yesterday-and-today

Encore les Beatles sur le blog, ils vont être encore pas mal à l'honneur ces prochains jours. Surtout que je me suis dit, l'autre jour, tiens, les albums américains du groupe n'ont jamais été abordés (sauf Magical Mystery Tour). En même temps, les Beatlemaniaques et/ou les personnes s'y connaissant un petit peu en rock 60's vous le diront mieux que moi, il n'y à aucun intérêt de les aborder quand on a abordé les albums britanniques, qui sont les albums originaux, ceux qui (Magical Mystery Tour excepté) furent évidemment choisis pour le CD. Mais les albums américains ayant été édités en CD l'an dernier (en coffret et séparément), et ce, pour la première fois officiellement, alors pourquoi ne pas en aborder, ici, un ou deux ? Ou tous ? Mais avant toutes choses, pour celles et ceux qui ne sauraient pas en quoi ces albums américains (parus sur le label Capitol) sont à part, petite explication. Jusqu'en 1966 et l'album Revolver inclus, les albums des Beatles, aux USA, ne sortiront pas dans la même version que partout ailleurs. Ce n'est qu'à partir de Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967) que les albums sortiront aux USA sans aucune modification par rapport à l'Europe. Pour info, les albums américains sont tous beaucoup plus courts que les britanniques (comptez entre 25 et 29 minutes par album !), ont des pochettes et titres différents  (sauf rares exceptions), et, surtout, ne proposent pas les mêmes titres. Le plus souvent, on a un peu de morceaux de tel ou tel album mélangés à des morceaux d'un autre album (généralement, le suivant ou le précédent dans la discographie britannique), avec, pour faire encore plus à part, des morceaux sortis, en Angleterre, en singles (faces A ou B), mais pas sur album. Et des chansons, aussi, n'ont jamais été placées sur album, aux USA. Deux de ces albums (A Hard Day's Night et Help !), dans leurs versions ricaines, proposent des instrumentaux absents de tout album officiel britannique (mais pas les chansons des faces B des albums britanniques). Mais prenez donc un Doliprane, ça va passer...

427286b

J'ai décidé d'aborder le plus mythique de ces albums américains : Yesterday And Today. Mythique non pas par ses morceaux (OK, ces morceaux, au nombre de 11 pour 28 minutes, sont mythiques, quasiment tous en tout cas, mais on les trouve sur les albums et compilations officielles), mais à cause de sa pochette. La fameuse Butcher Cover. Manière comme une autre de prouver que les Bitteuls avaient un redoutable sens de l'humour et n'étaient pas que des petits chanteurs/musiciens à la coupe bien proprette et au sourire Colgate, cette pochette les représentant en blouse blanche de médecin, hilares, avec des quartiers de viande et deux bébés de plastique décapités sur les genoux et en mains, sera, on le sait, source d'une polémique ahurissante (et, pour l'époque et le pays - les USA, bien puritains comme on le sait - assez compréhensible). Rapidement après la sortie de cet album, en 1966, on le retirera du commerce pour le rééditer, avec une autre photo de pochette, représentant (photo ci-dessous) le groupe autour d'une grande malle ouverte, à l'intérieure de laquelle se trouve, assis, Paul McCartney. La nouvelle pochette ayant été juste collée (avec de la bonne colle bien costaude, ceci dit) sur l'ancienne, il ne furent pas rares, les possesseurs de cette édition dite paste over qui tentèrent, avec plus ou moins de bonheur, de la décoller, au risque évident de flinguer les deux pochettes... Trouver des exemplaires vinyle de cet album est une gageure, en trouver à un prix raisonnable, impossible. Un exemplaire de l'édition originale, avant la censure, est à peu près aussi cher qu'un appartement (sans rire), et aussi rare qu'un fou rire d'Alain Delon. Le Graal beatlesien par excellence, plus rare encore que la première édition (avec livret de 60 pages et coffret) de Let It Be. Un exemplaire avec la pochette collée par-dessus la Butcher One, et que l'on n'a pas essayé de décoller, est également hors de prix. Enfin, un exemplaire plus ou moins flingué par le décollage est, selon l'état de la pochette, plus ou moins très cher. L'album a été, comme les autres american albums, réédité l'an dernier, donc. Coup de génie de Capitol/EMI/Apple : avoir imprimé la pochette vinyl-replica (car tous les albums américains ont été édités en CD sous ce format reproduisant les pochettes cartonnées des vinyles, à la taille CD) avec la fameuse Butcher Cover, et avoir proposé, sur un autocollant posé (mais pas collé) par-dessus, la pochette de la malle. On a le choix, si on le souhaite (mais quel intérêt il y aurait à cela ?), entre coller la seconde pochette par-dessus la première, ou la coller ailleurs, où vous voulez. Ou ne pas la coller (mais elle rentre difficilement dans la pochette rigide).

secondstatefront

La pochette de remplacement

Autre coup de génie : avoir proposé, pour chaque album américain réédité, les deux mixes, mono et stéréo, l'un à la suite de l'autre. On a l'intégralité de l'album (soit, ici, 11 titres) en mono, et juste après, la même chose en stéréo (ou l'inverse, je ne sais plus l'ordre des mixes), pour le même prix. Bon, musicalement, sinon ? Rien à dire, même si cette version bâtarde des Beatles est, comme les autres albums américains, moins intéressante que les albums britanniques originaux. Yesterday And Today (alias "Yesterday"...And Today) contient deux titres de Help ! (Act Naturally et Yesterday, deux chansons issues de la face B de l'album britannique), quatre de Rubber Soul (What Goes On, If I Needed Someone, Drive My Car, Nowhere Man ; quand Rubber Soul sortit aux USA, sa version U.S. ne comprenait donc pas ces morceaux, mais conservera le même titre et pochette), trois de Revolver (Doctor Robert, And Your Bird Can Sing, I'm Only Sleeping), album qui, à l'époque de la sortie de Yesterday And Today, n'était pas encore sorti aux USA (et quand il sortira, ça sera le dernier album des Beatles à subir ces différences de tracklistings, et il n'y aura que 11 titres dessus, mais la même pochette et titre), et enfin, deux chansons sorties, en Europe, en singles : Day Tripper et We Can Work It Out (et qui ne se trouvent sur aucun album officiel des Beatles, que des compilations). Comme on le voit, rien de neuf, rien d'inédit, mais ça fait marrant et intéressant d'entendre dans un ordre différent, et quelque peu mélangées, toutes ces chansons. Après, ces albums américains (il n'est pas exclu que j'en aborde d'autres ici) ne sont intéressants que pour les Beatlemaniaques confirmés ; un néophyte se tournera vers les 'vrais' albums, et il aura raison. D'ailleurs, il paraît que les albums américains, en CD, ont fait un petit flop commercial... Dernière chose : pour me faire plaisir, offrez-moi un exemplaire vinyle de l'album, d'époque, et si possible avec la Butcher Cover ! Il vous faudra sans aucun doute hypothéquer votre maison, signer une tonne de crédits et autres ennuis de ce genre, mais au moins, vous ferez un heureux...

FACE A

Drive My Car

I'm Only Sleeping

Nowhere Man

Doctor Robert

Yesterday

Act Naturally

FACE B

And Your Bird Can Sing

If I Needed Someone

We Can Work It Out

What Goes On

Day Tripper