ai pas trouvé, mais l'album ne le mérite pas.

FACE A

Who Needs A Heart

Bad Boy

Lipstick Traces (On A Cigarette)

Heart On My Sleeve

Where Did Our Love Go

FACE B

Hard Times

Tonight

Monkey See - Monkey Do

Old Time Relovin'

A Man Like Me