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Un nouvel album de Francis Cabrel, du natif d'Astaffort, ça ne se refuse jamais. Si l'on excepte Vise Le Ciel Ou Bob Dylan Revisité en 2012, dans lequel il revisitait, en français, des chansons du Barde (un disque sans surprise, sans prise de risque, mais franchement réussi), Cabrel n'avait rien foutu en studio depuis 2008 et son remarquable Des Roses & Des Orties. Ce nouvel album de Cabrel, sorti très récemment (fin avril dernier), est donc son premier album de chansons originales en 7 ans, un record de lenteur (presque voulzyien !) le concernant, lui qui avait jusque là l'habitude de sortir un disque studio tous les 4/5 ans (de fait, Vise Le Ciel est bien sorti 4 ans après Des Roses & Des Orties). Enregistré chez lui à Astaffort avec ses amis musiciens (Bernard Paganotti à la basse, Denis Benarrosh à la batterie, Michel Françoise à la guitare pour ne citer qu'eux), long de 50 minutes et de 12 titres dont un bonus (pourquoi placer le dernier en tant que chanson bonus ? Autant l'incorporer à l'album sans autre forme de procès, non ? Quel est l'intérêt de mettre en bonus-track une chanson quand l'album en question sort pour la première fois, et n'est pas une réédition ou une version collector ? Enfin, bref ; a noter que ça fait depuis 1999 que Cabrel nous fait le coup), sorti sous une pochette un peu inhabituelle pour Cabrel (ça fait depuis 1989 et Sarbacane qu'on n'avait pas vu Cabrel d'aussi près sur une pochette, en blouson de cuir et regard direct), l'album s'appelle In Extremis, et si vous ne l'avez pas encore écouté depuis sa sortie, tout du moins ça doit être, forcément, le cas concernant son single promotionnel, Partis Pour Rester, car la chanson est assez matraquée à la radio à l'heure actuelle (rien qu'hier, sur deux stations différentes, je l'ai entendu à 10 minutes d'intervalle !).

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Francis multiplie les sujets inédits avec cet album : il parle d'une des plus fameuses branlées militaires nationales avec Azincourt (dont on fêtera l'anniversaire en octobre, c'était en 1415, hé oui, ça ne nous rajeunit pas, tout ça), il parle de la fin programmée et regrettable de la langue occitane dans In Extremis, il parle de Jésus sur la croix dans Dans Chaque Coeur, il semble émettre de virulentes (mais toujours avec sa légendaire bonhomie) critiques politiques du pouvoir en place avec Pas Si Bêtes et Dur Comme Fer, il parle de Nelson Mandela dans Mandela, Pendant Ce Temps (la chanson parle surtout de l'emprisonnement de Mandela et de sa libération que de sa mort), il parle des vieux chanteurs ringards dans La Voix Du Crooner, il s'essaie au jazz dans le morceau supplémentaire (Les Fontaines Du Jazz), ce qui ne s'imposait vraiment pas par ailleurs... Certaines chansons font mouche, Dur Comme Fer est une ouverture efficace, Le Pays D'A Côté, avec son refrain world music scandé par ses choristes, et Partis Pour Rester sont vraiment de remarquables chansons. Azincourt aussi, d'ailleurs, aux paroles très poétiques. Ces chansons sont clairement mes préférées de l'album, et j'ai même envie de dire, les seules qui me branchent vraiment sur In Extremis. Car si l'on excepte ces chansons, et si l'on excepte le côté très varié des sujets, l'album, sous sa pochette un peu 'rock' (restons relatifs, c'est Cabrel, après tout : il essaierait de poser en rockeur pour une photo qu'il n'y parviendrait pas vraiment, et on n'attend pas ça de lui, donc ça tombe plutôt bien), m'a déçu, et continue de le faire. Ca fait trois fois que je l'ai écouté depuis le jour de sa sortie, et je ne peux m'empêcher d'être déçu, malgré qu'aucune chanson (si l'on excepte Les Fontaines Du Jazz, celle-là, je peux pas) ne soit mauvaise. Mais il y à un je-ne-sais-quoi de frustrant, ici. Si Cabrel multiplie les sujets, il ne multiplie pas les mélodies : pas mal de chansons sont dans le registre blues pépère, vaguement boogie électrique. Si ça fonctionne bien sur Dur Comme Fer, ça ne marche pas sur Mandela, Pendant Ce Temps, ou In Extremis : le côté très léger, sautillant des mélodies ne s'accorde pas avec les paroles, assez sombres, introspectives ou mélancoliques. Pas Si Bêtes possède une mélodie assez irritante ; A Chaque Amour Que Nous Ferons et Dans Chaque Coeur, eux, sont lents, mélancoliques (pour la seconde citée, avec comme sujet la mort de Jésus sur la croix, difficile de faire dans le guilleret, nous sommes d'accord), et même assez chiants au final. La Voix Du Crooner, elle, est du genre bouche-trou, passe-partout, on l'oublie une fois écoutée.

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Bref, n'attendez pas un grand disque avec In Extremis. Pas mauvais, l'album n'est cependant vraiment pas ce que Francis Cabrel a fait de mieux, et je trouve l'album du niveau de Hors-Saison ou des Beaux Dégâts (1999 et 2004 respectivement), autrement dit, du Cabrel en demi-teinte, correct mais peut mieux faire comme on dit. J'attendais vraiment quelque chose de ce disque, me disant que s'il avait mis autant de temps pour le faire, c'est qu'il le peaufinait, qu'il voulait marquer le coup et sortir un grand album. Après, peut-être que par la suite, In Extremis se révèlera, mais pour le moment, pas de quoi fouetter tatie avec une branche d'arbre. OK, Le Pays D'A Côté, Dur Comme Fer, Azincourt, Partis Pour Rester sont vraiment bonnes, excellentes même. OK, aucune chanson n'est à chier, elles sont, au pire, très anodines. Mais que la maestria de Sarbacane, Des Roses & Des Orties et, surtout, de Samedi Soir Sur La Terre (qui reste son chef d'oeuvre absolu) est loin, tout de même... Francis, reprends-toi, putaing ! Tu tournes en rond !

Dur Comme Fer

A Chaque Amour Que Nous Ferons

Le Pays D'A Côté

Azincourt

In Extremis

Dans Chaque Coeur

Partis Pour Rester

Mandela, Pendant Ce Temps

Les Tours Gratuits

La Voix Du Crooner

Pas Si Bêtes

Les Fontaines Du Jazz  (chanson bonus)