801 A

A moins d'être ultra calé en rock ou d'être un fanatique inconditionnel de Brian Eno, cet album ne devrait pas trop vous parler. C'est le premir et quasiment unique album officiel d'un supergroupe du nom de 801, fondé vers 1976, et cet album date justement de 1976, et est live. 801 (qui tire son nom des paroles d'un des morceaux de Brian Eno, The True Wheel, qui se trouve sur son album de 1974 Taking Tiger Mountain (By Strategy). Morceau qui brille d'ailleurs pas son absence ici. 801 est un supergroupe, donc, constitué de Brian Eno (ou simplement Eno) aux claviers, bidouillages électroniques et chant principal ; de Phil Manzanera (de Roxy Music, groupe dont Eno fit partie aussi, ce supergroupe 801 était donc pour eux l'occasion de rebosser ensemble) à la guitare ; de Bill McCormick (ex Matching Mole et Quiet Sun, groupes de free-rock; à noter que Quiet Sun n'a sorti qu'un album en 1975, et que ce groupe était constitué de McCormick, d'Eno et de Manzanera, notamment, bref, quasiment 801, un an avant 801 !) à la basse ; de Lloyd Watson à la slide guitar et chant ; de Francis Monkman (ex Curved Air) aux claviers type piano et clavinet ; et de Simon Philips (futur membre de Toto, et collaborateur de Mike Oldfield) à la batterie et percussions. 801 n'aura le temps de ne faire que...trois concerts avant de s'arrêter. Un an après cet album (qui, au fait, s'appelle Live), Phil Manzanera sort un disque solo du nom de Listen Now, sur lequel collaborent Eno, Bill McCormick, Simon Philips et Francis Monkman (entre autres, car on y trouve aussi Mel Collins, Rhett Davies, Dave Mattacks...), album qui, avec l'espoir de renouer avec lee beau succès commercial que fut Live, sortira en partie sous la bannière 801. Mais ce n'est pas vraiment un album de 801, voilà pourquoi, en début d'article, je disais que ce Live de 1976 est quasiment le seul et unique album officiel du groupe.

801 B

Dos de pochette

46 minutes pour 10 titres (une version CD en propose deux de plus, situés entre les deux faces : Golden Hours et Fat Lady Of Limburg), donc, voilà ce qu'est ce live enregistré au Queen Elizabeth Hall de Londres le 3 septembre 1976 (et l'album est sorti en novembre). Très beau succès à sa sortie malgré sa pochette assez hideuse, son nom de groupe abscons et pas très vendeur, et son titre banal (plus le fait que Manzanera, Eno, McCormick, pour ceux qui les connaissaient - enfin, Eno est ultra connu, je parle surtout des deux autres -, étaient très affiliés à un rock expérimental, ambient et pas vraiment commercial), Live est un album absolument quintessentiel, je pense que le mot est d'usage. Bénéficiant d'une qualité audio absolument quintessentielle (c'est un des meilleurs albums lives de son époque en ce qui concerne la qualité du son, et je crois même que ce disque a fait date, rapport à la manière dont il fut enregistré : tous les instruments (sauf la batterie) et les voix ont été enregistrés directement sur la table de mixage du studio mobile, plutôt que de transiter par d'autres bidules avant d'être mixés), cet album est, de plus, musicalement parfait. Les morceaux, qu'ils soient signés Eno (trois), Manzanera (deux), en duo par Manzanera et Eno (un), par Manzanera et McCormick (un), de Charles Hayward (un morceau, Rongwrong), batteur membre de Quiet Sun, groupe éphémère dont firent donc aussi partie McCormick, Eno et Manzanera, ou bien des reprises (deux), les morceaux, donc, sont tous absolument grandioses. La seule chose de négative à dire consiste en la fin de Sombre Reptiles, mixée en fade-out (lente diminution du volume sonore), un effet strictement impossible à faire en live évidemment. Ce morceau achève la face A, c'était sans doute pour faire une sorte de transition, mais ce n'est pas malin. Enfin, c'est un détail.

801 C

Certains diraient sans doute aussi que la reprise du You Really Got Me des Kinks est assez inutile, qu'elle envoie le bois un peu pour rien, qu'Eno, en effet, ne semble pas supr à l'aise avec un morceau aussi rock. Je ne suis pas de cet avis. Ecoutez, justement, le morceau suivant (et dernier), Third Uncle, un des morceaux de la carrière solo d'Eno (de Taking Tiger Mountain (By Strategy)), justement, et qui, ici, est abolument tuant. Autre morceau issu de la carrière solo d'Eno (de son premier album solo, Here Comes The Warm Jets, très glam), Baby's On Fire, chanté d'une amusante voix de fausset. C'est certes assez space parce que signé Eno, mais c'est du putain de rock qui tue, malgré cela ! Après, ce Live contient aussi de beaux moments d'abîme, d'ambiances aériennes, éthérées. Prenez l'autre reprise, TNK, qui, sous son titre raccourci et chelou, n'est autre que le Tomorrow Never Knows des Beatles (de toute façon, c'est indiqué sur la pochette). J'ose le dire, cette version planante, interprétée par un Eno en total état de grâce, est la meilleure reprise jamais faite de ce morceau (qui fut mis à part ça repris aussi par Phil Collins, Jimi Hendrix, le Grateful Dead, les Pink Fairies, Gov't Mule ; pour ces trois derniers, uniquement en live), et elle égalise, bien que dans un registre différent, la version originale des Beatles, qui datait, à l'époque de la sortie de Live, de 10 ans. Juste sublime. Tout comme le Diamond Head de Manzanera (de son album solo éponyme, qui contient aussi Miss Shapiro et Lagrima), le Sombre Reptiles d'Eno (issu d'Another Green World). Au final, donc, Live de 801, ou 801 Live, est un album essentiel. Ne vous fiez pas à sa pochette, cet album est une pure merveille du début à la fin, c'est même vraiment dommage qu'il ne soit pas plus long que ses 46 petites minutes !

FACE A

Lagrima

TNK (Tomorrow Never Knows)

East Of Asteroid

Rongwrong

Sombre Reptiles

FACE B

Baby's On Fire

Diamond Head

Miss Shapiro

You Really Got Me

Third Uncle