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Quand j'ai abordé la compilation The John Lennon Collection (1982) l'autre jour, j'ai annoncé qu'en plus d'elle, il y aurait ici, prochainement, un autre album (qui n'en est pas vraiment un, en fin de compte) de Lennon abordé sur le blog pour la première fois. Ben, c'est maintenant. Si. Cet album-qui-n'en-est-pas-vraiment-un est sorti en 2004, inutile donc de préciser qu'il est bien posthume comme il faut, et que sa sortie a été préparée par Yoko Ono. Il s'appelle Acoustic, ce qui est un titre plutôt bien trouvé, car son contenu (assez court malgré le nombre de morceaux : il y en à 16, mais l'album dure 44 minutes) est, vous n'allez jamais me croire, totalement acoustique. Jusque là, ça va, mais le problème, c'est que, dans l'ensemble, ce disque est un peu du genre qui trompe son monde. A la sortie de l'album, on en parlera, dans certains médias, comme d'un album inédit de Beatle John, et bien entendu, campagne de pub à l'appui. Après une écoute, l'évidence se fait, cet album proposant, dans son livret, les tablatures de guitare pour pouvoir jouer les morceaux (et les paroles pour s'accompagner ; le coup des tablatures, bien que peu faciles à déchiffrer, est une bonne idée), est une belle escroquerie, et j'ai envie de le carrer sèchement dans la catégorie des ratages. Je ne le fais pas, car au final, on trouve vraiment pas mal de moments corrects ou franchement bons ici, mais c'est la mentalité de Yoko, pour le coup, concernant ce disque, qui mériterait d'aller droit vers les ratages. Je m'explique.

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Généralement, quand on a entre les mains un disque qui s'appelle Acoustic, ou Unplugged, genre ceux de Dylan, Nirvana, Neil Young, Clapton, Alice In Chains, Corrs, Alanis Morrissette ou Paul McCartney, on se doute bien que l'on tient entre les mains un album live acoustique. Généralement de ceux enregistrés à la fameuse émission Unplugged de MTV. Bon, concernant Lennon, c'est foutu, MTV n'existait pas encore quand il a été tué par M*** C****** (l'ordure ayant tué Lennon ne mérite pas qu'on cite son nom encore une fois) en décembre 1980. Mais Acoustic aurait très bien pu être constitué de passages acoustiques de concerts de Lennon. Concerts qui ne furent pas légion, d'ailleurs, car Lennon n'en a vraiment pas donné beaucoup dans sa carrière solo. Des morceaux live, Acoustic en contient, en effet. Il y en à... trois. Tous datent de 1971, deux d'entre eux d'un concert donné à Ann Arbor (Michigan, la patrie des Stooges et du MC5) et un autre à l'Apollo Theatre de New York. Les 13 autres morceaux sont des captations studio, le plus souvent en très très très bonne qualité audio (mais deux-trois titres ne sont pas aussi bien servis, concernant le son), de démos acoustiques de futurs morceaux d'albums. On va parler d'abord des prises live, qui, contrairement à ce que l'on pourrait croire compte tenu de leur âge (1971, je le rappelle) et du fait que les seuls albums lives officiels de Lennon souffrent d'une qualité audio un peu moyenne (Live Peace In Toronto 1969, le posthume Live In New York City, le Live Jam du double Some Time In New York City), sont ici servis par une très très bonne qualité audio. On a Imagine, enregistré à l'Apollo Theatre, sans piano, version donc des plus sobres, et déjà un petit classique évidemment, l'année même de sa sortie en album et single (sauf au Royaume-Uni, où elle ne sortira en single qu'en 1975). Magnifique. Les deux autres titres, enregistrés à Ann Arbor, aussi en 1971, sont deux extraits du futur Some Time In New York City de 1972 : The Luck Of The Irish (en duo avec Yoko) et John Sinclair, chanson créée afin d'aider à la libération de prison de John Sinclair, leader anarchiste et ancien mentor du groupe MC5 (groupe local, de Detroit, Michigan), incarcéré pour possession de joints. Il sera en effet libéré par la suite. Là aussi, très bonne qualité audio, donc, et interprétation convaincante de Lennon, des version sobres, épurées, de ces chansons, loin de la production de Spector sur l'album studio (même si ce ne sont pas les chansons les plus outrageusement surproduites de l'album). On notera que sur John Sinclair, Lennon cite le nom du juge qui a fait emprisonner Sinclair, chose qu'il ne fait pas dans la version studio...

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Le reste d'Acoustic est donc constitué de démos studio, enregistrées, généralement, dans l'intimité, chez Lennon probablement. Ca commence par six morceaux issus de l'album John Lennon/Plastic Ono Band (1970), et on est en droit de se poser la question de l'utilité d'entendre des versions démo acoustiques de chansons qui, sur l'album final, sont tellement épurées, sobres (malgré qu'il soit produit par Spector, ce dernier a été réellement sobre pour le coup !), qu'elle sonnent souvent, du moins pour les morceaux acoustiques, comme des démos. Ces morceaux sont Working Class Hero, Love, Well Well Well, Look At Me, God et My Mummy's Dead. Les seules qui valent l'écoute sont Well Well Well (bien que ne durant qu'une minute environ) et God (malgré une qualité sonore déplorable ici, le morceau le moins bien enregistré de l'album), car on sent bien le côté version de travail ici. Pour les autres, la différence, malgré la durée des morceaux parfois, ne se fait pas sentir du tout. My Mummy's Dead dure 20 secondes de plus que la version studio (soit 1,13 minute !), mais mis à part ça, c'est kif-kif ! Cold Turkey, qui suit ces six premières plages un peu frustrantes, fonctionne moyennement en acoustique par rapport à la très cinglante version électrique sur laquelle brille la guitare tronçonneuse d'Eric Clapton. Les paroles restent saisissantes, sur l'addiction à la came de Lennon et sa manière de décrocher, à l'arrache. Ensuite, on a les deux titres live d'Ann Arbor, puis Woman Is The Nigger Of The World, qui ne dure que...40 secondes. Inutile de le dire, ça ne sert à rien, on a juste les premières paroles, chantonnées, et puis basta. What You Got (issu de Walls & Bridges, 1974), en version de 2,25 minutes, qualité audio correcte mais sans plus, Watching The Wheels et Dear Yoko (issus de Double Fantasy, 1980), sont meilleurs, mais pas de quoi se relever la nuit. Real Love est une belle arnaque ici, ce morceau inédit se trouvait en effet déjà (dans une version plus courte) sur la compilation Imagine : John Lennon de 1988, et quand Paul, George et Ringo se retrouveront en studio en 1994/95 pour faire les trois double-volets de la mythique Anthology des Beatles, ils bosseront sur ce morceau pour le peaufiner, et le proposer sur le volume 2 (ils bosseront aussi sur Free As A Bird, pour le volume 1). Cette version de 4 minutes, avec quelques paroles faisant penser à celles d'Isolation (I don't expect you to understand...), n'apporte rien de plus. Imagine, version live, suit, puis, en final, un instrumental d'une minute, It's Real, qui n'est pas terrible. Voilà donc pour Acoustic, un album qui n'en est pas vraiment un, une petite arnaque dans un sens, surtout que pas mal (environ la moitié, et parmi eux, les trois morceaux live, autrement dit, les meilleurs moments de l'album) de ses titres sont aussi sur le coffret John Lennon Anthology sorti en 1998 (et ça, les fans le savaient probablement déjà avant même d'écouter Acoustic à sa sortie en 2004). Pour finir, je ne conseille cet Acoustic mal fagotté qu'aux fans ultras de Lennon, le genre vache-à-lait comme on dit, ceux qui casqueront toujours quand il s'agit de Lennon (ou des Beatles en général), bref, ceux pour qui cet album escroc a été fait. Yoko a parfois eu de bonnes idées, concernant le catalogue de feu son époux (les rééditions 2010, exceptionnelles, ou bien la très réussie double compilation Working Class Hero : The Definitive de 2005, ou bien encore, en 1986, Live In New York City, malgré le côté assez bancal de la performance de Lennon dessus, et le son un peu bof), mais quand elle se plante, elle se plante grave, et pour le coup, Acoustic ne s'imposait vraiment pas. Reste le plaisir toujours intact d'entendre la voix de John et ses chansons.

Working Class Hero

Love

Well Well Well

Look At Me

God

My Mummy's Dead

Cold Turkey

The Luck Of The Irish

John Sinclair

Woman Is The Nigger Of The World

What You Got

Watching The Wheels

Dear Yoko

Real Love

Imagine

It's Real