GH1

L'envie de reparler des Beatles me titillait vraiment. L'envie de reparler de George Harrison, surtout. Je l'ai fait il n'y à pas si longtemps en réabordant Thirty-Three & 1/3 (1976), alors refaire un cycle de ses albums, d'un point de vue chronologique, serait un peu con, avec cette nouvelle chronique parue il y à peu. Mais je sais pas encore, je me tâte, et alors que j'hésite entre refaire les chroniques des autres albums solo de Harrison et juste en aborder un, j'ai choisi de réaborder son premier opus solo, comme ça, au cas où il y aurait bien un cycle (selon mon humeur du moment), il démarrerait par le début, quitte à faire ensuite un petit trou une fois arrivé à 1976, l'album de cette année précise ayant été refait récemment (vous suivez ? Non ? Ca tombe bien, moi non plus). Voici donc Wonderwall Music, le premier album solo de George Harrison. Mais pas que. Ce disque est en effet, historiquement, le premier album solo d'un Beatles, tout simplement (certains connaisseurs diront qu'en 1966 Paul McCartney a signé la bande-son d'un film britannique aujourd'hui oublié, The Family Way, et qu'en fait, cet album de bande-son, rarissime, est le premier album solo d'un Beatles, donc je ne sais pas trop ; mais la plupart du temps, c'est le Harrison qui est qualifié comme tel). Cet album de Hari est sorti en 1968 et est, aussi, le premier album publié sur le label du groupe, Apple, qu'ils venaient de créer. Avant le Double Blanc, avant le Unfinished Music #1 : Two Virgins de LennOno, Wonderwall Music a donc essuyé les plâtres d'Apple Records. Ce disque qui offre la bagatelle de 19 titres (pour 44 minutes) est aussi une bande originale de film.

GH2

Verso de pochette ; oui, c'est bien à l'envers, et c'est fait comme tel, ce n'est pas une erreur

Le film, réalisé par Joe Massot (futur co-réalisateur du film musical de Led Zeppelin The Song Remains The Same en 1976), s'appelle Wonderwall, est interprété par Jack McGowran (le professeur Ambrosius dans Le Bal Des Vampires de Polanski) et Jane Birkin (qui joue une fille du nom de...Penny Lane. Si.), et est un pur délire psychédélique chamarré et bordélique comme on en faisait à l'époque (Candy de Christian Marquand, etc), un film qui devait être très sympa à l'époque mais doit être sauvagement daté désormais (il existe en DVD, sans doute pas dans tous les pays, peut-être pas chez nous, mais qui va aller gueuler contre cette probable injustice ?). Composée en grande partie au cours de la retraite spirituelle des Beatles à Rishikesh (Inde) en 1968 (au cours de cette même retraite furent composées une grande partie des chansons du futur Double Blanc qui sortira en novembre 1968), la musique de Wonderwall Music, exclusivement instrumentale (enfin, disons que Harrison ne fait pas entendre sa voix, mais on a du chant hindi), a aussi en partie été enregistrée là-bas. The Inner Light, face B du 45-tours Lady Madonna des Beatles (sorti en 1968), composition indianisante de Harrison, fut aussi enregistrée en Inde, durant les mêmes sessions, et certaines éditions CD de Wonderwall Music la proposent en bonus-track (du moins, une version instrumentale alternative). L'album est en grande partie basé sur la musique indienne, mais on a aussi des morceaux de musique continentale (rock, boogie, ballade au piano, ragtime). C'est un disque qui témoigne de l'intérêt profond de George pour la musique indienne. Il collaborera par la suite avec Ravi Shankar, produira, via son label Dark Horse Records fondé en 1974, des albums de Shankar et un (Goddess Of Fortune) de chants religieux hindous, il rejoindra d'ailleurs très rapidement cette religion.

GH3

Sous-pochette

Si vous n'aimez pas trop ce genre de musique, vous n'apprécierez pas vraiment Wonderwall Music, qui s'ouvre sur Microbes, un des morceaux hindouisants, et un des morceaux d'ouverture d'album les plus étranges qui soient. Ce morceau est un duo de shehnai, une flûte indienne, et le son qui sort de cet instrument, lancinant et curieux, donne l'impression d'entendre des lamentations, des gémissements plaintifs aigus et très nasillards. D'autres morceaux sur l'album sont enregistrés avec du shehnai (Crying, Guru Vandana), d'autres sont avec des tabla et sitar (Tabla And Pakavaj, Gat Kirwani, Dream Scene), du sarod (Love Scene)... joués bien entendu par des musiciens indiens (Ravi Shankar ne joue pas sur le disque). Singing Om est un chant religieux qui achève le disque aussi étrangement que Microbes l'ouvrait. Niveau musiciens, on notera, pour les morceaux continentaux, la présence, non créditée à l'époque, de Ringo Starr (aucun autre Beatle ne joue sur le disque) et Eric Clapton (on entend sa guitare sur le très rock Ski-ing). Harrison joue du piano, mellotron, de la guitare sèche et électrique, et fait les arrangements. Bien que crédité aux claviers, il n'a jamais été un titan aux touches d'ivoire, j'imagine donc que l'essentiel des claviers sont en fait joués par les autres claviéristes crédités : John Barham et Tony Ashton. Claviers qui baignent certains morceaux : les délicates ballades Red Lady Too et Wonderwall To Be Here, le plus remuant (une musique de baston de saloon, limite) Drilling At Home. Party Seacombe (un jeu de mots sur "Party Sequence", probablement, tout comme le titre d'un autre morceau, Fantasy Sequins) ressemble à du Pink Floyd de l'époque ou au Flying des Beatles. Le morceau, s'il avait été signé Pink Floyd, aurait très bien pu se trouver tel quel sur leur More (1969).

GH4

Mélange des genres assez tarabiscoté, consistant en des morceaux souvent très courts (le plus long doit faire dans les 4 ou 5 minutes, et il est le plus long de beaucoup), ayant assez vieilli par moments et dont les passages indianisants sont parfois difficiles d'accès (malgré leur courte durée ; mais Microbes, l'ouverture, dure dans les 3 minutes tout de même, ce qui peut sembler très, très long pour un néophyte et/ou une première écoute de l'album) pour un auditeur qui n'a pas l'habitude de ce genre de musique, Wonderwall Music est souvent qualifié, au même titre que l'album suivant de Harrison (Electronic Sound, 1969, que je pense je vais réaborder dans la foulée), comme un mauvais disque de l'artiste. On considère bien souvent que la carrière de Harrison a démarré en 1970 avec All Things Must Pass, ce qui est dans un sens assez vrai (son premier 'vrai' album de chansons), mais quand même faux. Pas son meilleur album il est vrai, assez étrange et par moments difficile d'écoute (Crying), assez décousu, cet album de bande originale (ce qu'il ne faut pas oublier ; un album de bande originale n'est pas conçu de la même manière qu'un album lambda, celui-ci ne fait pas exception) est tout de même vraiment intéressant, mais il n'est à réserver qu'aux die-hard fans des Beatles et de Harrison en particulier. Il sera difficile de le trouver pendant des années, il a été réédité en CD et en vinyle en 2014 (l'album suivant aussi). Un pressage vinyle d'époque, britannique, vaut cher, j'ai personnellement dépensé 80 € pour ça (sans aucun regret), c'est donc à réserver, encore une fois, aux vrais Beatlemaniaques. Une première édition CD doit elle aussi valoir son pesant de cacahouettes, ceci dit...

FACE A

Microbes

Red Lady Too

Tabla And Pakavaj

In The Park

Drilling At Home

Guru Vandana

Greasy Legs

Ski-ing

Gat Kirwani

Dream Scene

FACE B

Party Seacombe

Love Scene

Crying

Cowboy Music

Fantasy Sequins

Glass Box

On The Bed

Wonderwall To Be Here

Singing Om