PM1

Entre 1983 et 1986, Paul McCartney s'est considérablement laissé aller à faire de la bonne...grosse...mélasse...bien...sucrée...et...cependant...bien...insipide. Pipes Of Peace ? Deux bonnes chansons (ou trois ; selon mon humeur du jour), mais le reste sont bon son remplissage de chutes de studio (ce qu'est l'album, d'ailleurs, je ne vais pas encore reviendre dessus). Give My Regards To Broad Street ? No More Lonely Nights est sublime, mais le reste, on passe, des réarrangements orchestraux de chansons (des Beatles et de Macca solo) qui ne l'avaient pas demandé. Et puis, le film dont c'est la bande-son est à se chier dessus de honte de l'avoir regardé en entier. Un single ou deux qui, sincèrement, ne valent pas le vinyle utilisé pour les presser (Spies Like Us, We All Stand Together). Un Press To Play que, personnellement, je sauve considérablement du marasme malgré des chansons pas du tout top dessus (Move Over Busker), mais on y trouve de vraies réussites (Pretty Little Head, Stranglehold). Cependant, il faut voir la réputation que ce disque de 1986 se traîne depuis sa sortie, un des pires de Macca, pas moins, selon les spécialistes de mon dentier. Ne cherchez pas : il y à une personne par pays qui défend cet album, et en France, je pense que c'est moi ! Bref. En 1987, un peu échaudé par l'insuccès de ce disque, Macca sort un double best-of, All The Best !, qui reste encore aujourd'hui une référence en matière de best-of. On y trouve que du beau, du bon, Dubonnet, 19 titres exemplaires (en fait, 20 titres, mais on y trouve, en effet, aussi We All Stand Together, ce qui ne s'imposait pas), et parmi eux, un inédit sublime, Once Upon A Long Ago, sorti aussi en single.

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Remonté à bloc par le succès de ce best-of, Macca va surprendre son monde, mais alors quelque chose de bien, l'année suivante, 1988 donc, avec l'album que j'aborde (en seconde chronique) aujourd'hui. Cet album est sorti donc en 1988, mais il ressortira en 1991, dans le monde entier, en CD. Auparavant, c'était en vinyle (essentiellement) et uniquement pour le marché...soviétique. Ah, il aura fait parler de lui, cet album, et Paulo, en 1988, avec ce disque intitulé Снова в СССР (soit, en russe, 'Back In The USSR', ça ne vous rappelle rien ?), ce qui se prononce, au passage, il me semble, 'snova vé essessesser'. Un disque sur lequel il chante en bon anglais, avec des musiciens anglais (ou américains ; en tout cas, pas des russes), et sur lequel il ne fait que reprendre des standards du bon vieux wok'n'woll des familles, des classiques absolus signés Little Richard, Eddie Cochran, Fats Domino, Sam Cooke, Bo Diddley... A la manière du regretté John Lennon en 1975 avec Rock'n'Roll. Macca récidivera en 1999 (il était alors dans une position douloureuse, veuf depuis peu, quand il entreprendra les sessions de l'album) avec Run Devil Run. Mais en attendant, voici donc Снова в СССР, alias l'album russe, sur la pochette duquel, dans un style assez collectiviste, Paul apparaît, gueulant dans un micro, dans une étoile rouge, et avec son nom écrit en cyrillique. Au verso, un long texte sans doute passionnant, mais...en russe. Evidemment. Pour la presse, le fait que Macca sorte un disque de reprises, deux ans après un album jugé décevant (Press To Play), est un aveu de faiblesse, de perte de créativité.

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On parle souvent comme ça des albums de reprises ("The Spaghetti Incident ?" des Guns'n'Roses, Rock'n'Roll de Lennon, Blue And Lonesome des Stones...). C'est peut-être vrai, ou pas. Mais ce qui fera jaser, c'est surtout le fait que Paulo ait fait ce disque pour les Russes, l'URSS. L'ennemi du monde occidental, quoi. Paul a parlé de cette sortie uniquement soviétique comme d'une tentative minime, de sa part, d'apporter un peu de paix dans un climat politique tendu comme un slip d'acteur porno devant sa future partenaire. L'album est sorti là-bas sur le label d'Etat Melodiya, le pressage officiel est aussi rare qu'une pustule purulente sur le visage de Monica Bellucci. Il existe une fuckitude de contrefaçons russes, trop pour que j'ai l'envie de dire en quoi tel pressage est un bootleg, et tel pressage un authentique. J'ai un pressage d'époque, je ne veux même pas savoir si c'est un vrai ou une copie, le fait est qu'il est russe (avec une pochette fine comme du papier Q, comme pour les pressages russes en général), ça me suffit. Ce disque, que Macca a fait avec des musiciens tels que Mick Green (guitare), Henry Spinetti (batterie), Chris Whitten (idem), Mick Garvey (basse) et Mick Gallagher (claviers), et sur lequel il joue de la basse et de la guitare, est donc entièrement constitué, du long de ses 47 minutes (50 pour la réédition de 1991 qui rajoute un titre), de 13 reprises. Le morceau supplémentaire de 1991, I'm In Love Again (situé dans le tracklisting en 4ème position), est aussi une reprise. Ce disque est, autant le dire, dans le genre, une incontestable réussite, et a été enregistré en un temps record, Macca et ses musiciens ont chié ces versions remarquables de Kansas City, I'm Gonna Be A Wheel Someday, Midnight Special et Ain't That A Shame en deux jours !

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Tout le disque est une réussite majeure de rock'n'roll revival, que l'on prend toujours autant plaisir à écouter, 30 ans après sa sortie. Mais à sa sortie, on tombera (on : la presse) sur McCartney comme la vérole sur le bas-clergé, comment a-t-il pu oser sortir un album pour les Russkofs, il est passé à l'Est, il n'est pas patriotique, il n'aime pas les USA ? Surtout qu'à l'époque, c'est Ronald acteur de westerns merdiques Reagan qui squatte la casa blanca, pas un fervent défenseur de la détente américano-soviétique... On imagine aisément que Paul n'a pas été reçu à la Maison Blanche pour ce coup d'éclat qu'il voulait paisible et innocent (laissons parler la musique, etc, surtout que les Russes qui écoutaient les Beatles à l'époque le faisaient en loucedé, vendant des copies pirates de qualité abyssale sous le manteau, risquant la taule, sans doute, si on les chopait en possession de disques des Beatles, ou de rock occidental en général, et qu'en sortant officiellement ce disque là-bas, Paul voulait, enfin, offrir aux gens la possibilité de l'écouter officiellement, légalement). Au final, la polémique s'effacera devant la réussite de l'album, qui finira donc par sortir internationalement trois ans plus tard. Entre temps, durant la tournée mondiale de son album suivant, Macca interprétera pas mal de vieux standards, issus essentiellement de son disque de reprises. Et quant à son album suivant, qui sortira en 1989, attendez de voir (demain), mais sachez en avant-première que c'est probablement son meilleur de la décennie (alors finissante), et de loin !

FACE A

Kansas City

Twenty Flight Rock

Lawdy, Miss Clawdy

Bring It On Home To Me

Lucille

Don't Get Around Much Anymore

I'm Gonna Be A Wheel Someday

FACE B

That's All Right Mama

Summertime

Ain't That A Shame

Crackin' Up

Just Because

Midnight Special